Avec 1,7 million de décès par an et un impact économique évalué à 282 milliards d’euros, les maladies cardiovasculaires représentent une crise majeure en Europe. Pourtant, cette situation pourrait être largement évitée. L’Union européenne en a pris conscience et propose un dépistage obligatoire dès 35 ans. Le succès de cette initiative dépendra toutefois de l’engagement des entreprises et des acteurs sociaux pour garantir une accessibilité à tous.
Le 29 septembre 2026, la Commission européenne a recommandé un premier bilan de santé cardiovasculaire avant 35 ans pour tous les citoyens des 27 États membres. L’objectif est ambitieux : réduire de 25% les décès prématurés d’ici 2035, soit sauver potentiellement 425 000 vies chaque année. Cette initiative marque une transformation majeure de la prévention en Europe, où moins de la moitié des pays disposent de programmes structurés de dépistage.
1,7 million de décès annuels : un coût humain et social inacceptable
Les maladies cardiovasculaires provoquent plus de décès que les cancers en Europe, représentant près d’un tiers de la mortalité totale dans l’Union européenne. Ces chiffres englobent des infarctus, AVC et embolies pulmonaires qui touchent souvent des personnes en pleine activité professionnelle.
282 milliards d’euros par an : le fardeau économique des maladies cardiovasculaires en Europe
Le coût économique de ces maladies est considérable, atteignant 282 milliards d’euros par an en Europe, incluant les dépenses de santé, les arrêts de travail et les pertes de productivité. Les entreprises subissent les conséquences sous forme d’absentéisme et de baisse de performance. Selon la Commission européenne, 62 millions de personnes vivent actuellement avec une pathologie cardiovasculaire en Europe.
Hypertension, cholestérol élevé, diabète et obésité sont les principaux facteurs de risque, détectables et réversibles s’ils sont identifiés à temps. Le paradoxe demeure : malgré des moyens de prévention connus, l’accent est souvent mis sur la guérison, entraînant des dépenses considérables.
Les populations vulnérables : premières victimes de l’absence de prévention
Le manque de dépistage systématique touche d’abord les plus vulnérables. Les populations défavorisées accumulent des facteurs de risque (alimentation déséquilibrée, sédentarité, tabagisme) et font face à des obstacles d’accès aux soins (déserts médicaux, renoncement aux consultations). Cela entraîne des inégalités de santé et d’espérance de vie.
Les femmes sont également particulièrement touchées. En France, 200 femmes décèdent chaque jour de maladies cardiovasculaires, davantage que les hommes. Selon le Pr Claire Mounier-Véhier, cofondatrice d’Agir pour le Cœur des Femmes, les facteurs de risque sont souvent ignorés, la prise en charge est insuffisante et la sensibilisation est limitée. Une étude récente montre que 40 à 60% des contraceptifs combinés sont contre-indiqués chez les femmes présentant des risques cardiovasculaires.
L’UE impose un tournant : dépistage obligatoire avant 35 ans pour tous
Pour répondre à cette urgence, Bruxelles prévoit un calendrier précis : un bilan cardiovasculaire avant 35 ans, suivi de rendez-vous réguliers entre 35 et 64 ans pour surveiller les facteurs de risque. À partir de 65 ans, des bilans tous les trois à cinq ans, incluant des électrocardiogrammes, sont recommandés.
Un premier bilan avant 35 ans : démocratiser l’accès à la prévention
Le choix de 35 ans s’explique par l’apparition silencieuse des facteurs de risque cardiovasculaire dès la trentaine. Oliver Varhelyi, commissaire européen à la Santé, souligne l’importance de prendre de bonnes habitudes de santé tôt et de dépister les risques précocement. Il met en avant le tabagisme, le vapotage, l’obésité et l’inactivité physique chez les jeunes Européens.
Actuellement, moins de la moitié des États membres proposent des bilans cardiovasculaires, avec des niveaux de couverture très variables. Certains pays se concentrent sur les populations à haut risque, d’autres n’ont aucun programme structuré. L’harmonisation européenne vise à garantir un accès équitable, quel que soit le pays de résidence ou le niveau social.
Objectif 2035 : réduire de 25% les décès prématurés, soit 425 000 vies sauvées
Bruxelles vise à diminuer de 25% les décès prématurés liés aux maladies cardiovasculaires d’ici 2035, ce qui représenterait 425 000 vies sauvées chaque année. Cet objectif est réalisable si le dépistage s’accompagne de programmes de prévention actifs : nutrition, activité physique, sevrage tabagique.
Pour les entreprises, cet horizon 2035 constitue une opportunité stratégique. Investir dans la santé cardiovasculaire des collaborateurs peut réduire les coûts de santé, l’absentéisme et améliorer la performance collective. Certaines entreprises intègrent déjà des bilans de santé dans leurs programmes de bien-être au travail, comme elles l’ont fait pour d’autres risques sanitaires émergents.
Le rôle des entreprises et de la RSE dans cette révolution préventive
Les recommandations européennes nécessitent un engagement des entreprises. Leur proximité avec des millions de salariés leur confère un levier d’action important pour concrétiser cette ambition politique en résultats sanitaires.
Intégrer le dépistage cardiovasculaire dans les programmes de bien-être des collaborateurs
Nombreuses sont les organisations qui offrent déjà des mutuelles, des séances de sport et des ateliers nutrition. Cependant, peu financent ou organisent des bilans cardiovasculaires systématiques. Pourtant, détecter une hypertension ou un cholestérol élevé chez un salarié de 38 ans permet de prévenir un infarctus à 50 ans, avec toutes les conséquences humaines et économiques associées.
Les ressources humaines et les responsables RSE peuvent établir des partenariats avec des centres de santé, organiser des campagnes de dépistage sur site et sensibiliser les managers aux enjeux cardiovasculaires. Certaines entreprises adaptent aussi leur environnement de travail : espaces pour l’activité physique, cantines équilibrées, politiques anti-tabac renforcées.
Réduire les inégalités sociales d’accès à la santé : une responsabilité collective
La RSE ne se limite pas aux collaborateurs directs. Les entreprises peuvent agir sur leurs sous-traitants et leurs territoires. Financer des unités mobiles de dépistage dans les zones rurales, soutenir des associations comme Agir pour le Cœur des Femmes, former les managers à repérer les signaux d’alerte cardiovasculaire sont autant de leviers concrets.
L’Observatoire national de la santé des femmes, dirigé par le Pr Geneviève Plu-Bureau, rappelle que les prescriptions inadaptées nécessitent de renforcer la formation des professionnels de santé sur les contre-indications de la contraception œstroprogestative. Les entreprises peuvent contribuer à cette formation, notamment dans les secteurs de la santé et des ressources humaines.
Tabagisme, obésité, inactivité : les défis sociétaux de la prévention
Le dépistage seul ne suffit pas. Les maladies cardiovasculaires résultent de modes de vie forgés par des choix individuels et collectifs sur plusieurs décennies. Le tabagisme reste un facteur majeur, tout comme la sédentarité et l’alimentation transformée.
Comment les entreprises peuvent promouvoir des habitudes saines dès le plus jeune âge
Les entreprises influencent les comportements au-delà de leurs murs par leurs campagnes publicitaires, produits et pratiques managériales. Promouvoir l’activité physique, valoriser les pauses actives, bannir les distributeurs de sodas, proposer des formations sur la nutrition : ces actions concrètes transforment progressivement les cultures d’entreprise.
Certaines organisations intègrent des objectifs de santé cardiovasculaire dans leurs indicateurs RSE, à l’instar des émissions carbone ou de la parité. Cette approche reconnaît que la santé des collaborateurs n’est pas un coût, mais un investissement stratégique.
L’initiative européenne offre une opportunité historique. Il faudra voir si les États membres, les entreprises et les citoyens sauront la saisir pour transformer 1,7 million de morts annuels en 1,7 million de vies préservées. Le compte à rebours vers 2035 a commencé.