Eclipse : la région Paca a concentré plus de la moitié des brûlures rétiniennes en France : les ophtalmologues comprenne trop tard l’origine du problème

En 1999, 253 personnes ont brûlé leur rétine en observant une éclipse, dont 80 % à l’œil nu. À l’approche du 12 août 2026, un astronome rappelle une règle simple mais mal comprise : vos lunettes de soleil ne vous protègent pas.

Publié le
Lecture : 3 min
Eclipse : la région Paca a concentré plus de la moitié des brûlures rétiniennes en France : les ophtalmologues comprenne trop tard l'origine du problème
Eclipse : la région Paca a concentré plus de la moitié des brûlures rétiniennes en France : les ophtalmologues comprenne trop tard l’origine du problème © Social Mag

Le soleil détruit la rétine, sans douleur instantanée, avertit Olivier Las Vergnas, président de l’Association française d’astronomie, interrogé sur franceinfo le mercredi 12 août à l’occasion de l’éclipse solaire observable ce jour-là. Son message est simple : sans lunettes spéciales, regarder le soleil expose à des lésions oculaires durables, même sans douleur immédiate.

L’astronome insiste sur un point souvent mal compris : les lunettes de soleil classiques ne protègent pas. « Les lunettes de soleil, c’est fait pour regarder le paysage, pas du tout pour regarder le soleil ! », résume-t-il. Il déconseille aussi tout bricolage maison.

Le mécanisme en cause tient à un effet de concentration des rayons sur la rétine : selon l’astronome, si l’on fixe le soleil, cela fait loupe, les rayons du soleil sont concentrés et brûlent la rétine, exactement comme Hergé l’a dessiné dans Tintin et le Temple du soleil.

Sa recommandation tient en une phrase : selon lui, la sécurité, c’est très simple, il s’agit d’avoir des lunettes spéciales éclipse. Ces lunettes homologuées ne laissent passer qu’un cent-millième environ de la lumière solaire.

En 1999, 253 lésions oculaires malgré une campagne de prévention inédite

Le précédent le plus marquant reste l’éclipse totale du 11 août 1999, la dernière visible dans l’Hexagone, dont la bande de totalité traçait une diagonale du Nord au Nord-Est du pays. Pour recenser les complications oculaires, la Direction générale de la santé et le Réseau Sentinelle Urgences avaient interrogé 54 000 ophtalmologistes et 500 services d’urgences.

Résultat : 1 024 consultations liées à l’éclipse dans 69 départements, et au final 253 lésions oculaires confirmées par un ophtalmologiste, selon le rapport publié par Santé publique France en 2000 puis mis à jour en 2019.

Parmi ces 253 patients, 147 présentaient une atteinte de la rétine et 106 une lésion de la cornée. Dix-sept cas de rétinopathie étaient qualifiés de graves, avec une acuité visuelle inférieure à 2/10ème, et sept personnes sont restées malvoyantes des deux yeux.

Ce bilan est survenu malgré une mobilisation exceptionnelle : 30,6 millions de lunettes spéciales avaient été distribuées avant l’événement, dont 1,5 million fournies par l’État dans les centres de vacances et auprès des personnes défavorisées, tandis que 4,4 millions de paires jugées défectueuses avaient été retirées du marché.

L’explication des lésions tient largement au comportement des spectateurs. Parmi les personnes atteintes de la rétine dont l’information était disponible, 80 % avaient regardé l’éclipse à l’œil nu, en continu ou après avoir ôté leurs lunettes protectrices. Une exposition de moins d’une minute suffit à provoquer une lésion, et regarder par intermittence n’offre aucune protection : les agressions répétées s’accumulent sur la rétine.

Le sud-est de la France plus touché malgré une éclipse partielle

Un chiffre surprend particulièrement les auteurs du rapport : 93 % des personnes atteintes de la rétine, parmi celles dont le lieu d’observation était connu, avaient regardé l’éclipse en dehors de la bande de totalité. L’hypothèse avancée est celle d’une mauvaise perception du risque : certains auraient cru le danger moindre là où le soleil n’était que partiellement masqué, alors que l’observation directe reste dangereuse quel que soit le taux d’occultation.

Cette dynamique s’est vérifiée dans le Sud-Est. En région Provence-Alpes-Côte d’Azur, l’éclipse n’occultait le soleil qu’à 80 %, contre une totalité dans la bande allant du Nord au Nord-Est. Pourtant, 51 % des brûlures rétiniennes confirmées à l’échelle nationale concernaient des patients ayant observé le phénomène depuis Paca, Rhône-Alpes ou le Languedoc-Roussillon, et des cabinets d’ophtalmologie de Nice, Grasse et Cannes avaient vu affluer des patients se plaignant de taches sombres ou d’une baisse brutale de la vue.

Selon l’Institut de veille sanitaire, les commerçants du Sud-Est s’étaient organisés plus tardivement pour distribuer des lunettes, anticipant une demande plus faible : le nombre de paires disponibles aurait été légèrement excédentaire dans la bande de totalité, mais potentiellement déficitaire plus au sud.

Les 15-29 ans représentaient 38,8 % de l’ensemble des atteintes rétiniennes recensées au niveau national, une surreprésentation qui, selon l’étude, ne se vérifiait que dans les zones d’éclipse partielle du Sud-Est. Dans le Nord, sous un ciel couvert ce jour-là, les cas rapportés se limitaient surtout à de simples irritations de la cornée.

Suivez-nous sur Google NewsSoutenez-nous en nous ajoutant à vos favoris Google Actualités.

Laisser un commentaire

Share to...