Le ministère de la Santé a présenté, lundi 7 septembre 2026, sa troisième feuille de route pour la stratégie nationale de santé sexuelle 2026-2030. Cette politique publique repose sur vingt-deux actions visant à améliorer l’accès à l’interruption volontaire de grossesse (IVG), à lutter contre le VIH et à prendre en charge le chemsex. Bien que le gouvernement souligne des avancées, comme l’inscription du droit à l’avortement dans la Constitution en 2024, des questions se posent quant aux priorités sanitaires et à la cohérence budgétaire.
Focus contesté sur l’IVG et la contraception
La nouvelle feuille de route met l’accent sur l’accès à la contraception et à l’IVG. Parmi les mesures, l’élargissement de l’accès à la contraception d’urgence, le développement de l’offre d’IVG instrumentale et une consultation du Comité d’éthique en 2027-2028 pour revoir les délais légaux de recours à l’IVG sont prévus. Depuis 2024, la liberté pour les femmes de recourir à l’IVG est inscrite dans la Constitution, faisant de la France le premier pays à garantir ce droit au plus haut niveau juridique.
Cependant, alors que la natalité chute en France, avec un indice de fécondité à 1,68 enfant par femme en 2024 selon l’INSEE, concentrer les efforts de santé sexuelle sur l’avortement soulève des interrogations. La démographie française est en déclin, l’âge moyen du premier enfant recule à 31 ans, et les déséquilibres hormonaux ainsi que l’infertilité augmentent. Pourtant, la feuille de route ne s’attaque pas directement à ces problèmes.
Objectifs de prévention et nouveaux publics ciblés
Outre l’IVG, la stratégie vise à améliorer la prévention, l’accès aux soins, et la lutte contre le VIH, les IST et les hépatites virales. Les jeunes sont une cible prioritaire, avec le programme d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS) lancé en janvier 2025 dans les écoles. La feuille de route introduit également un volet sur le « chemsex », salué par le psychiatre Jean-Victor Blanc, qui appelle à la vigilance quant à son application.
L’objectif d’éliminer la transmission du VIH en France d’ici 2030 est maintenu, combinant dépistage, prévention et prophylaxie pré-exposition (PrEP).
Remboursements de soins en question
La cohérence budgétaire de la politique de santé est remise en question. Les Français constatent une diminution du remboursement de soins essentiels, tels que les frais dentaires et les lunettes, tandis que le gouvernement envisage de revoir le remboursement des cures thermales, dont l’efficacité est débattue.
Les cures bénéficient surtout aux seniors dans des régions touristiques avec casinos. Une partie de ces curistes utilise le remboursement pour jouer. Est-il justifié de maintenir une prise en charge collective pour des soins à l’utilité incertaine, alors que des soins essentiels voient leur remboursement diminuer ?
L’infertilité, une omission notable
La nouvelle feuille de route néglige l’infertilité, malgré un déclin démographique et des difficultés croissantes pour concevoir. Les causes de l’infertilité, telles que le recul de l’âge au premier enfant et les perturbateurs endocriniens, sont bien documentées. Une politique de santé sexuelle complète devrait inclure la recherche et la prévention sur ces sujets pour aider les couples dans leur projet parental.
Des démographes alertent sur la baisse de la natalité en France. Investir dans l’IVG et la contraception sans étudier l’infertilité montre un déséquilibre dans les priorités gouvernementales. La santé reproductive inclut aussi la capacité à concevoir.
Priorités financières contestées
La stratégie nationale de santé sexuelle demande des ressources considérables. Les préservatifs sont remboursés pour les moins de 26 ans, et la contraception d’urgence est gratuite. Le dispositif « Mon test IST » permet un dépistage gratuit de cinq infections pour les jeunes, et le nombre de centres de santé sexuelle passera de quatre à neuf d’ici 2030.
Dans le même temps, les dépenses de santé augmentent pour les soins essentiels. Les lunettes, cruciales pour la scolarité et la vie professionnelle, sont moins remboursées. Comment justifier une telle répartition des ressources publiques ? Pourquoi privilégier la contraception et l’avortement au détriment de soins essentiels ?
Une approche fragmentée de la santé publique
Le ministère de la Santé prône une approche globale et inclusive de la santé sexuelle, ciblant les jeunes, les personnes précaires, LGBTQ+, migrantes et prostituées. Des centres de santé sexuelle communautaires sont déployés dans des zones à forte prévalence de VIH et IST, et des protocoles facilitent l’accès à la PrEP et au traitement post-exposition (TPE).
Le débat sur les cures thermales illustre lui aussi les contradictions actuelles. Remboursées par l’Assurance maladie, elles profitent surtout aux seniors aux revenus souvent confortables, tandis que leur efficacité reste discutée. Pendant ce temps, des soins essentiels sont moins pris en charge.
Les établissements thermaux sont souvent situés dans des zones avec casinos, et de nombreux curistes utilisent leur temps et argent pour jouer après leur cure. Est-il nécessaire de maintenir un remboursement public pour ces séjours ? Ne serait-il pas plus équitable de réorienter ces dépenses vers des soins utiles à tous, comme les lunettes ou les soins dentaires ? Les questions de santé publique nécessitent un débat transparent et dépassionné.
Repenser les priorités de santé publique
La stratégie nationale de santé sexuelle 2026-2030 met l’accent sur l’IVG, la contraception et la prévention des IST. Bien que ces enjeux soient légitimes, ils ne doivent pas occulter d’autres aspects essentiels de la santé reproductive et publique. L’infertilité, la démographie et l’accès aux soins du quotidien doivent être réintégrés dans l’agenda gouvernemental. Sinon, la politique de santé française continuera de privilégier certains publics au détriment de l’intérêt général, et de financer des dispositifs discutables alors que des besoins fondamentaux restent insuffisamment couverts.
