Depuis juillet 2026, mille employés de la MGEN à Montreuil, Lyon, Rennes et Le Mans vivent dans l’incertitude. Pendant ce temps, 3,3 millions d’enseignants et de fonctionnaires ne sont pas informés que leur assurance maladie pourrait être transférée à la Cnam dans moins d’un an. Ce changement risque de fragmenter leur parcours de soin et de menacer des emplois sans réelle consultation des parties concernées.
Le 24 juillet dernier, lors d’une réunion avec le ministère de l’Éducation nationale, la MGEN a découvert un projet gouvernemental visant à transférer la gestion du régime obligatoire d’assurance maladie des enseignants et fonctionnaires à la Caisse nationale d’assurance maladie. Depuis, aucune notification officielle n’a été adressée à la mutuelle, laissant planer le doute sur les intentions réelles de l’exécutif en raison du silence de Matignon et du ministère de la Santé.
Les 1 000 salariés de la MGEN en première ligne
Ce projet gouvernemental impacte directement les employés de la MGEN, mettant en péril mille emplois selon les estimations de la MGEN. Ces salariés gèrent le régime obligatoire pour 3,3 millions d’assurés, et la Cnam leur verse annuellement 100 millions d’euros pour ce service.
Les activités de gestion sont concentrées sur quatre sites principaux : Montreuil, Lyon, Rennes et Le Mans. À Montreuil, siège historique de la mutuelle, les collaborateurs traitent quotidiennement les remboursements et dossiers médicaux des enseignants, tandis que les autres sites complètent ce réseau. Si le transfert se réalise, ces plateformes perdront leur fonction principale, fragilisant ainsi les emplois locaux.
La Cnam verse chaque année 100 millions d’euros à la MGEN pour ce service. Matthias Savignac, président de la MGEN, conteste la logique économique du projet : « On ne voit pas le rationnel économique ou d’efficacité de cette décision, on ne voit pas ce qu’elle apporterait aux assurés sociaux ou aux finances de l’État. » La mutuelle argue que ses frais de gestion sont inférieurs à ceux des CPAM, rendant l’opération budgétairement contre-productive.
Pour les 3,3 millions d’assurés : le risque de la fragmentation
Le transfert impacterait également le quotidien de millions d’enseignants et fonctionnaires. Actuellement, ils bénéficient d’un interlocuteur unique pour leur assurance maladie, que ce soit pour le régime obligatoire ou complémentaire. Demain, ils devront naviguer entre deux organismes différents pour gérer leurs remboursements.
La simplicité administrative est un atout majeur du système actuel, où les assurés traitent avec la MGEN pour tous leurs besoins de santé. Le transfert du régime obligatoire à la Cnam obligerait chaque fonctionnaire à s’adresser à deux entités selon la nature de sa demande, introduisant une complexité qui pourrait causer confusion et retards dans le traitement des remboursements, notamment ceux nécessitant une coordination entre régime de base et complémentaire.
Matthias Savignac alerte sur un autre danger : « Si demain la Cnam reprend l’activité et donc les 3,3 millions d’assurés sociaux que nous gérons, ils seront dilués dans les autres CPAM qui pratiquent des frais de gestion plus élevés que les nôtres. » La spécialisation de la MGEN dans la gestion des fonctionnaires garantit une expertise et une réactivité que les caisses primaires, déjà surchargées, auront du mal à reproduire. L’assurance maladie connaît déjà des tensions sur plusieurs fronts, rendant ce transfert encore plus risqué.
La MGEN gère également 70 000 expatriés, une population pour laquelle la Cnam ne dispose d’aucune compétence spécifique. Le gouvernement n’a toujours pas précisé qui prendra en charge ces assurés après le transfert, laissant ces fonctionnaires à l’étranger dans un vide administratif.
Responsabilité sociale : où est le dialogue ?
L’absence de concertation est le principal reproche de la MGEN. Depuis l’annonce informelle de juillet, aucun échange structuré n’a eu lieu entre le gouvernement et les parties concernées. Ni les salariés ni les représentants des 3,3 millions d’assurés n’ont été consultés.
Le projet s’inscrit dans la mission « État efficace » lancée par le Premier ministre, visant à rationaliser les dépenses publiques face au déficit de la Sécurité sociale, estimé à 23,2 milliards d’euros fin 2026. Mais peut-on réorganiser un service touchant des millions de personnes sans dialogue préalable ? La MGEN a lancé une pétition qui a recueilli plus de 25 000 signatures, témoignant de l’inquiétude croissante des assurés et des salariés. Les principes de responsabilité sociale imposent pourtant une consultation des parties prenantes avant toute transformation majeure, surtout lorsqu’elle touche l’emploi et les droits sociaux.
Le calendrier impossible : une année pour tout changer
La convention actuelle entre la MGEN et la Cnam expire le 31 décembre 2027. Si le gouvernement avance dans son projet, il ne reste qu’une année pour mener à bien un transfert d’une telle ampleur. Matthias Savignac juge ce délai irréaliste : « En un an, nous n’imaginons pas une seule seconde que la faisabilité de ce projet soit réelle. » La MGEN estime qu’un transfert de cette envergure nécessiterait entre trois et quatre années pour garantir la continuité du service et éviter une catastrophe administrative.
Avec le débat du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027 qui approche, les parlementaires devront choisir entre l’efficacité budgétaire supposée et la sécurité sociale pour les agents publics. Pour l’instant, les Français cherchent déjà des solutions pour pallier les restrictions budgétaires. Reste à voir si le gouvernement assumera publiquement un projet qui, pour l’instant, avance discrètement.

