Le classement PISA 2025, publié le mardi 8 septembre 2026, met en lumière une réalité préoccupante. En France, l’écart entre les élèves favorisés et défavorisés en sciences atteint désormais 100 points, bien au-delà de la moyenne OCDE de 85 points. L’école française semble non seulement échouer à réduire les inégalités, mais les accentue. Plus d’un tiers des élèves de 15 ans n’atteignent pas le niveau minimal en mathématiques et en compréhension de l’écrit. L’enquête, menée auprès de 760 000 adolescents dans 91 pays, dont 6 501 en France, offre un constat alarmant.
Les responsabilités sociales de l’école française
En France, le fossé de 100 points en sciences entre les élèves les plus favorisés et les moins favorisés met en évidence l’incapacité du système éducatif à corriger les inégalités initiales. Au lieu d’agir comme un ascenseur social, l’école perpétue et renforce les disparités. Eric Charbonnier, analyste à l’OCDE, souligne dans Le Monde : « Cette nouvelle baisse doit nous interroger sur ce qu’il se passe, et pas seulement en France. »
Le prix élevé pour les élèves défavorisés
Depuis 2015, la proportion d’élèves « peu performants » a augmenté de 11 points en compréhension de l’écrit et de 12 points en mathématiques. Ces élèves, souvent issus de milieux modestes, ne reçoivent pas l’aide nécessaire. Baptiste Larseneur de l’Institut Montaigne avertit dans L’Express : « Le décrochage de la France est extrêmement préoccupant. » Chaque élève quittant le système sans diplôme représente un coût de 340 000 euros pour la collectivité durant sa vie active.
Effondrement généralisé des résultats
La diminution des écarts entre élèves favorisés et défavorisés ne reflète pas une amélioration, mais un déclin généralisé. Les meilleurs élèves régressent tandis que les plus fragiles stagnent. De 2015 à 2025, la France a perdu 43 points en lecture et 35 en mathématiques, soit l’équivalent de 1,2 année scolaire selon l’OCDE, un décrochage supérieur à la moyenne OCDE. La santé mentale des élèves, souvent négligée, influence également ces difficultés.
Inégalités sociales et système éducatif français
Les ressources humaines, matérielles et infrastructurelles sont inégalement réparties. Les établissements accueillant les élèves les plus défavorisés sont les plus touchés par les pénuries et les défaillances structurelles, créant un cercle vicieux qui compromet leur réussite.
Déficit de personnel dans les ZEP
45 % des élèves français sont scolarisés dans des établissements souffrant d’un manque de personnel enseignant, un taux supérieur à la moyenne OCDE de 39 %. Les zones d’éducation prioritaire (ZEP) en souffrent particulièrement avec un turnover élevé, des enseignants débutants surreprésentés et des classes surchargées. Selon Franceinfo, la France stagne à la 27e place du classement PISA, une place de moins qu’en 2023.
Manque de matériel pédagogique
20 % des élèves français fréquentent des établissements dépourvus de matériel pédagogique adéquat. Manuels obsolètes, manque d’équipements numériques, laboratoires sous-équipés : l’accès aux ressources d’apprentissage demeure inégal. Les élèves favorisés s’appuient sur les ressources familiales, creusant encore l’écart avec les autres. L’absence d’investissement ciblé maintient un système à deux vitesses.
Infrastructure défaillante et découragement
Un quart des élèves étudient dans des établissements aux infrastructures dégradées. Toitures défectueuses, chauffage inadéquat, sanitaires insalubres : ces conditions affectent motivation et concentration. Des initiatives telles que la restauration du Couvent Royal des Minimes montrent le potentiel des réhabilitations ambitieuses. Pourquoi ne pas appliquer cette approche aux écoles publiques ?
Vers une école plus équitable : le rôle des entreprises et des collectivités
Les acteurs économiques et territoriaux ont un rôle crucial à jouer. L’école ne peut se transformer seule. Les entreprises, collectivités locales et fondations possèdent des leviers pour briser le cycle des inégalités.
RSE : engagements réels ou simple façade ?
Les politiques de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) incluent de plus en plus l’éducation comme priorité. Mentorat, mise à disposition de locaux, dons de matériel, stages : les initiatives sont variées. Mais leur impact reste à évaluer. Trop souvent, ces actions sont limitées à quelques établissements modèles. Pour un changement durable, les entreprises doivent s’engager sur le long terme, surtout auprès des établissements défavorisés. Le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray appelle à une mobilisation collective face aux résultats « préoccupants ».
Investir équitablement dans les établissements défavorisés
La répartition équitable des moyens est essentielle. Augmenter les ressources pour les établissements accueillant les élèves les plus vulnérables pourrait compenser les inégalités initiales. Collectivités, fondations et mécènes peuvent jouer un rôle clé. En Estonie, bien classée au PISA, l’équité de financement contribue aux bons résultats. La France doit s’en inspirer pour inverser la tendance. Édouard Geffray fixe l’horizon 2033 pour retrouver une position de leader à condition de réformer la pédagogie et l’autonomie des établissements.
L’école française doit relever un double défi d’équité et de performance. Les résultats PISA 2025 mettent en lumière une fracture sociale que les discours seuls ne résoudront pas. Seule une mobilisation collective, associant pouvoirs publics, entreprises et collectivités, permettra à l’école de redevenir un ascenseur social. L’inaction se traduit par des vies gâchées et une cohésion sociale fragilisée. Combien de temps encore accepterons-nous de laisser un tiers de nos jeunes au bord du chemin ?
