L’absentéisme stable à 5 % en France depuis 2020

L’absentéisme en France s’installe durablement autour de 5 % depuis 2020, bien au-delà des niveaux de la décennie 2010. Les absences s’allongent, se concentrent sur une minorité de salariés et touchent de manière inégale les différentes catégories socioprofessionnelles, avec des conséquences financières considérables pour les entreprises comme pour les administrations.

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L’absentéisme stable à 5 % en France depuis 2020 © Social Mag

Un taux d’absentéisme stabilisé à 5 %

Depuis 2020, le taux d’absentéisme en France a atteint environ 5 %, contre 4 % dans les années 2010. Le rapport du cabinet WTW publié en octobre 2026 confirme que ce phénomène concerne autant le secteur privé que le secteur public. Les répercussions financières et organisationnelles affectent lourdement les entreprises et les administrations, soulevant des questions sur les conditions de travail, les contrôles et les politiques de prévention.

Dans le secteur privé, le taux d’absentéisme a atteint 4,95 % en 2025, soit une hausse de 1,6 % en un an. Après avoir atteint un pic à 5,34 % en 2022, le taux a diminué à 4,71 % en 2023 avant de remonter à 4,87 % en 2024. Noémie Marciano, directrice santé et protection sociale chez WTW, note : « Les niveaux sont bien supérieurs à ceux d’avant Covid-19, et nous observons une deuxième année consécutive de hausse depuis la fin de la pandémie. L’absentéisme est un phénomène complexe et multifactoriel. »

Dans les collectivités territoriales, le taux est de 6,1 %, réparti entre 4,7 % pour la maladie ordinaire et 1,4 % pour les accidents de travail et maladies professionnelles (ATMP). Bien que plus élevé que dans le privé, ce taux reflète des réalités similaires : allongement des arrêts, concentration sur certains profils, et impact accru des risques psychosociaux.

Des arrêts plus longs et concentrés

Contrairement aux idées reçues, l’augmentation de l’absentéisme ne résulte pas d’une hausse du nombre de salariés absents. En 2025, un tiers des salariés (33,6 %) a été absent au moins une fois, un taux stable depuis 2023. Cependant, la durée moyenne des arrêts s’est allongée, atteignant 38 jours en 2025 pour un salarié arrêté, soit deux jours de plus qu’en 2023, et proche des chiffres de 2020.

Le phénomène est particulièrement concentré. En 2025, 4 % des salariés ont été absents plus de 90 jours, représentant 61 % des jours d’absence, contre 58 % deux ans auparavant. À l’opposé, 41 % des salariés absents le sont entre un et sept jours, perturbant fortement l’organisation quotidienne bien que leur volume global soit moindre.

Dans le secteur public, la durée moyenne d’absence par agent est de 34 jours, deux jours de plus qu’en 2023. Les arrêts de plus de 30 jours comptent pour 82 % du total des jours d’absence. La prévalence atteint 31,6 % pour la maladie ordinaire.

Non-cadres, femmes et seniors : les plus touchés

Les disparités entre catégories socioprofessionnelles sont notables. Les non-cadres, avec un taux d’absentéisme de 6,2 % en 2025, affichent un taux d’absence pour accident du travail ou maladie professionnelle près de quatre fois plus élevé que celui des cadres. Ces écarts s’expliquent par la pénibilité physique, les horaires décalés et l’exposition à des risques professionnels.

Chez les femmes, le taux d’absentéisme atteint 6 %, contre 4,3 % chez les hommes. En 2025, 37 % des femmes ont été arrêtées au moins une fois, contre 30 % des hommes. Le baromètre révèle un pic d’absences chez les femmes de 30 à 40 ans. Les facteurs incluent la répartition sexuée des métiers, l’augmentation des cancers féminins, l’exposition aux violences sexistes et la souffrance psychique liée au travail.

Chez les seniors, le taux atteint 6 % entre 50 et 60 ans, et 7,4 % au-delà. Le baromètre souligne l’usure professionnelle et un risque accru de maladies graves, ainsi que le poids de l’aidance, plus d’un quinquagénaire sur cinq déclarant aider régulièrement un proche. Dans les collectivités territoriales, la prévalence et la durée des arrêts augmentent avec l’âge : la prévalence est de 25 % pour les moins de 30 ans, avec 21 jours de moyenne, contre 66 % et 41 jours pour les plus de 50 ans.

Cadres et jeunes actifs : des augmentations inattendues

Les hausses les plus marquées concernent les catégories traditionnellement moins absentes. Les cadres, dont le taux d’absentéisme reste le plus bas à 2,65 %, ont vu leur taux augmenter de 17 % entre 2023 et 2025, comparé à une hausse de 3,5 % pour les non-cadres. Un cadre absent l’a été en moyenne 3,5 jours de plus qu’en 2023, signalant une fragilité croissante du rôle de manager. « Les dispositifs traditionnels s’essoufflent face aux difficultés du monde du travail en mutation rapide », analyse WTW.

Chez les moins de 40 ans, le taux d’absentéisme a progressé d’environ 10 % depuis 2023, alors qu’il est resté stable chez les plus âgés. Les jeunes, bien que moins absents que la moyenne, affichent un taux de 3,5 % chez les 20-30 ans et de 4,7 % chez les 30-40 ans. Le baromètre indique que les attentes envers l’employeur sont plus fortes en début de carrière, notamment en matière de reconnaissance, avec des arrêts plus fréquents mais de courte durée, souvent liés aux affections saisonnières et aux risques psychosociaux.

Un coût financier de 120 milliards d’euros par an

L’absentéisme a un impact considérable sur les finances publiques et privées. Les indemnités journalières de l’Assurance maladie s’élèvent à environ 12,2 milliards d’euros, et atteignent plus de 21 milliards d’euros en incluant maternité, accidents du travail et maladies professionnelles. Le cabinet WTW estime le coût global pour les entreprises à 120 milliards d’euros par an, prenant en compte la productivité, le climat social, les coûts de maintien de salaire, de prévoyance, de recrutement et de remplacement.

Dans l’administration publique, la situation est moins bien documentée. Un rapport de l’Inspection générale des finances de septembre 2024 indique que l’absentéisme coûte 15 milliards d’euros, représentant entre 300 000 et 350 000 équivalents temps plein. Les administrations étant en auto-assurance pour les indemnités journalières, les coûts réels sont souvent mal mesurés, les arrêts maladie étant rémunérés comme des revenus de remplacement.

Dans les collectivités territoriales, le taux d’absentéisme varie en fonction de la taille de la structure. En 2024, il a fortement reculé pour les grandes collectivités, passant de 5,2 % à 4,2 %, tandis que la fréquence des arrêts est faible dans les petites collectivités mais la durée y est plus élevée. Dans une petite structure, l’absence d’un agent a des répercussions plus importantes sur l’organisation.

Disparités régionales et facteurs aggravants

Le taux d’absentéisme pour maladie ordinaire dans les collectivités territoriales varie selon les régions : 3,7 % en Bourgogne-Franche-Comté, 3,9 % dans les Hauts-de-France, 4 % en Normandie. En revanche, des taux élevés sont observés en Bretagne (6,3 %), Occitanie (5,3 %), Nouvelle-Aquitaine (5,2 %) et Pays de la Loire (5,2 %). Ces différences reflètent des variations dans les conditions de travail, les politiques de prévention, les profils démographiques et les pratiques de contrôle.

Les risques psychosociaux sont de plus en plus présents dans l’absentéisme, représentant 36 % des arrêts longs. Les arrêts pour ATMP, bien que peu fréquents (6 % du total des arrêts), représentent 17 % des jours d’absence. Dans les collectivités territoriales, la durée moyenne d’un arrêt pour ATMP atteint 84 jours, et augmente avec l’âge et la taille de la collectivité.

Les arrêts de courte durée, bien que majoritaires (59 % de moins de sept jours), pèsent moins que les arrêts de plus de trois mois, qui représentent 57 % du total en jours d’arrêt. Dans les collectivités, 23 % des arrêts durent entre un et trois jours, 31 % entre quatre et dix jours, mais les arrêts de plus de 30 jours comptent pour 82 % des jours d’absence.

Renforcement du contrôle des arrêts maladie par le gouvernement

Face à l’augmentation continue de l’absentéisme, les autorités intensifient le contrôle des arrêts de travail. Le Plan santé au travail 2026-2030 inclut la prévention de l’absentéisme parmi ses priorités. Un dispositif de signalement à la Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) permet aux employeurs de fournir des informations factuelles sur un arrêt.

Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) vise à réduire la durée d’indemnisation et de prescription des arrêts pour maladie. Le ministre des Comptes publics, David Amiel, prévoit de réduire ces dépenses de deux milliards d’euros. Une moitié devrait être économisée via des négociations avec les partenaires sociaux, l’autre par un alignement fiscal des arrêts de travail sur les salaires.

Depuis le 1er septembre, la durée des arrêts classiques est limitée à un mois. À partir du 15 octobre, la durée maximale pour certains patients, notamment ceux atteints de dépression légère ou de troubles musculo-squelettiques, sera réduite à un an au lieu de trois ans. Ces pathologies représentent les deux tiers des arrêts maladie longue durée. Le gouvernement espère ainsi économiser plusieurs centaines de millions d’euros.

WTW considère que ces mesures de contrôle sont nécessaires mais insuffisantes sans une stratégie globale de prévention. Le cabinet recommande d’analyser la part des salariés absents, la fréquence et la durée des arrêts, par métier, âge, genre ou entité, complétées par des entretiens qualitatifs avec la direction et les salariés. Noémie Marciano rappelle que « les chiffres, bien qu’informatifs, ne peuvent tout expliquer. Chaque situation implique des enjeux spécifiques qui requièrent une analyse approfondie. »

Un phénomène structurel appelé à perdurer

Une partie de l’augmentation est liée au vieillissement de la population active. Les seniors étant plus touchés par l’absentéisme, leur proportion croissante fait mécaniquement augmenter les chiffres. WTW souligne que réduire l’absentéisme prendra du temps. Le phénomène s’est enraciné depuis 2019 dans la population active et ne montre pas de signe de recul.

Dans les administrations, la Fondation IFRAP propose de transférer à la CNAM la gestion et le contrôle des arrêts de travail ainsi que le suivi des reprises. Alors que le gouvernement cherche des économies, il est crucial d’améliorer la mesure de l’absentéisme pour le réduire. La Fondation IFRAP suggère que déléguer à la CNAM le suivi des arrêts maladie pourrait être une solution efficace.

Dans les entreprises, l’absentéisme pousse les responsables des ressources humaines à adopter une approche globale : suivi et contrôle des absences, amélioration des conditions de travail, prévention et complémentaire santé pour la prévoyance. Les administrations, et notamment les collectivités, doivent également s’engager dans ce sens, en commençant par un meilleur suivi et contrôle des absences.

Le baromètre WTW repose sur un panel de 3 100 entreprises du secteur privé (10 000 établissements), représentant 427 800 salariés en équivalent temps plein en 2025, et sur 10 000 collectivités territoriales, soit 258 000 agents de la fonction publique territoriale en 2024. Ces données confirment que l’absentéisme est devenu un enjeu majeur pour l’économie française, avec des répercussions sur la productivité, les finances publiques et le climat social.

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