Le débat sur le financement des médicaments en France s’envenime, alors que les laboratoires réclament plus d’investissements dans l’innovation. Les coupes budgétaires répétées font baisser chaque année le prix des médicaments, et l’industrie multiplie les appels aux pouvoirs publics pour protéger la recherche pharmaceutique.
Les labos tirent la sonnette d’alarme
Les laboratoires, soutenus par des fédérations et lobbies européens comme l’Efpia, demandent qu’on investisse davantage dans l’innovation. Selon eux, cet effort produirait à long terme des économies importantes et aiderait à réduire le déficit de l’Assurance maladie, rapporte BFMTV. Leur discours, présenté comme un vaste message de prévention, s’appuie sur une étude de l’EFPIA publiée le 23 juin. D’après ce travail, 1 € investi dans les médicaments innovants en rapporte 5,67 € à l’Europe, soit un gain de 467 %.
De son côté, l’organisation française Leem pointe le retard du pays sur l’accès aux traitements nouveaux. En France, les patients attendent en moyenne 520 jours pour obtenir un traitement innovant, contre 56 jours en Allemagne. Un tel écart pose la question des procédures d’approbation et des circuits d’accès.
Le financement des traitements innovants
Le financement des traitements innovants progresse. En 2024, l’Assurance maladie a remboursé 10,7 milliards d’euros pour les traitements classés « ASMR I à III », contre 8 milliards en 2017. Sur la même période, la part de ces dépenses est passée de 28 % à 31 %. La hausse profite donc aux traitements qui apportent une amélioration nette du service médical rendu.
Combien coûtent les médicaments vedettes ?
En 2024, les médicaments les plus coûteux pour la Sécu sont le Keytruda (2,1 milliards d’euros), le Darzalex (1,05 milliard) et le Vyndaqel (965,8 millions). Le déremboursement des médicaments dépend de l’évaluation du Service médical rendu.
Critiques et défenses des prix du marché
Alain Fischer, ancien « monsieur vaccin » du gouvernement, dénonce les « prix exorbitants » des médicaments, qui installent selon lui une « médecine de riches ». L’association Que-choisir Ensemble vise elle aussi le Keytruda et dénonce l’opacité des négociations de prix. Clarisse Lhoste, présidente de MSD France, répond en défendant la régulation stricte des prix. Elle rejette l’idée que le Keytruda serve de bouc émissaire aux dépassements budgétaires et plaide pour la transparence des coûts.
MSD France cite une étude selon laquelle les médicaments innovants ont réduit d’un milliard d’euros les pertes de productivité liées à quatre types de cancer entre 2014 et 2023. Ces pertes sont ainsi tombées de 3,5 milliards à 2,5 milliards d’euros. Pour le laboratoire, ce résultat montre que l’innovation a aussi des effets économiques et sanitaires, au-delà de son coût immédiat.


