Pourquoi les classes populaires se sentent-elles moins concernées par la vie politique ?

Dans 91% des 47 pays étudiés, les classes populaires participent moins aux élections et à la vie politique. Une étude de NEOMA Business School auprès de 70 417 personnes révèle que le véritable frein n’est ni l’indifférence ni le manque de temps, mais un phénomène psychologique : le sentiment d’impuissance politique. Des expériences au Brésil prouvent qu’un simple message peut inverser cette tendance.

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Pourquoi les classes populaires se sentent-elles moins concernées par la vie politique ?
Pourquoi les classes populaires se sentent-elles moins concernées par la vie politique ? © Social Mag

Dans 91% des pays étudiés, les classes populaires participent moins aux élections et à la vie politique, un phénomène analysé par NEOMA Business School. Une étude menée auprès de 70 417 personnes dans 47 pays révèle que le principal obstacle n’est ni l’indifférence ni le manque de temps, mais un sentiment d’impuissance politique. Cette conviction que sa voix est sans effet freine l’engagement civique, mais peut être surmontée.

Comprendre le sentiment d’exclusion

Bernardo Andretti, enseignant-chercheur à NEOMA Business School, réfute l’idée selon laquelle les classes populaires participent peu en raison de l’indifférence ou du manque de ressources. « Nos travaux montrent qu’un autre facteur intervient : le sentiment que leur voix ne compte pas, ce qui éloigne ces personnes de la vie politique », explique-t-il dans un communiqué du 24 septembre 2026.

Les limites des obstacles matériels

L’étude parue dans le Journal of Experimental Social Psychology repose sur le World Values Survey, mené entre 2017 et 2022. Les chercheurs ont examiné 15 formes d’engagement politique, du vote à la mobilisation en ligne. Ils constatent que l’écart de participation affecte toutes ces dimensions. La précarité économique et le faible niveau d’éducation sont importants, mais ne suffisent pas à combler l’écart. Un mécanisme psychologique agit en parallèle.

Rôle de l’efficacité politique perçue

L’efficacité politique perçue, soit la croyance individuelle en sa capacité à influencer les décisions publiques, est identifiée comme un facteur clé du désengagement. Contrairement aux ressources matérielles, cette variable psychologique dépend des expériences vécues et du climat institutionnel. Elle peut évoluer rapidement, comme le montrent des expériences au Brésil. La perception subjective de sa situation économique est aussi déterminante que la réalité objective.

Les mécanismes psychologiques du désengagement

Impact de la précarité psychologique

Aux États-Unis, une expérience a montré qu’une situation sociale fictive précaire peut réduire immédiatement l’engagement politique des participants, indépendamment de leur condition réelle. Ce phénomène indique que le désengagement est davantage une réaction psychologique automatique à un sentiment d’exclusion qu’un choix rationnel.

Exclusion vécue versus indifférence supposée

Les chercheurs précisent que le désengagement des classes populaires exprime souvent un sentiment d’exclusion plutôt qu’une indifférence. Ce retrait signale une souffrance civique, les personnes concernées anticipant l’échec de leur action et économisant leur énergie pour éviter la déception. Cette stratégie de protection psychologique perpétue leur marginalisation politique.

Une étude mondiale sur un phénomène universel

Un constat global

« Peu importe le pays ou le système électoral, les personnes modestes participent moins à la vie politique », analyse Bernardo Andretti. L’étude, couvrant des contextes divers, montre que dans 91% des cas, le schéma se répète, suggérant un mécanisme psychologique universel transcendant les particularités culturelles et institutionnelles.

Le Brésil, un exemple de changement grâce à la psychologie

Restaurer l’efficacité politique perçue

Lors de l’élection présidentielle brésilienne de 2022, une expérience dans les favelas de la Maré à Rio de Janeiro a utilisé un message simple pour rappeler aux habitants leur pouvoir d’influence. Résultat : une augmentation de 12 points de pourcentage dans la propension à s’informer et à participer, passant de 39% à 51%.

Conséquences pour la cohésion sociale et la responsabilité institutionnelle

Une approche psycho-sociale nécessaire

Les résultats de l’étude appellent à repenser les stratégies de mobilisation citoyenne, intégrant la dimension psychologique. Informer et faciliter l’accès au vote ne suffisent pas ; il est crucial de restaurer la conviction que chaque voix compte. Les institutions ont un rôle direct dans la construction de ce sentiment, et leur communication et accessibilité influencent la perception d’efficacité politique des citoyens. À l’approche des élections présidentielles françaises de 2027, cette étude offre une compréhension renouvelée de l’abstention, invitant à voir le désengagement comme un symptôme social plutôt qu’un déficit individuel.

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