Longtemps considérés avant tout comme un levier d’économies pour l’Assurance maladie, les médicaments anciens reviennent au centre du débat à mesure que les tensions d’approvisionnement se multiplient. Selon un sondage Norstat pour Cheplapharm publié fin août, les Français placent désormais très largement leur disponibilité devant la recherche du prix le plus bas.
Pendant des années, la logique semblait relativement simple : une fois le brevet expiré et les coûts de recherche amortis, le prix d’un médicament pouvait progressivement diminuer, permettant de dégager des économies pour financer notamment l’arrivée de traitements innovants. La multiplication des pénuries vient aujourd’hui compliquer cette équation.
Car ces médicaments anciens restent très présents dans les prescriptions. Et lorsqu’ils viennent à manquer, les conséquences dépassent parfois la seule difficulté à trouver une boîte en pharmacie. Parmi les personnes ayant connu une pénurie au cours des douze derniers mois, 27 % ont vu leur traitement retardé, interrompu temporairement ou arrêté, selon le sondage Norstat pour Cheplapharm.
Des traitements anciens devenus plus difficiles à maintenir
Les médicaments dits « matures » sont commercialisés depuis de nombreuses années et ne sont généralement plus protégés par un brevet. Peu coûteux, ils restent pourtant indispensables dans la prise en charge de nombreuses pathologies courantes, chroniques ou graves.
Leur ancienneté ne signifie pas pour autant que leur production ne coûte plus rien. Matières premières, fabrication, contrôles de qualité, pharmacovigilance, maintien des autorisations de mise sur le marché ou constitution des stocks restent nécessaires tout au long de leur commercialisation. Or ces dépenses peuvent augmenter alors que le prix, lui, continue de baisser. Pour certaines références, l’équilibre devient donc plus difficile à tenir, notamment lorsque la production repose sur un nombre limité de fournisseurs ou de sites industriels. Un médicament peut ainsi rester médicalement indispensable tout en devenant progressivement moins intéressant à produire.
C’est ce décalage que les pénuries rendent désormais visible. Le sondage réalisé par Norstat pour Cheplapharm révèle que 91 % des Français considèrent la préservation des médicaments matures essentiels comme une priorité pour le système de santé, dont 57 % une priorité absolue.
« Derrière une pénurie, il n’y a pas seulement une difficulté industrielle ou logistique. Il y a un patient qui cherche son traitement, parfois de pharmacie en pharmacie, et qui peut finir par le commencer plus tard ou l’interrompre », souligne Caroline Jacquin, directrice générale de Cheplapharm France.
Le prix le plus bas n’est plus la seule priorité
C’est sur ce terrain que le sondage marque une évolution intéressante. Placés devant un choix entre maintenir le prix des médicaments matures au plus bas et mieux garantir leur disponibilité, 81 % des Français privilégient désormais la seconde option.
Cette disposition ne vaut toutefois pas acceptation d’une hausse générale des tarifs. Les Français demandent des contreparties : 77 % accepteraient que l’Assurance maladie paie certains médicaments un peu plus cher si cette hausse était conditionnée à des engagements précis en matière de production, de stocks et de disponibilité.
Le débat change donc progressivement de nature. Il ne s’agit plus seulement de savoir jusqu’où faire baisser le prix d’un médicament ancien, mais à partir de quel niveau cette politique risque de fragiliser sa production et sa présence durable sur le marché.
Pour les médicaments matures, la question du prix reste évidemment centrale dans un système de santé soumis à de fortes contraintes budgétaires. Mais les pénuries ont fait apparaître une autre exigence : celle de pouvoir continuer à disposer, au bon moment, de traitements parfois anciens de plusieurs décennies mais toujours essentiels aux soins.





