Magasins André : après 130 ans d’existence l’enseigne tire sa révérence

La liquidation judiciaire d’André, prononcée le 9 septembre 2026, marque la disparition d’une enseigne centenaire et l’échec de quatre repreneurs successifs. En trois ans, 220 emplois ont été supprimés, passant de 250 salariés en 2023 à 30 aujourd’hui. Cette faillite illustre la crise sociale du commerce de détail français et interroge la responsabilité des repreneurs face aux engagements d’emploi non tenus.

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Magasins André : après 130 ans d'existence l'enseigne tire sa révérence
Magasins André : après 130 ans d’existence l’enseigne tire sa révérence © Social Mag

En 2023, André comptait 250 employés. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 30. La liquidation judiciaire de cette marque historique, décidée le 9 septembre 2026 par le tribunal des activités économiques de Paris, marque la fin d’une époque. En six ans, quatre repreneurs se sont succédé, chacun promettant de préserver l’emploi, mais finissant par réduire drastiquement les effectifs.

André ferme ses portes : qui sont les véritables victimes ?

Les 30 derniers salariés d’une institution centenaire

La liquidation judiciaire ne se résume pas à des chiffres : elle affecte 30 personnes qui perdent leur emploi. Ces salariés, vendeurs, gestionnaires de stocks ou responsables de boutiques, sont les derniers représentants d’une enseigne née en 1896 à Nancy. Selon Franceinfo, la cessation de paiements a été actée le 30 juin 2026, laissant trois mois d’incertitude à ces employés. Pour eux, la fermeture d’André signifie la perte d’un savoir-faire unique.

De 250 employés en 2023 à 30 en 2026 : le déclin social d’André

Le nombre de salariés d’André a drastiquement chuté. En 2023, sous la direction de Karim Redjal et la société belge Optakare, l’entreprise employait encore 250 personnes réparties sur 50 boutiques. En six mois, seuls 119 emplois ont été conservés. Lors du troisième redressement judiciaire en 2025, l’effectif est tombé à 99 pour 16 boutiques et un chiffre d’affaires de 11 millions d’euros. Début 2026, Redjal promettait de garder 43 employés et 7 boutiques, mais seuls 30 postes ont subsisté au moment de la liquidation. En trois ans, 220 emplois ont été supprimés, soit 88% des effectifs. D’après Le Figaro, l’enseigne faisait face à une conjoncture économique défavorable et à des loyers élevés, ce qui a exacerbé les suppressions d’emplois.

La responsabilité des repreneurs successifs

Spartoo, 1Monde9, Optakare, Karim Redjal : des échecs managériaux répétés

Depuis 2018, André a été repris par quatre entités. Spartoo, un site de vente en ligne, a acquis la marque en 2018, espérant combiner boutiques physiques et e-commerce. Mais dès 2020, l’entreprise subit un premier redressement judiciaire. En 2020, François Feijoo de 1Monde9 réduit le réseau de magasins de 180 à 55. En février 2023, c’est au tour d’Optakare de Karim Redjal, qui conserve seulement 21 boutiques sur 50 et licencie 131 personnes. En avril 2025, un nouveau redressement précède la liquidation début 2026. Chaque reprise a entraîné des licenciements et des fermetures, sans que les promesses d’emploi ne soient tenues. Le tribunal a pointé des « problèmes avec le bailleur et l’échec des négociations avec Westfield » comme causes de l’échec final.

Les promesses non tenues

En début 2026, Karim Redjal avait proposé de reprendre 43 employés, une offre validée par le tribunal. Pourtant, six mois plus tard, seuls 30 postes subsistent. Cet écart entre promesses et réalité souligne un problème récurrent dans les reprises d’entreprises en difficulté. En six ans, les salariés d’André ont vécu quatre reprises, accompagnées de promesses non tenues. BFMTV rapporte que cette succession d’échecs soulève la question de la responsabilité sociale des repreneurs.

Au-delà d’André : la crise sociale du commerce français

Un secteur en difficulté : Minelli, San Marina, Camaïeu, même histoire

André n’est qu’un exemple parmi d’autres. Le secteur du prêt-à-porter et de la chaussure est en crise avec des enseignes comme Minelli, San Marina, Camaïeu, et bien d’autres qui ont réduit leur présence ou disparu entre 2020 et 2026. La concurrence de la fast-fashion et du commerce de seconde main en ligne affecte les boutiques physiques. Les centres-villes se vident tandis que les loyers restent élevés, rendant difficile la survie des chausseurs traditionnels. Derrière ces fermetures, des milliers d’emplois disparaissent, touchant principalement les personnes peu qualifiées pour qui le commerce de détail était une voie d’insertion professionnelle. Les classes populaires sont particulièrement affectées par ces pertes d’emploi.

Quels droits et protections pour les salariés du commerce de détail ?

Les 30 salariés d’André peuvent prétendre à l’assurance chômage et à l’accompagnement de Pôle emploi, mais dans un secteur en crise, les options de reclassement se font rares. Les compétences acquises dans la vente de chaussures se transfèrent difficilement à d’autres métiers, et les formations de reconversion ont une efficacité variable. Plus généralement, les liquidations répétées dans le commerce de détail interrogent la capacité du système de protection sociale à absorber ces chocs. Comme dans d’autres situations de vulnérabilité économique, les salariés licenciés se retrouvent souvent isolés face à un marché du travail tendu et des dispositifs d’accompagnement saturés. Il est légitime de s’interroger sur la nécessité de repenser les mécanismes de protection et d’accompagnement pour les secteurs en mutation structurelle.

Vers une meilleure gestion des crises d’emploi ?

La liquidation d’André après 130 ans d’existence et quatre tentatives de sauvetage en six ans met en lumière les limites du modèle actuel de gestion des entreprises en difficulté. Les reprises successives ont surtout retardé l’inévitable tout en multipliant les vagues de licenciements. Devrait-on encadrer plus strictement les engagements sociaux des repreneurs ? Créer des mécanismes de suivi et de sanction en cas de non-respect des promesses d’emploi ? Accompagner plus tôt les salariés vers des reconversions plutôt que de les maintenir dans l’espoir d’un redressement ? Au-delà d’André, c’est toute la question de la responsabilité sociale des entreprises en période de crise qui est posée. Les 30 derniers employés de cette enseigne historique attendent désormais de connaître leur avenir, leur situation illustrant que derrière chaque liquidation judiciaire, il y a des vies professionnelles brisées et des territoires fragilisés.

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