Chaque année, une dizaine d’officiers stagiaires intègrent le master « Civilisations, Culture et Sociétés » de l’EPHE-PSL grâce à un partenariat de 30 ans avec l’École de Guerre. Bien au-delà d’une simple certification académique, ce programme hybride est devenu un accélérateur de carrière et un vecteur de professionnalisation pour les cadres militaires français. Le 22 octobre 2026, le général de division aérienne Vincent Breton, directeur de l’École de Guerre, et Michel Hochmann, président de l’EPHE-PSL, ont renouvelé leur convention de coopération pour cinq années supplémentaires. Une signature qui confirme la solidité d’un dispositif de formation continue unique en France.
Quand l’académique rencontre l’institutionnel : un modèle de formation continue des cadres
Fondé en 1995 par Hervé Coutau-Bégarie, historien reconnu de la pensée stratégique, ce partenariat répond à un besoin précis : doter les officiers supérieurs d’outils intellectuels rigoureux pour penser la stratégie. Contrairement aux formations internes, ce master ouvre les portes de la recherche universitaire. Les stagiaires militaires, sélectionnés parmi les 295 officiers de l’École de Guerre (dont 193 Français et 102 étrangers venus de 71 pays), rejoignent une promotion de 80 mastérants aux profils variés. Leur parcours spécialisé, baptisé « Géohistoire et géopolitique : espaces, cultures, stratégies », combine cours académiques dispensés par l’EPHE-PSL et enseignements militaires de l’École de Guerre.
10 officiers stagiaires par an : une opportunité de développement professionnel
Chaque promotion militaire compte environ 10 participants, intégrés dans un collectif académique pluridisciplinaire. Martin Motte, directeur d’études à l’EPHE-PSL, souligne cette dimension : « La culture générale est essentielle dans la formation de l’École de Guerre et les stagiaires qui y sont inscrits cherchent à interagir avec d’autres profils et parcours. L’EPHE-PSL apporte cette ouverture. » Loin d’une simple juxtaposition de cours, le dispositif propose une formation mutualisée où les officiers côtoient chercheurs, étudiants internationaux et professionnels civils. Un brassage qui enrichit leur vision stratégique et développe des compétences transversales recherchées dans les postes de commandement.
Au-delà du master : des compétences transversales durables
Le programme ne se limite pas à transmettre des connaissances géopolitiques ou historiques. Il forge une méthodologie de travail intellectuel applicable bien au-delà du cadre militaire. Les officiers apprennent à problématiser, analyser des sources primaires, croiser des données hétérogènes et construire une argumentation solide. Des aptitudes précieuses pour rédiger des notes stratégiques, préparer des briefings interarmées ou négocier dans un contexte international. Plusieurs témoignages d’anciens stagiaires, relayés par le site de l’EPHE-PSL, confirment l’impact durable de cette formation sur leur trajectoire professionnelle.
La recherche comme levier de compétences : méthodologie, analyse critique, communication
Le cœur du dispositif repose sur la pratique de la recherche. Chaque stagiaire doit produire un mémoire sous la direction d’un enseignant-chercheur de l’EPHE-PSL. Cet exercice exigeant développe l’esprit critique, la rigueur analytique et la capacité à synthétiser des informations complexes. Les officiers mobilisent archives, bases de données internationales et littérature spécialisée pour éclairer des questions stratégiques contemporaines. Ils apprennent également à communiquer leurs résultats, compétence essentielle pour convaincre des décideurs politiques ou militaires. La recherche devient ainsi un outil de professionnalisation, non une fin en soi.
Le mémoire comme projet professionnel : accompagnement et encadrement personnalisé
L’encadrement méthodologique constitue un pilier du programme. Chaque stagiaire bénéficie d’un suivi individualisé par un directeur d’études, qui l’aide à délimiter son sujet, construire sa problématique et structurer sa démarche. Les thématiques choisies reflètent souvent les préoccupations opérationnelles des armées : doctrines d’emploi, histoire des conflits, analyse géopolitique régionale. Le général Benoît Durieux, auteur d’une thèse remarquée sur la réception de Clausewitz en France, illustre cette articulation entre recherche académique et réflexion stratégique. Son parcours, initié dans ce master, a fait de lui une référence du débat stratégique français.
Les trajectoires : du master à la thèse, du master à la responsabilité stratégique
Le master ne marque pas un aboutissement, mais une étape. Plusieurs dizaines d’officiers ont poursuivi en doctorat à l’EPHE-PSL, transformant leur mémoire en projet de thèse. Ce prolongement académique témoigne de l’excellence du dispositif et de l’appétence croissante des cadres militaires pour la recherche approfondie. Certains ont ensuite rejoint des think tanks, des centres de recherche stratégique ou des postes de conseil auprès des états-majors. D’autres ont intégré des fonctions de commandement enrichies par cette double compétence opérationnelle et intellectuelle.
Plusieurs dizaines d’officiers poursuivant en thèse : l’accès à la formation doctorale
L’accès à la formation doctorale représente une reconnaissance de la qualité du travail fourni en master. Martin Motte encadre actuellement la thèse du capitaine Per Edling, exemple récent de cette continuité pédagogique. Ces doctorants militaires contribuent à renouveler la pensée stratégique française en croisant approches académiques et expériences opérationnelles. Leur production scientifique nourrit les réflexions des états-majors et influence les débats publics sur les questions de défense. Un enjeu de reconnaissance professionnelle comparable à celui des carrières longues dans d’autres secteurs.
Les success stories : du parcours académique à des postes d’influence
Au-delà du général Durieux, de nombreux alumni occupent aujourd’hui des postes stratégiques. Certains dirigent des écoles militaires, d’autres conseillent les ministères ou interviennent dans les médias comme experts. Leur crédibilité repose sur cette double légitimité : l’expérience opérationnelle et la rigueur académique. Le partenariat EPHE-PSL et École de Guerre a ainsi contribué à professionnaliser le débat stratégique français, en formant des cadres capables de penser la complexité géopolitique contemporaine avec les outils de la recherche universitaire.
Durabilité et reconnaissance : 30 ans de confiance institutionnelle
La longévité du partenariat témoigne de sa pertinence. Depuis 1995, les deux institutions ont maintenu leur engagement malgré les évolutions des cursus universitaires et des formations militaires. La signature de la nouvelle convention pour 2026-2031 confirme cette stabilité. Elle intervient alors que l’École de Guerre célèbre son 150e anniversaire, créée en 1876 pour former les futurs chefs militaires français. Un symbole fort : l’alliance entre tradition militaire et innovation pédagogique.
Pourquoi ce partenariat perdure : qualité pédagogique et résultats professionnels mesurables
Le succès du dispositif repose sur des résultats tangibles. Les officiers formés occupent des responsabilités accrues, publient dans des revues spécialisées et participent activement au rayonnement intellectuel des armées. L’EPHE-PSL, de son côté, bénéficie de l’apport de professionnels aguerris qui enrichissent les débats académiques par leur expérience terrain. Jean-Claude Yon, directeur du master « Civilisations, Culture et Sociétés », coordonne ce programme exigeant qui attire également des étudiants civils séduits par la dimension stratégique. Un équilibre gagnant-gagnant entre excellence académique et professionnalisation militaire.
2026-2031 : renforcer l’accessibilité et la qualité de la formation
La nouvelle convention vise à consolider les acquis tout en ouvrant de nouvelles perspectives. Les inscriptions pour la promotion 2027 sont ouvertes jusqu’au 15 novembre 2026, offrant aux officiers stagiaires une opportunité de développement professionnel unique. L’enjeu : maintenir l’excellence pédagogique tout en élargissant l’accès à ce parcours d’élite. Dans un contexte géopolitique instable, former des cadres militaires capables d’analyser finement les rapports de force internationaux devient un impératif stratégique. Ce partenariat, discret mais efficace, y contribue depuis trois décennies avec des résultats mesurables en termes de carrières, de publications et d’influence intellectuelle.
Le renouvellement de ce partenariat illustre une vision de long terme de la formation des élites militaires. Loin des logiques de court terme, l’EPHE-PSL et l’École de Guerre parient sur la recherche comme moteur de professionnalisation. Un pari réussi, si l’on en juge par les trajectoires des anciens stagiaires devenus penseurs stratégiques reconnus. Reste à savoir si d’autres institutions suivront cet exemple d’hybridation réussie entre monde académique et sphère militaire.
