Les retraités les plus aisés pourraient voir leur pension gelée à partir de 2027, alerte Le Journal du Net. Le ministère de l’Économie étudie une piste de désindexation ciblée des pensions les plus élevées dans le cadre de la préparation du projet de loi de finances pour 2027, confirme l’entourage du Premier ministre.
Il s’agit à ce stade d’une hypothèse de travail, pas d’une décision arrêtée : l’objectif affiché est de dégager des économies pour contenir le déficit public. Contrairement à un gel total qui frapperait tous les pensionnés, cette piste ne concernerait qu’une partie ciblée des retraités, ceux qui perçoivent les pensions les plus élevées.
Concrètement, le mécanisme envisagé maintiendrait l’indexation sur l’inflation pour les petites retraites. Les pensions plus élevées, elles, bénéficieraient d’une revalorisation réduite, voire d’un gel total au-delà d’un certain seuil. Ce seuil n’est pas encore fixé. En juin 2026, le ministre des Petites et moyennes entreprises, Serge Papin, avait évoqué l’idée d’un gel pour les retraites « au-delà de 3 000 euros ».
Une facture de 6 milliards d’euros qui inquiète Bercy
La revalorisation annuelle des pensions liée à l’inflation est de loin la mesure la plus coûteuse pour les finances publiques. Depuis 2022, les gouvernements successifs ont revalorisé les retraites de près de 14 %, une progression directement liée à l’indexation automatique des pensions sur les prix. Un mécanisme qui pèse d’autant plus lourd que la population vieillit.
Les chiffres donnent la mesure du problème. Pour 2025, Bercy estimait qu’une indexation totale de toutes les pensions coûterait environ 6 milliards d’euros, avec une inflation alors autour de 2 %. Ce montant serait sensiblement le même pour 2027. Pour l’année en cours, le ministère avait calculé qu’un gel complet de toutes les retraites aurait permis d’économiser environ 3,6 milliards d’euros.
L’inflation, qui s’était établie à 0,9 % en 2025, pourrait cette fois frôler les 2 % en 2026 selon plusieurs estimations.
Le gouvernement a d’ores et déjà écarté l’hypothèse d’un gel total des retraites sur toute l’année.
Lescure convaincu, Amiel appelle au débat
Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, semble déjà convaincu du bien-fondé de la mesure. Dans un entretien à France Inter, il a expliqué qu’il fallait « regarder ces histoires d’indexation à l’inflation », y voyant « une manière efficace de faire des économies ».
Le ministre des Comptes publics, David Amiel, se montre plus prudent sur la forme mais pousse dans la même direction. Sur Sud Radio, il a estimé qu’il faudrait « effectivement » avoir « le débat sur les augmentations, les indexations automatiques indifférenciées ».
Ce n’est pas la première fois que l’exécutif s’attaque à ce sujet sensible. Fin 2024, le gouvernement Barnier avait déjà tenté de reporter la revalorisation des pensions au 1er juillet 2025. Face au tollé suscité, un compromis avait finalement été trouvé : une revalorisation limitée à la moitié de l’inflation au 1er janvier 2025, complétée en juillet de l’autre moitié, mais uniquement pour les pensions inférieures au niveau du Smic.
Des propositions de désindexation avaient également été inscrites dans les projets de loi de finances pour 2025, puis pour 2026. Chaque fois, elles ont été abandonnées dans la bataille budgétaire, et les retraites ont finalement été indexées normalement. Les socialistes avaient par ailleurs obtenu la suspension de l’application de la réforme des retraites de 2023.
Reste à savoir si cette nouvelle tentative connaîtra un sort différent. Toutes les pistes d’économies doivent être présentées au chef de l’exécutif à la fin du mois d’août pour qu’il puisse rendre ses arbitrages, avant l’épreuve de l’examen au Parlement.




