Beaucoup de gens ne le réalisent pas, mais la fumée des incendies ne s’arrête pas aux poumons : des scientifiques l’ont retrouvée dans le cerveau

Des particules 28 fois plus fines qu’un cheveu s’infiltrent jusqu’au cerveau et pourraient favoriser Alzheimer et Parkinson. Ce que révèlent les dernières recherches sur la fumée des feux de forêt va bien au-delà des yeux qui piquent.

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Beaucoup de gens ne le réalisent pas, mais la fumée des incendies ne s'arrête pas aux poumons : des scientifiques l'ont retrouvée dans le cerveau
Beaucoup de gens ne le réalisent pas, mais la fumée des incendies ne s’arrête pas aux poumons : des scientifiques l’ont retrouvée dans le cerveau © Social Mag

Un ciel couleur ocre en plein après-midi, un soleil voilé qui perd de son éclat, une odeur âcre qui s’accroche aux vêtements. Ces épisodes de fumée, devenus familiers même loin des foyers d’incendie, ne se limitent pas à irriter les yeux et la gorge.

Un nombre croissant de recherches établit un lien entre la pollution des feux de forêt et des déficits cognitifs, le stress post-traumatique, ainsi qu’un risque accru de démence, de maladie d’Alzheimer et de maladie de Parkinson.

Les particules en cause, nommées PM2.5, mesurent moins de 2,5 micromètres, soit environ 28 fois plus fines qu’un cheveu humain. Invisibles à l’œil nu, elles échappent à la plupart des barrières que l’organisme a développées au fil de l’évolution. Elles se logent d’abord dans le nez, la bouche et les yeux, comme un sable invisible s’infiltrant dans le moindre interstice, avant de poursuivre leur chemin en raison de leur petite taille.

Dès les premières bouffées, beaucoup ressentent des yeux qui brûlent, un écoulement nasal, une toux persistante. Chez les personnes souffrant d’asthme ou de bronchopneumopathie chronique obstructive, les effets peuvent apparaître immédiatement ou dans un délai d’un à deux jours, parfois jusqu’à nécessiter une hospitalisation.

Mais c’est la suite du parcours qui inquiète désormais les chercheurs : une fois absorbées dans le sang, qualifié de « grand réseau autoroutier de notre corps », les particules déclenchent une inflammation qui se diffuse dans tout l’organisme, irritant le cœur autant que les fonctions cérébrales.

Le nez, porte d’entrée directe vers le cerveau

Jusqu’à récemment, les effets des incendies de forêt étaient étudiés surtout sur les poumons, le cœur et le sang. Plusieurs chercheurs s’intéressent désormais à la manière dont ces particules atteignent le cerveau. Le nez filtre habituellement une partie de ce qui est inhalé, mais les minuscules particules de suie et de produits chimiques pourraient s’infiltrer dans les cellules et nerfs directement reliés au cerveau, selon Kent Pinkerton, professeur de pédiatrie à l’Université de Californie à Davis.

« Il a été démontré que certaines particules provenant de la fumée des feux de forêt sont capables de traverser la barrière hémato-encéphalique et de provoquer une inflammation du cerveau », a-t-il expliqué.

La fumée des incendies ne contient pas que de la végétation brûlée. Elle transporte aussi des métaux de véhicules et de maisons, du plastique, des vêtements pris dans les flammes. Ray Dorsey, professeur de neurologie à l’Université de Rochester, dans l’État de New York, détaille sur Radio Canada : « Des morceaux de métaux toxiques sont transportés sur ces minuscules particules : le plomb de l’essence au plomb, le fer des plaquettes de frein et le platine des pots catalytiques. »

Or le cerveau des personnes atteintes de Parkinson et d’Alzheimer présente justement des concentrations plus élevées de métaux lourds, avec des dommages aux centres olfactifs constatés chez presque tous les patients de ces deux maladies, selon lui. Sa conclusion tient en une phrase : « En bref, que vous soyez un nouveau-né ou une personne âgée atteinte de la maladie d’Alzheimer, la pollution de l’air est probablement nocive pour votre cerveau. »

Une étude publiée en juillet 2018 dans la revue Environmental Research, menée par un groupe de chercheurs internationaux, avait déjà trouvé des signatures d’Alzheimer et de Parkinson dans le cerveau de personnes exposées à la pollution de l’air à Mexico. Les auteurs écrivaient que l’exposition aux polluants atmosphériques joue un rôle majeur dans le développement et l’accélération de la maladie d’Alzheimer.

Une autre étude, publiée en janvier dans la revue PLOS Climate, s’est penchée sur l’incendie de Camp, le feu de forêt le plus meurtrier et le plus destructeur de l’histoire de la Californie. Commencée six mois après la disparition de la fumée, elle a montré que les personnes exposées présentaient significativement plus de symptômes chroniques de stress post-traumatique, d’anxiété et de dépression que les autres, avec une baisse mesurable des performances cognitives, selon Jyoti Mishra, auteure principale de l’étude et professeure agrégée de psychiatrie à l’Université de Californie à San Diego.

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