Des chercheurs de l’université de Leicester ont découvert que le tabac laisse des traces durables dans les os humains, persistant des siècles après la mort. Leurs travaux, publiés dans la revue Science Advances, ouvrent une voie inédite pour repérer les fumeurs du passé, même quand leurs dents ont disparu.
L’équipe a analysé 323 os provenant de deux sites archéologiques en Grande-Bretagne, répartis en deux groupes bien distincts. Le premier rassemble des individus ayant vécu entre 1150 et 1500, avant l’arrivée du tabac en Europe. Le second concerne des personnes mortes entre le XVIe et le XIXe siècle, après son introduction sur le continent. En comparant les deux échantillons, les scientifiques ont mis au jour des différences moléculaires nettes.
Quarante-cinq marqueurs chimiques révélateurs
La méthode repose sur la spectroscopie de masse, appliquée à l’os cortical, ce tissu dense qui forme la couche périphérique des os et représente 80 % de la masse osseuse. Les chercheurs y ont identifié quarante-cinq caractéristiques moléculaires distinctes, capables de différencier un squelette de fumeur d’un squelette de non-fumeur.
Jusqu’ici, les archéologues devaient s’appuyer sur les dents pour trancher la question : les sillons creusés par les pipes bon marché ou les taches noires laissées par un usage régulier du tabac constituaient les seuls indices exploitables. Une méthode qui tombait à plat dès que les dents manquaient à l’appel. Grâce à l’analyse chimique des os, cette limite disparaît. Pour la première fois, les scientifiques peuvent identifier un fumeur en l’absence de tout signe dentaire.
« Notre recherche montre qu’il existe des différences significatives dans les caractéristiques moléculaires contenues dans les os des anciens fumeurs et des non-fumeurs », explique la Dre Sarah Inskip, coautrice de l’étude. Ces différences indiquent, selon elle, que la consommation de tabac modifie durablement la structure du squelette.
L’étude confirme aussi des effets déjà connus du tabac sur la santé osseuse : il peut provoquer des maladies des os et augmenter le risque de fracture.
Une autre surprise est venue des profils identifiés. Contrairement à l’image d’un tabagisme historiquement réservé aux hommes adultes, l’étude a mis au jour de nombreuses femmes et des adolescents parmi les fumeurs des siècles passés. La consommation de tabac semble donc avoir touché des catégories de population bien plus larges qu’on ne le pensait.
Cette avancée intéresse directement les archéologues. Ils disposent désormais d’un outil pour retracer les pratiques sociales et sanitaires des populations anciennes à partir des seuls restes squelettiques, sans avoir besoin de dents ni d’autres signes visibles. La technique pourrait, à terme, être étendue à d’autres substances ou pratiques du passé, comme les habitudes alimentaires ou les expositions environnementales.
Les auteurs de l’étude notent que la consommation de tabac laisse une trace métabolique dans les os suffisamment reconnaissable pour identifier son usage chez des individus dont les habitudes restaient jusque-là inconnues. Les restes squelettiques offrent ainsi, selon eux, des preuves directes pour étudier les pathologies et conditions de santé des populations disparues.






