Près de 14 millions de retraités du privé attendent une décision qui les concerne directement : celle de la revalorisation de leurs pensions complémentaires Agirc-Arrco, prévue au 1er novembre 2026. Une hausse comprise entre 1,2 % et 2 % se dessine actuellement, avec un effet qui sera visible sur les versements de janvier 2027.
Cette formulation mérite d’être précisée. Les retraités concernés constateront la nouvelle valeur du point sur un versement effectué début 2027, mais cette valeur aura déjà été appliquée depuis novembre 2026. Le taux définitif, lui, n’est connu que chaque année en octobre, rappelle l’Agirc-Arrco.
Un mécanisme calé sur l’inflation, moins un facteur de soutenabilité
Le calcul de la revalorisation s’appuie sur l’évolution prévisionnelle des prix hors tabac. Les dernières projections retenues pour 2026 tablent sur une inflation de 2 %. L’accord signé en 2023 prévoit toutefois de retrancher un facteur de soutenabilité de 0,4 point, ce qui ramène la base à 1,6 %.
Les partenaires sociaux, syndicats et patronat, disposent ensuite d’une marge de négociation de plus ou moins 0,4 point. D’où la fourchette de 1,2 % à 2 % qui circule en ce 16 septembre 2026. Le chiffre haut reste un scénario, pas une promesse : la décision définitive sera prise à l’automne 2026, lors du conseil d’administration paritaire.
Après le gel de 2025
Cette échéance intervient dans un contexte particulier. En 2025, faute d’accord entre syndicats et organisations patronales, aucune revalorisation n’a été appliquée au 1er novembre. La valeur de service du point est restée fixée à 1,4386 euro depuis novembre 2024, un montant reconduit depuis le 1er novembre 2025. Cette situation de gel ajoute une pression supplémentaire pour parvenir à un compromis lors des négociations de 2026.
Les simulations donnent une idée des montants en jeu. Pour une pension complémentaire de 1 000 euros, une hausse de 1,2 % représenterait 12 euros brut de plus par mois, contre 16 euros avec 1,6 % et 20 euros avec 2 %. Pour une pension de 1 500 euros, les gains iraient de 18 à 30 euros selon le taux retenu.
Ces montants restent bruts et ne préjugent pas de la somme réellement perçue après prélèvements sociaux et fiscalité. Le gain en euros dépend aussi du nombre de points accumulés pendant la carrière : plus la pension complémentaire est élevée, plus la hausse pèse en valeur absolue.
Les retraites de base, versées par l’Assurance retraite, le Service des retraites de l’État ou la Mutualité sociale agricole, obéissent à une logique différente. Elles ont été revalorisées de 0,9 % au début de l’année 2026, en application automatique de la règle prévue par le Code de la sécurité sociale : un calcul indexé sur une inflation lissée sur douze mois.
Ce mécanisme est fixé chaque année en octobre pour une application au mois de janvier suivant. Depuis environ 2024, le principe même de cette revalorisation fait l’objet de discussions politiques : gel temporaire, augmentation modulée selon les revenus. Faute d’accord sur ces pistes alternatives, c’est finalement la méthode automatique qui s’est appliquée pour 2026.
Pour la prochaine échéance, celle de janvier 2027, une première estimation ressort à 1,6 %, confirme Capital. Ce chiffre correspond à l’inflation calculée sur la période de novembre 2025 à octobre 2026 et figure dans le rapport de la commission des comptes de la sécurité sociale, publié fin mai 2026.
Il est jugé cohérent avec les projections d’inflation retenues pour 2026, mais la hausse des prix à la consommation, tirée par le baril de pétrole, entretient une part d’incertitude. Un nouveau point est attendu en octobre 2026.
Sur le plan des montants, une pension de 1 500 euros gagnerait environ 24 euros bruts par mois avec ce taux de 1,6 %, contre 32 euros pour une pension de 2 000 euros et 48 euros pour une pension de 3 000 euros.
Morgan Aubrun, directeur commercial et marketing d’Elvest, résume la prudence qui entoure ce chiffre : « les estimations pour la revalorisation de la pension de base dès janvier 2027 seraient peu ou prou de 1,6 % ». Il précise que « le calcul se fait sur 12 mois glissants de novembre à octobre », ce qui laisse plusieurs mois d’inflation encore à intégrer avant de figer le taux final.
Selon lui, plusieurs scénarios restent ouverts : maintien de l’indexation, sous-indexation, gel partiel, ou mise en place de seuils pour protéger les plus petites pensions. Le débat sur la désindexation des retraites revient régulièrement dans les discussions budgétaires de fin d’année, et l’arbitrage se joue à ce moment-là. « C’est uniquement à ce moment-là qu’on saura à quelle sauce on va être mangé », conclut Morgan Aubrun.






