Crise pétrole : le baril de brut explose à 122$ après les suspensions de livraison saoudiennes

La crise pétrole s’aggrave brutalement en Europe. L’Arabie saoudite a réduit ses expéditions de brut après des attaques de drones sur son oléoduc Est-Ouest, poussant le Brent à 108 dollars le baril et certaines cargaisons physiques à 122 dollars. La Pologne cherche en urgence des alternatives pour remplacer ses importations saoudiennes.

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Crise pétrole : le baril de brut explose à 122$ après les suspensions de livraison saoudiennes
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Suspension de l’oléoduc saoudien, l’Europe en quête d’alternatives

Le marché européen du pétrole est confronté à une crise soudaine. L’Arabie saoudite a considérablement réduit ses livraisons de brut vers l’Europe à la suite de dommages causés à son principal oléoduc vers la mer Rouge par des attaques de drones. Selon des sources proches du dossier, le royaume a averti ses clients européens que certaines livraisons prévues pour septembre 2024 seraient annulées. Les opérations au port de Yanbu sont suspendues.

Riyad a attribué ces attaques à une milice irakienne, ce qui a forcé la fermeture de l’oléoduc Est-Ouest, long de 1 200 kilomètres. Cet oléoduc, essentiel pour contourner le détroit d’Ormuz partiellement bloqué depuis six mois, est désormais hors service. Saudi Aramco, la compagnie nationale, n’a pas souhaité commenter.

Cette perturbation a immédiatement entraîné une hausse des prix du pétrole. Mardi, les contrats à terme sur le Brent approchaient les 108 dollars le baril, tandis que sur le marché européen, les prix dépassaient ces niveaux. Le Brent daté, indice majeur du marché spot, se situait autour de 122 dollars le baril, selon LSEG. Cette volatilité rappelle la crise des années 1970, bien que les circonstances soient différentes.

Une infrastructure stratégique hors service

L’oléoduc Est-Ouest, crucial pour les exportations saoudiennes, transportait auparavant moins d’un million de barils par jour. En mars, le royaume avait prévu d’augmenter sa capacité à 7 millions de barils quotidiens, incluant 2 millions pour sa consommation intérieure. Des réserves importantes avaient été constituées à Yanbu.

Florence Schmit, de Rabobank, alerte sur la situation : « Les réserves de Yanbu couvrent environ une semaine d’approvisionnement. La semaine prochaine, l’impact sur le marché sera plus évident ». Elle souligne que la situation dépendra des flux via Ormuz, qui pourraient être intermittents.

Face à la réduction des flux par la mer Rouge, l’Arabie saoudite pourrait augmenter ses exportations via Ormuz en recourant à des cargaisons « fantômes », une méthode déjà utilisée par les Émirats arabes unis et l’Irak, selon certaines sources. Cela a permis d’exporter entre 7 et 9 millions de barils par jour, soit 30 à 40 % des volumes d’avant-guerre.

La Pologne en quête de nouvelles sources

Orlen, l’entreprise pétrolière polonaise, recherche activement du brut en mer du Nord et ailleurs pour compenser l’interruption des livraisons saoudiennes, selon des sources sectorielles. Aramco, principal fournisseur d’Orlen depuis 2022, représente désormais 40 % de son approvisionnement, un atout qui se transforme en vulnérabilité.

Orlen n’a pas souhaité commenter les transactions, mais a affirmé ajuster son approvisionnement pour garantir ses opérations. L’entreprise a récemment acheté du brut de mer du Nord et de lointaines sources comme le WTI Midland américain et le CPC Blend kazakh. Elle a également lancé des appels d’offres pour d’autres provenances.

Impacts sur l’infrastructure pétrolière

Au cours de la semaine du 7 au 13 septembre 2024, l’Arabie saoudite a chargé 22 millions de barils sur 12 navires à Ras Tanura et Juaymah, contre 6 à 7 navires les semaines précédentes, selon Vortexa. Cela reflète les efforts pour maintenir les exportations via le golfe Persique, malgré les risques d’Ormuz.

Janiv Shah de Rystad Energy note que les marchés anticipent une perte d’approvisionnement importante. Bien que les stocks saoudiens offrent une protection à court terme, une perturbation prolongée pourrait rapidement changer la donne.

En avril, une station de pompage de l’oléoduc avait déjà été attaquée, mais les réparations avaient pris sept jours. Les dégâts actuels semblent plus étendus, ce qui pourrait allonger le délai de rétablissement.

Conséquences sur les prix du carburant

Gdansk en Pologne et Butinge en Lituanie ont reçu respectivement 160 000 et 63 000 barils quotidiens de brut saoudien cette année, selon Kpler. Ces approvisionnements sont cruciaux pour les raffineries d’Orlen en Europe centrale. Les livraisons se poursuivent, mais l’incertitude demeure sur la durée de cette situation.

La production saoudienne avait déjà été limitée avant la fermeture de l’oléoduc, avec une baisse de 1,9 million de barils par jour en août. En 2025, l’Arabie saoudite produisait 9,6 millions de barils par jour, exportant environ deux tiers de sa production.

La tension géopolitique autour du détroit de Bab el-Mandeb accroît la complexité de la situation. Les Houthis ont intensifié leurs attaques sur les infrastructures saoudiennes, ce qui, combiné à des restrictions potentielles par l’Iran, pourrait affecter les exportations du Golfe.

Les produits pétroliers raffinés sont également sous pression, avec des prix record pour le diesel et l’essence. La hausse des coûts du diesel, en particulier, a un effet inflationniste rapide, prévient Eric Smith de l’université de Tulane. Cette situation rappelle les tensions sociales de 2018 en France.

Florence Schmit anticipe une hausse continue des prix de l’énergie, exacerbée par les pressions sur les marchés des produits raffinés. Les perturbations actuelles dans la chaîne d’approvisionnement européenne soulignent l’ampleur de la crise pétrolière et ses conséquences potentielles sur les prix à la pompe.

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