Le gouvernement français planche sur une baisse du prix du paracétamol, selon une révélation de France Inter datée du vendredi 17 juillet. L’information a été confirmée à Ouest-France par Opella, le propriétaire du Doliprane. En pleine préparation du budget de la Sécurité sociale pour 2027, l’exécutif cherche des économies, et la révision à la baisse du prix des médicaments à base de paracétamol figure parmi les pistes envisagées.
Concrètement, la baisse porterait sur 10 centimes par boîte pour le fabricant. De quoi permettre à la Sécurité sociale d’économiser environ 30 millions d’euros par an, sans que les Français n’aient à payer plus cher leur médicament, bien au contraire.
Une boîte de Doliprane, d’Efferalgan ou de Dafalgan coûte aujourd’hui 2,18 euros en pharmacie, dont 76 centimes hors taxes reviennent aux laboratoires. La proposition initiale du gouvernement prévoit une baisse du prix fabricant hors taxe (PFHT) de 13 % sur le paracétamol.
Ségolène de Marsac, la PDG d’Opella, confirme dans un entretien à Ouest-France : « Le gouvernement nous a fait une proposition initiale de baisse du prix fabricant hors taxe (PFHT) de 13 % sur le paracétamol, ce qui représenterait une baisse inédite et historique de 0,10 € sur une boîte. »
Opella, ex-filiale de médicaments sans ordonnance de Sanofi, détient à elle seule 65 % du marché du paracétamol en France. Sanofi reste actionnaire à hauteur de 48,2 % du capital, aux côtés de l’État français et du fonds d’investissement américain CD & R, majoritaire avec 50 %.
Les laboratoires et les pharmaciens montent au créneau
Le projet est loin de faire l’unanimité. Les responsables des laboratoires français doivent rencontrer la semaine prochaine le ministre de l’Industrie, Sébastien Martin, pour évoquer le dossier. Ségolène de Marsac se dit elle-même inquiète de cette perspective de baisse de prix.
Du côté des pharmaciens, la contestation est tout aussi vive : ils verraient leurs marges réduites sur chaque boîte vendue. Philippe Besset, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France, ne mâche pas ses mots : « La décision ne va pas dans le bon sens. »
Il détaille deux inquiétudes distinctes. La première touche à la disponibilité des produits : « D’une part, cela va nuire à la souveraineté sanitaire de notre pays. On a eu des ruptures de paracétamol ces dernières années. Cela représente une grosse inquiétude quant à la disponibilité des produits. »
La seconde concerne directement les officines : « D’autre part, ça aura des conséquences sur les comptes des officines qui sont déjà dans le rouge et qui ferment dans nos villages. »
Dans le Lot-et-Garonne, où se trouve le site de production d’Upsa, des élus ont adressé un courrier au Premier ministre, selon France Inter. Ils redoutent des répercussions sur les 1 600 emplois du site où sont fabriquées les boîtes d’Efferalgan et de Dafalgan.
Un projet de relocalisation fragilisé
La baisse envisagée intervient alors que le pays tente justement de reconstruire une production nationale de paracétamol. En 2020, au sortir du premier confinement lié au Covid-19, Emmanuel Macron avait promis que la France retrouverait une souveraineté nationale dans l’industrie du médicament. Près de 80 % des médicaments vendus en Europe contiennent aujourd’hui des principes actifs importés d’Inde ou de Chine.
Deux laboratoires français, Opella et Upsa, devaient produire du paracétamol dans l’usine Seqens, en Isère, avec une arrivée des premières boîtes en pharmacie prévue début 2027. Produire le principe actif en France coûte 60 % plus cher que dans les pays asiatiques, un surcoût que le prix fixe du paracétamol, en vigueur depuis 2020 et prolongé trois fois par moratoire depuis 2021, était censé absorber en contrepartie d’un engagement des industriels à augmenter leurs capacités de production.
Un économiste de la Santé, contacté par France Inter, résume le paradoxe : « ces investissements ne peuvent être amortis qu’avec une hausse du prix du paracétamol. Là, le gouvernement va le baisser. » Et d’ajouter : « Cette décision est un non-sens par rapport au vœu du président de relocaliser la production de paracétamol. »



