Des chercheurs du Centre national de neurologie et de psychiatrie (NCNP) de Tokyo affirment avoir identifié le déclencheur originel de la maladie d’Alzheimer. Il s’agirait d’une graine de protéine, baptisée Peak 1 amyloid beta, à l’origine de la formation des plaques amyloïdes dans le cerveau. L’étude a été publiée le 20 juillet 2026 dans la revue Brain Communications, avec Tadafumi Hashimoto, chercheur au NCNP, comme principal auteur.
Jusqu’à présent, les médecins comprenaient comment les dégâts s’accumulaient dans le cerveau d’un patient atteint d’Alzheimer, sans savoir ce qui déclenchait le processus initial. Le mécanisme connu est le suivant : des fragments de protéines appelés bêta-amyloïdes s’accumulent peu à peu, formant des amas qui endommagent les cellules nerveuses et détruisent progressivement les connexions entre les différentes régions du cerveau, entraînant le déclin cognitif.
Trois formes testées, une seule active
Pour remonter à la source du phénomène, l’équipe a isolé différentes formes de bêta-amyloïde soluble prélevées dans des cerveaux de souris, en distinguant trois types selon la taille des assemblages de protéines. Ces trois formes ont été injectées dans l’hippocampe de jeunes souris génétiquement modifiées pour développer la maladie.
Quatre mois plus tard, une seule des trois avait provoqué l’apparition de nouveaux dépôts : celle composée des très grands assemblages de protéine. Les deux autres n’ont eu aucun effet. Ce même Peak 1 amyloid beta a ensuite été retrouvé dans le cerveau de patients humains atteints d’Alzheimer, et son injection à des souris modèles a provoqué une accumulation similaire de bêta-amyloïde.
Un calendrier annoncé de dix ans
La substance ne peut pour l’instant être détectée qu’en analysant des tissus cérébraux congelés. L’équipe veut développer des outils de dépistage moins invasifs. Hashimoto explique qu’à l’avenir, ils espèrent développer des méthodes non invasives pour détecter de manière ciblée le Peak 1 amyloid beta, en misant sur les progrès de l’imagerie par tomographie par émission de positons et des biomarqueurs sanguins.
Son équipe travaille en parallèle sur une molécule capable d’empêcher cette graine de rester stable dans le cerveau. « Nous prévoyons de sélectionner des molécules candidates dans un à deux ans, puis de consacrer deux à trois années supplémentaires pour déterminer si elles peuvent être utilisées comme traitements efficaces. Des essais cliniques suivront ensuite, ce qui représente un calendrier d’environ dix ans », précise le chercheur.
Cette piste diffère des traitements actuels. Le lecanemab et le donanemab, deux anticorps déjà approuvés au Japon respectivement en 2023 et 2024, éliminent les plaques amyloïdes une fois formées. Bloquer l’apparition du Peak 1 amyloid beta viserait au contraire à empêcher ces plaques de se constituer, ouvrant la voie à un médicament préventif plutôt qu’à un simple ralentisseur de symptômes.
Au Japon, où le vieillissement de la population s’accélère, près de cinq millions de personnes vivent déjà avec une forme de démence, dont environ les deux tiers liées à Alzheimer. Le pays estime qu’une personne sur quatre âgée de plus de 65 ans souffre de démence ou de troubles cognitifs légers.




