Comment un livreur nigérian a forcé Glovo à respecter ses droits

Le tribunal du travail de Turin a condamné Glovo à fournir des équipements de sécurité à ses livreurs, suite au recours de Stanley Ibharoga, coursier nigérian de 35 ans

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Comment un livreur nigérian a forcé Glovo à respecter ses droits © Social Mag

Stanley Ibharoga, livreur nigérian de 35 ans travaillant pour Glovo à Turin depuis 2019, a mené seul une bataille judiciaire pour faire reconnaître l’indignité de ses conditions de travail. Le 4 août 2026, le tribunal du travail de Turin lui a donné raison, ordonnant à la plateforme de fournir des équipements de sécurité à tous ses livreurs. La décision est devenue définitive le 20 août, mais l’entreprise refuse toujours de se conformer à cette injonction.

La détermination de Stanley Ibharoga

Stanley parcourt entre 50 et 80 kilomètres chaque jour à vélo à travers Turin, transportant un sac pouvant atteindre 25 kilogrammes. En juin 2026, alors que la température dépasse 35°C, il ressent un malaise. Sans abri, sans accès aux toilettes, et sans équipements adaptés aux conditions climatiques extrêmes, il travaille sans protection solaire, sans chapeau et sans eau fournie par l’entreprise, selon Il Fatto Quotidiano. « Je n’ai pas fait recours seulement pour moi, mais pour tous les riders. J’espère que l’entreprise s’adaptera », déclare Stanley. Son histoire reflète la réalité des quelque 40 000 livreurs de Glovo en Italie, classés comme travailleurs autonomes, sans protection sociale ni garanties de sécurité.

Après des mois d’exposition à ces conditions dangereuses, Stanley contacte Giulia Druetta, une avocate spécialisée dans la défense des livreurs depuis plus de neuf ans. Ensemble, ils déposent un recours devant le tribunal du travail de Turin pour contraindre Glovo à respecter ses obligations en matière de santé et de sécurité. Cette démarche est rare dans ce secteur où la peur de perdre l’accès à la plateforme décourage souvent les contestations.

Un verdict en faveur des livreurs

L’ordonnance du 4 août 2026 est claire. Selon l’agence ANSA, Glovo doit fournir des chaussures antidérapantes ergonomiques, des vêtements adaptés au climat, des lieux de repos et un accès gratuit aux toilettes. La liste inclut également des protections contre la chaleur : chapeau avec visière, lunettes de soleil avec filtres UV, crème solaire SPF 30+, sels minéraux, gourde thermique et eau. Le tribunal a souligné les graves carences de Glovo dans l’évaluation des risques, établissant la responsabilité de l’employeur pour la santé des livreurs, même si la société refuse de les considérer comme salariés.

Giulia Druetta, avocate, souligne : « Cette sentence réaffirme que la sécurité des livreurs est une responsabilité de l’employeur. » Sa compétence a démontré que Glovo contrôlait suffisamment l’organisation du travail pour être légalement tenue responsable. La décision du 20 août 2026 constitue un précédent juridique important et s’inscrit dans une série de jugements italiens reconnaissant progressivement les droits des travailleurs de plateformes, comme au Portugal où les livreurs ont obtenu le statut de salariés.

Glovo défie la justice

Malgré le caractère définitif de l’ordonnance, Glovo n’a pas encore fourni les équipements requis. Le syndicat Slang Usb a alerté l’Inspection du travail, qualifiant la situation de « grave ». « Glovo continue à agir comme si elle était au-dessus des lois italiennes, même face à un ordre judiciaire direct. La sécurité des livreurs reste un problème déchargé sur les travailleurs », critique le syndicat.

Par ailleurs, la Procura de Milan révèle que les augmentations salariales annoncées par Glovo (14 euros/heure au lieu de 10) sont trompeuses, l’algorithme réduisant de 28% le temps de travail payé, soit 343 000 heures non rémunérées sur 1,197 million. Le procureur Paolo Storari demande l’embauche des livreurs comme salariés et la transparence totale de l’algorithme.

Glovo menace de quitter l’Italie, considérant le modèle économique insoutenable. Pourtant, la sentence de Turin démontre qu’un équilibre est possible, où la rentabilité ne repose pas sur l’exploitation des travailleurs invisibles, exposés à des risques quotidiens que personne ne veut assumer.ce.

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