Retraite : pourquoi la désindexation menace les petites pensions

Une étude de l’Institut des politiques publiques révèle que la désindexation des pensions de retraite, envisagée dans le budget 2027, pèserait davantage sur les ménages modestes que les autres mesures fiscales.

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Retraite : pourquoi la désindexation menace les petites pensions © Social Mag

Alors que le gouvernement élabore son projet de budget pour 2027, le rôle des retraités dans le redressement des finances publiques est au cÅ“ur des discussions. Une étude de l’Institut des politiques publiques (IPP), publiée le 28 septembre 2026, évalue les impacts redistributifs de trois mesures : la désindexation des pensions de retraite, la suppression de l’abattement fiscal de 10 %, et l’alignement des taux de CSG des retraités sur ceux des actifs. Les chercheurs Patrick Aubert, Sylvain Duchesne, Maxime Tô et Todor Tochev, grâce au modèle de microsimulation TAXIPP, montrent que ces mesures présentent des profils redistributifs radicalement différents.

Le contexte budgétaire est tendu. Sans intervention, le déficit public de la France pourrait passer de 5 % du PIB en 2026 à 5,9 % en 2027 et atteindre 6,8 % en 2030, tandis que la dette pourrait grimper de 118,4 % à 130,5 % du PIB. Un effort annuel de 20 à 25 milliards d’euros est nécessaire pour stabiliser ce ratio. Le Premier ministre Sébastien Lecornu évoque un choix entre le maintien de l’abattement fiscal et l’indexation des pensions sur l’inflation.

Variations dans les rendements budgétaires des mesures

Les trois principales mesures analysées par l’IPP génèrent des économies significatives, mais leurs rendements nets varient lorsqu’on considère les effets indirects. La suppression de l’abattement de 10 % sur les pensions pourrait rapporter 5,4 milliards d’euros, avec un effet indirect augmentant les recettes d’impôt sur le revenu de 5,0 milliards d’euros et générant 0,4 milliard d’euros supplémentaires en réduisant certaines aides au logement.

La désindexation complète des retraites de base offre l’effet direct le plus significatif. Avec une inflation estimée à 2,5 % en 2026, le gel des pensions pourrait réduire la dépense de retraite de 6,6 milliards d’euros. Cependant, les effets secondaires, tels que la diminution des impôts sur le revenu et des prélèvements sociaux, limitent le gain net à 5,2 milliards d’euros, soit environ 20 % de moins que l’économie réalisée par les régimes de retraite seuls.

L’alignement des taux de CSG sur le taux appliqué aux revenus d’activité pourrait rapporter 4,2 milliards d’euros. Un effet secondaire réduit ce produit de 0,6 milliard d’euros, car la partie déductible de la CSG abaisse le revenu imposable des ménages concernés.

Impact différencié de la désindexation sur les ménages

Au-delà des rendements, l’étude de l’IPP montre que la désindexation affecte plus sévèrement les ménages modestes. Les pertes de niveau de vie varient de 0,8 % à 1,5 % pour la moitié la plus modeste de la population, diminuant à 0,4 % pour les plus aisés. La régressivité de cette mesure s’explique par la part plus faible que représente la pension de base dans le revenu des ménages aisés, qui disposent de retraites complémentaires et d’autres sources de revenus.

En revanche, la suppression de l’abattement est progressive, les pertes augmentant avec le niveau de vie. Toutefois, les quatre premiers vingtièmes de la distribution perdent plus que les suivants, car la suppression de l’abattement réduit les aides au logement pour les ménages modestes qui en bénéficient. « Des mesures d’atténuation complémentaires seraient nécessaires », indique l’étude.

Les classes moyennes au centre de l’effort de la CSG

L’alignement de la CSG crée un profil en U, affectant le plus les classes moyennes. Les retraités aux taux nul ou réduit ne sont pas touchés, tandis que les plus aisés subissent peu de pertes, car les pensions représentent une moindre part de leurs ressources. L’effort se concentre sur les classes moyennes, avec une hausse de 2,6 points, de 6,6 à 9,2 %, sur les pensions, qui constituent encore une part importante de leur revenu.

Options pour une désindexation différenciée

Pour éviter l’impact anti-redistributif de la désindexation complète, des variantes sont envisagées, épargnant les petites retraites en gelant les pensions au-delà d’un certain seuil. Selon l’IPP, désindexer les pensions au-dessus de la médiane (1 639 euros) réduit l’économie à 3,7 milliards d’euros. Un seuil de 2 000 euros la réduit à 2,8 milliards, et un seuil de 3 000 euros à 1,2 milliard. Bien que la redistributivité s’améliore, l’effort pèse toujours, même avec un seuil élevé, sur certains ménages modestes, car la désindexation s’applique à la pension individuelle.

En résumé, désindexer au-delà de la médiane concerne 49 % des retraités pour 3,7 milliards d’euros, au-delà de 2 000 euros 35 % pour 2,8 milliards, et au-delà de 3 000 euros 13 % pour 1,2 milliard.

Comparaison des effets redistributifs à rendement égal

L’IPP a comparé trois scénarios produisant la même économie de 1,5 milliard d’euros. Le premier aligne le taux plein de CSG, le second sous-indexe les pensions au-dessus de la médiane, et le troisième abaisse le plafond de l’abattement à 2 545 euros par foyer fiscal. Les hausses de CSG et l’abaissement du plafond de l’abattement affectent peu les plus modestes, tandis que la sous-indexation touche aussi des ménages modestes.

Conséquences différentes pour le système de retraite

Les trois mesures n’ont pas le même impact sur le système de retraite. Seule la désindexation réduit directement la dépense de retraite, tandis que la suppression de l’abattement et la hausse de la CSG augmentent les recettes publiques sans améliorer le solde du système de retraite. L’IPP souligne que la désindexation différenciée, bien qu’elle ait des effets sociaux compréhensibles, questionne la logique contributive du système.

Le Comité de suivi des retraites, dans son avis de juillet 2026, note que ces mesures, appliquées une seule année, ne suffiraient pas à rétablir la soutenabilité financière du système. Un rééquilibrage durable nécessiterait un effort bien plus conséquent.

Quel choix pour le gouvernement ?

Le gouvernement de Sébastien Lecornu n’a pas encore pris de décision. L’étude de l’IPP montre qu’aucune mesure n’est à la fois la plus rentable et la mieux ciblée. La suppression de l’abattement génère l’économie la plus importante (5,4 milliards) mais pénalise les retraités modestes. La désindexation complète a un effet direct fort (6,6 milliards) mais est moins redistributive. L’alignement de la CSG affecte les classes moyennes. Des combinaisons de ces instruments sont possibles pour équilibrer rendement et ciblage.

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