Ils ont entre 18 et 27 ans, et plus de la moitié d’entre eux sont déjà actifs pour transformer la société. En outre, 54 % envisagent de monter leur propre projet à impact social. Ces jeunes ne comptent pas sur les institutions pour changer le monde : ils prennent les choses en main. Voici le portrait d’une génération en action.
51 % des jeunes adultes engagés : une rupture générationnelle
Le Baromètre du pouvoir d’agir 2026, réalisé par Ticket for Change et Occurrence en septembre 2026, met en lumière une fracture générationnelle inédite. Tandis que 39 % des Français déclarent avoir agi pour un enjeu sociétal (contre 20 % en 2016), plus de 51 % des moins de 28 ans sont passés à l’action. Ce différentiel de 12 points avec leurs aînés souligne une transformation significative des modes d’engagement.
L’étude, menée du 17 au 23 avril 2026 sur un échantillon de 1 501 personnes, définit le pouvoir d’agir comme la capacité effective de transformer une envie ou une idée en actions concrètes pour la société. Selon Joséphine Bouchez, cofondatrice de Ticket for Change, bien qu’il y ait dix ans on parlait de « gâchis de talents » face à l’écart entre ambition et action, aujourd’hui plus de Français passent à l’acte. Cependant, elle maintient que vouloir agir ne suffit pas.
Portrait-robot d’une génération en action
Les jeunes de moins de 28 ans se démarquent par leur capacité à concevoir et réaliser des solutions, préférant l’engagement direct aux actions institutionnelles. Ils cherchent un changement immédiat, sans attendre un cadre spécifique. L’environnement est un domaine où leur énergie se concentre particulièrement : environ deux tiers de ceux qui s’en préoccupent veulent agir, selon le baromètre.
L’entrepreneuriat social : l’engagement favori des jeunes
Le baromètre met en avant l’esprit entrepreneurial des jeunes. 54 % des moins de 28 ans sont prêts à créer une structure d’économie sociale et solidaire (ESS), comparés à 27 % des plus de 28 ans. Cette différence de 27 points marque une nette divergence dans les choix professionnels envisagés.
54 % envisagent l’ESS : une alternative au salariat classique
L’entrepreneuriat social devient pour cette génération un moyen privilégié de concilier réussite professionnelle et impact positif. Les structures de l’ESS, telles que les associations et les entreprises sociales, mettent l’accent sur l’utilité sociale plutôt que sur le profit. Depuis 2014, Ticket for Change a soutenu plus de 180 000 personnes dans leurs projets à impact, indiquant un mouvement important.
Au-delà du CDI, la quête de sens
Le CDI traditionnel perd de son attrait pour une génération qui valorise le sens dans ses choix professionnels. Les moins de 28 ans préfèrent des parcours où leur contribution aux changements sociétaux est tangible. Contrairement aux idées reçues, les débats sur la solidarité ne les freinent pas : ils répondent par des actions concrètes.
Les obstacles à l’engagement des jeunes
Bien qu’ils soient dynamiques, les jeunes rencontrent des obstacles similaires à ceux de leurs aînés. Le manque de temps est cité par 42 % des Français non engagés comme principal frein, suivi par le manque de confiance en soi, soulignant l’impact des barrières psychologiques autant que matérielles.
Temps et confiance : des obstacles persistants
Joséphine Bouchez souligne qu’il est crucial de se sentir capable, d’avoir le temps, d’être entouré et de savoir comment s’intégrer. « Le pouvoir d’agir existe, mais il reste à le libérer. » Le financement est également un enjeu récurrent, surtout pour les projets nécessitant un capital initial. Le baromètre distingue quatre profils d’engagement : les Engagés (28 %), les Intentionnistes (13 %), les Participants (14 %) et les En retrait (45 %), avec une concentration de jeunes dans les deux premières catégories.
Redéfinir le succès professionnel
L’engagement croissant des moins de 28 ans redessine le concept de réussite professionnelle. Désormais, le succès se mesure aussi par la capacité à avoir un impact positif. L’importance de l’emploi a baissé de 20 points entre 2016 et 2026 parmi les préoccupations des Français, alors que la santé reste prioritaire (64 %), suivie par la sécurité (56 %) et la paix (53 %).
À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, le baromètre pose une question cruciale : comment la société peut-elle soutenir et dynamiser le pouvoir d’agir des jeunes ? Les chiffres montrent leur volonté et leur énergie. Il reste à lever les obstacles structurels et psychologiques qui freinent encore l’expression de nombreux talents. La génération des moins de 28 ans montre qu’il est possible de passer de l’intention à l’action. Aux institutions, entreprises et organisations de créer les conditions pour que 54 % d’intentions entrepreneuriales se concrétisent en autant de projets réalisés.

