Depuis le 22 août 2026, l’Assurance maladie a vu ses règles de remboursement profondément modifiées par quatre décrets publiés au Journal officiel. Dès le 1er janvier 2027, la Sécurité sociale réduira sa prise en charge des soins dentaires, de certains médicaments, des transports sanitaires et de plusieurs dispositifs médicaux. Le transfert des coûts vers les complémentaires santé atteindra 1,4 milliard d’euros. Toutefois, ce chiffre masque une réalité sociale complexe : les individus bénéficiant d’une bonne mutuelle ne verront que peu de différence, tandis que les 7 millions de Français sans complémentaire santé ou avec une couverture limitée feront face à une hausse significative de leurs dépenses personnelles.
Une réforme qui creuse les inégalités d’accès aux soins
Le remboursement des soins dentaires passera de 60 % à 50 % dès le 1er janvier 2027, d’après les décrets parus au Journal officiel. Par exemple, pour une consultation à 25 euros, la Sécurité sociale versera désormais 12,50 euros au lieu de 15 euros. Un détartrage, tarifé à 28,92 euros, ne sera remboursé qu’à 14,46 euros contre 17,35 euros auparavant. Les mutuelles devront compenser cette baisse de 10 points, sauf pour les patients sans couverture. Environ 4 % des Français n’ont pas de complémentaire santé, augmentant ainsi le coût des consultations dentaires pour ces personnes, et risquant d’accroître le renoncement aux soins bucco-dentaires, déjà fréquent chez les populations précaires.
Quant aux médicaments à service médical rendu (SMR) faible, leur remboursement chutera de 15 % à environ 5 %, tandis que ceux à SMR modéré passeront de 30 % à environ 15 %. Le gouvernement escompte économiser 300 millions d’euros sur ce volet. Les 4 000 médicaments les plus efficaces, remboursés à 65 % ou 100 %, ne sont pas concernés. Cependant, pour les traitements quotidiens jugés moins prioritaires, tels que certains anti-inflammatoires, suppléments vitaminiques ou sirops pour la toux, le coût augmente. Un retraité modeste avec une mutuelle de base verra chaque boîte peser davantage dans son budget mensuel.
Les remboursements pour les transports sanitaires non exonérés diminueront de 55 % à 50 %. Ainsi, un trajet d’ambulance facturé 80 euros ne sera pris en charge qu’à hauteur de 40 euros, contre 44 euros auparavant. Pour les patients avec des maladies chroniques nécessitant des déplacements fréquents, les coûts s’accumulent rapidement. Néanmoins, les patients en affection de longue durée (ALD) exonérante conservent une prise en charge intégrale pour les transports liés à leur pathologie, accentuant ainsi la différence entre ceux qui sont protégés et ceux qui ne le sont pas.
Qui sont les vrais perdants de cette réforme ?
Environ 7 millions de Français n’ont pas de complémentaire santé, que ce soit par choix économique ou faute d’accès (indépendants, intérimaires, jeunes actifs). Pour eux, la diminution des remboursements de l’Assurance maladie se traduit par une augmentation directe des coûts personnels. Chaque soin dentaire, médicament ou transport devient plus onéreux, augmentant le risque de renoncer à des soins essentiels. Déjà, 15 % des Français, notamment les plus modestes, renoncent à des soins pour des raisons financières. Cette réforme pourrait aggraver cette situation.
Les travailleurs précaires et retraités modestes, souvent détenteurs de contrats de complémentaire santé d’entrée de gamme, ne voient pas ces baisses de remboursement toujours compensées. Bien que les contrats « responsables » (représentant 95 % des contrats) soient censés couvrir les nouveaux tickets modérateurs, les garanties varient considérablement. Un contrat à 30 euros par mois ne couvre pas les mêmes postes qu’un à 100 euros. Ces populations déjà vulnérables doivent choisir entre augmenter leur cotisation mutuelle ou accepter un reste à charge plus élevé. Eric Chenut, président de la Mutualité française, souligne que ces transferts auront des conséquences.
Les patients atteints de pathologies chroniques non reconnues en ALD exonérante (arthrose, diabète de type 2 non compliqué, certaines maladies rares) subissent une augmentation de leurs dépenses. Par exemple, les appareils auditifs seront moins bien remboursés, bien que le grand appareillage reste couvert à 100 %. Pour ces patients, chaque acte médical devient un enjeu budgétaire.
Les protégés : exceptions qui révèlent les contradictions
Les 8 millions de Français bénéficiant de la Complémentaire santé solidaire (CSS) ne subissent pas ce transfert de charges, leur reste à charge demeurant nul pour la plupart des soins. L’État assume ainsi sa responsabilité sociale envers les plus démunis, mais cela soulève la question de la protection des travailleurs pauvres, légèrement au-dessus du seuil d’éligibilité, qui subissent la hausse. Cette distinction entre protection sociale et exposition au marché se renforce.
Les patients en affection de longue durée exonérante conservent une couverture intégrale pour les soins liés à leur pathologie. Par exemple, un diabétique en ALD verra ses soins liés à son diabète remboursés intégralement. Toutefois, pour des soins dentaires ou médicaments sans rapport avec leur pathologie principale, ils subiront les mêmes réductions que les autres, rendant la protection inégale selon la nature des soins nécessaires. Les sources officielles de santé rappellent de ne jamais interrompre un traitement sans consulter un professionnel, même si le taux de remboursement évolue.


