Retraite, la majoration de 10 % pour parents bientôt supprimée : découvrez si vous ferez partie des perdants

125 euros pour tous, quel que soit le montant de la pension : simple sur le papier, mais qui gagne et qui perd vraiment ? Certains couples pourraient perdre jusqu’à 600 euros par an sans le savoir.

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Retraite, la majoration de 10 % pour parents bientôt supprimée : découvrez si vous ferez partie des perdants
Retraite, la majoration de 10 % pour parents bientôt supprimée : découvrez si vous ferez partie des perdants © Social Mag

Un rapport de l’Inspection générale des finances (IGF) et de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), daté de juin 2026, propose de remplacer la majoration de 10 % de pension accordée aux parents d’au moins trois enfants par un forfait mensuel de 125 euros, identique pour tous les retraités concernés, rapporte le magazine Marie France. Selon les inspections, cette mesure pourrait rapporter jusqu’à 1,1 milliard d’euros d’économies en dix ans.

À ce stade, la proposition n’a été ni retenue par le gouvernement ni inscrite dans un projet de loi. La majoration continue donc de s’appliquer normalement. Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a toutefois repris l’idée à son compte, dans la perspective du budget pour 2027.

Les parents ayant eu ou élevé au moins trois enfants touchent une majoration correspondant à 10 % de leur pension de retraite de base, versée par la Caisse nationale d’assurance vieillesse. Le père et la mère peuvent chacun en bénéficier sur leur propre pension.

La fonction publique applique ses propres règles : 10 % pour trois enfants, puis 5 % de plus par enfant à partir du quatrième. L’Agirc-Arrco gère séparément ses majorations sur les retraites complémentaires. Une éventuelle réforme viserait d’abord le régime général, précise l’économiste Philippe Crevel, directeur général du Cercle de l’épargne, pour qui ce qui est principalement visé, c’est le régime général, et pour la fonction publique, il faudrait décider d’un alignement qui ne serait pas automatique.

Farandou défend cette piste au nom de « plus d’égalité entre les femmes et les hommes ». Les pensions des femmes sont en moyenne inférieures de 36 % à celles des hommes, selon la Drees. Un pourcentage appliqué à une pension de base déjà inégalitaire profite donc davantage aux hommes, alors qu’un forfait fixe verserait la même somme à tous.

Un seuil de bascule à 1 250 euros

Le calcul est simple : 10 % de 1 250 euros donnent 125 euros. En dessous de ce montant de pension de base, le forfait deviendrait plus généreux que la majoration actuelle ; au-dessus, il serait moins favorable. « On peut bien retenir 1 250 euros mensuels comme point de bascule. En dessous de ce montant, le forfait serait plus généreux que la majoration actuelle. Au-dessus, il deviendrait moins favorable », résume Crevel.

Quelques exemples donnent la mesure de l’écart. Une pension de base de 900 euros gagnerait 35 euros par mois, soit 420 euros par an. À 1 100 euros, le gain tombe à 15 euros mensuels. À 1 500 euros, la perte atteint 25 euros par mois.

À 2 000 euros, elle grimpe à 75 euros mensuels ; à 2 500 euros, elle atteint 125 euros par mois, soit 1 500 euros sur l’année.

Pour un couple où l’un touche 1 000 euros et l’autre 2 000 euros, la perte nette s’élèverait à 50 euros par mois, soit 600 euros par an. À l’inverse, un couple percevant chacun 1 000 euros gagnerait 50 euros mensuels, soit 600 euros annuels. « Le dispositif actuel favorise proportionnellement davantage les personnes qui ont les pensions les plus élevées », observe l’économiste.

Le forfait devrait en principe être revalorisé, mais rien ne garantit qu’il suive le rythme des pensions elles-mêmes. « Les pensions augmentent avec des carrières plus complètes et des rémunérations plus élevées. Les femmes, notamment, ont davantage travaillé et gagné plus au cours des dernières décennies. Sur la durée, le nombre de personnes dépassant cette barre pourrait donc augmenter », prévient Crevel.

Familles de France dénonce une variable d’ajustement

Familles de France, fédération nationale représentant les intérêts des familles, a vivement réagi, redoutant une remise en cause de cet avantage. Elle y voit « une forme de reconnaissance de l’investissement des parents dans l’éducation des enfants et de la contribution des familles à l’avenir de la société », et demande à « ne pas faire des familles une variable d’ajustement budgétaire ».

L’organisation craint que la réforme pénalise les personnes dont la carrière a déjà été freinée par les congés, interruptions d’activité ou temps partiel liés à l’éducation des enfants, une situation qui touche encore majoritairement les femmes.

Philippe Crevel relativise la nature de l’avantage, rappelant qu’il s’agit d’un avantage accordé au titre d’un service rendu à la nation et d’une compensation de l’éducation des enfants, si bien que la question de sa remise en cause peut se poser.

Il doute néanmoins qu’un gouvernement s’y attaque à court terme, estimant qu’aucun gouvernement ou groupe parlementaire ne souhaitera, à quelques mois d’une élection présidentielle, être accusé d’avoir touché à un avantage concernant à la fois les retraités et les familles.

Le coût de la majoration pour trois enfants dépasse plusieurs milliards d’euros chaque année.

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