Retraites 2026 : des mesures partielles qui déçoivent les familles nombreuses

Depuis huit ans, la fécondité recule en France. Les mesures pour les mères de famille, entrées en vigueur ce 1er septembre 2026, réduisent le nombre d’années de calcul de la retraite et facilitent légèrement la carrière longue. Mais le plafonnement à deux enfants et l’impact limité sur les carrières discontinues interrogent : cette réforme suffira-t-elle à redonner confiance aux familles et à relancer la démographie ?

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Retraites 2026 : des mesures partielles qui déçoivent les familles nombreuses
Retraites 2026 : des mesures partielles qui déçoivent les familles nombreuses | Social Mag

Depuis huit ans, la France connaît une baisse constante de la fécondité. La réforme de septembre 2026 envoie un message ambigu aux mères de famille : leurs efforts pour avoir une famille nombreuse ne seront que partiellement reconnus lors de la retraite. Les deux décrets publiés le 31 juillet 2026 modifient le calcul des pensions, mais le plafonnement à deux enfants soulève des questions sur la valorisation réelle de la parentalité.

Huit années de baisse de la fécondité

La France traverse une période de baisse continue de la fécondité depuis huit ans, menaçant directement l’équilibre du système de retraite par répartition qui dépend des cotisations des actifs. Dans ce contexte, les mesures appliquées depuis le 1er septembre 2026 semblent insuffisantes face aux défis posés.

Les nouvelles règles réduisent le nombre d’années de référence pour le calcul du salaire annuel moyen : 24 meilleures années pour un enfant, 23 pour deux enfants ou plus, au lieu de 25 auparavant. De plus, jusqu’à deux trimestres de majoration pour enfants peuvent être comptabilisés dans la carrière longue. Selon le ministère du Travail et des Solidarités, cela améliorera les pensions pour plus d’une femme sur deux. Cependant, seules 13 000 femmes nées en 1970, soit 3% de cette génération, bénéficieront d’un départ anticipé grâce aux trimestres supplémentaires. Pour l’Assurance vieillesse du parent au foyer (AVPF), seulement 2 000 femmes par an voient leurs trimestres de congé parental partiellement pris en compte.

Le contrat social des mères et la réalité des ajustements

Les retraites des femmes sont inférieures de 28% à celles des hommes, en raison de carrières interrompues, du temps partiel et de salaires moindres. Le gouvernement reconnaît que ces facteurs conduisent à des pensions plus faibles pour les mères, mais les ajustements annoncés n’abordent pas les causes structurelles de ces inégalités.

Le plafonnement des avantages à partir de deux enfants représente un problème majeur de cette réforme. Que la mère ait deux, trois ou cinq enfants, l’avantage reste le même, pénalisant celles qui ont le plus contribué au renouvellement démographique. Pour celles ayant interrompu leur carrière pendant dix ans ou plus, l’amélioration est limitée puisque les 23 ou 24 meilleures années ne couvrent qu’une faible partie de leur parcours total.

Les disparités entre le secteur privé et public accentuent les incohérences du système. Dans le privé, les mères bénéficient de huit trimestres de majoration par enfant, contre deux à quatre dans le public selon la date de naissance. Cette inégalité fragilise la cohérence du dispositif. De plus, un tiers des trimestres enfants ne sont pas utilisés car les femmes ont déjà suffisamment cotisé. Environ 20% des mères doivent travailler jusqu’à 67 ans pour une retraite à taux plein. Les changements dans le calcul des bonifications n’améliorent que partiellement cette situation.

Un système en tension et l’équité intergénérationnelle

Les Associations Familiales Catholiques demandent au gouvernement de « mesurer les enjeux en investissant dans les droits familiaux pour restaurer la confiance des familles ». Leur appel souligne le risque d’une spirale négative : des droits familiaux insuffisants découragent la natalité, aggravant le déséquilibre démographique, ce qui justifie de nouvelles restrictions budgétaires. Sandrine Guilherm, experte chez Capiséo, estime que le changement concernant la carrière longue est le plus significatif, mais regrette le faible nombre de femmes concernées. Elle propose un calcul sur un minimum de 20 années pour mieux refléter les parcours réels.

Vers une politique familiale ambitieuse

Marina Joly, de la Carsat Languedoc-Roussillon, admet que l’impact global est difficile à évaluer mais pourrait améliorer certaines pensions. Les associations familiales demandent une réforme plus ambitieuse. L’Allemagne, qui accorde trois ans de droits à la retraite par enfant, montre qu’une reconnaissance plus généreuse est possible. Le Conseil d’Orientation des Retraites (COR) a été chargé de réfléchir à la « modernisation » des droits familiaux. Il reste à voir si cette réflexion aboutira à une véritable reconnaissance du rôle des mères ou si elle servira à justifier de nouvelles économies budgétaires au détriment des familles.

La suspension de la réforme des retraites de 2023, votée fin décembre 2025, maintient l’âge légal à 62 ans pour les générations 1964 et 1965. Mais cette pause ne résout pas les inégalités structurelles qui pénalisent les mères. Sans un investissement significatif dans les droits familiaux, le système de retraite par répartition pourrait perdre la confiance des parents, piliers de ce système.

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