À la rentrée 2026, plus de la moitié des collèges et lycées français se trouvent sans au moins un enseignant. Cette situation, au-delà des chiffres, révèle une réalité difficile pour les professeurs épuisés, les AESH précaires et les autres personnels éducatifs qui doivent compenser ce manque en augmentant leur charge de travail. Comment le système éducatif français peut-il fonctionner avec de tels effectifs réduits ?
Le visage humain de la pénurie d’enseignants
Une enquête du Snes-FSU, réalisée entre le 31 août et le 4 septembre 2026 auprès de 1 033 établissements, révèle que 53 % des collèges et lycées publics débutent l’année scolaire avec au moins un poste vacant. Ce chiffre remet en question les déclarations rassurantes du ministre de l’Éducation, Édouard Geffray, qui affirmait que les absences seraient marginales.
Ce manque oblige les équipes à se réorganiser constamment. Les enseignants en poste doivent prendre en charge des classes supplémentaires, effectuer des heures supplémentaires, et gérer plusieurs niveaux. Les disciplines les plus touchées sont les mathématiques, le français, la physique-chimie et l’anglais. Dans l’académie de Versailles, 70,5 % des établissements manquent d’au moins un enseignant, comparé à 23,1 % à Amiens, mettant en lumière des inégalités territoriales importantes.
Le déficit en personnel ne se limite pas aux enseignants. Selon le Snes-FSU, 69 % des établissements secondaires ont une équipe pédagogique incomplète, incluant les CPE, psychologues scolaires, AESH et assistants d’éducation. Cette situation oblige les personnels à assumer des tâches supplémentaires, allant au-delà de leur rôle initial, entraînant une fatigue mentale et physique sans reconnaissance salariale.
La précarité des AESH : surexploitation et invisibilité
Les AESH, accompagnants d’élèves en situation de handicap, sont particulièrement touchés par la pénurie. 17 % des collèges et lycées manquent d’au moins une AESH, compromettant l’inclusion des élèves concernés et alourdissant la charge des accompagnants en poste. Ces derniers doivent suivre plusieurs élèves à la fois, souvent sans formation adéquate.
Leurs conditions de travail sont précaires : contrats à temps partiel imposé, salaires proches du SMIC, absence de perspectives d’évolution. Beaucoup cumulent plusieurs établissements pour atteindre un temps plein, ce qui complique encore leur situation. Le métier peine à attirer, et les départs volontaires augmentent.
Les rectorats ne renouvellent pas de nombreux contrats de CDD de professeurs non-titulaires, aggravant ainsi la pénurie. Cette décision plonge les enseignants contractuels dans une insécurité permanente, les incitant à quitter l’Éducation nationale pour des secteurs plus stables. Le non-renouvellement prive les établissements de personnels formés et intégrés, tandis que les nouveaux arrivants doivent s’adapter rapidement.
Dégradation des conditions de travail et départs massifs
Les enseignants présents doivent compenser les postes vacants en multipliant les heures supplémentaires, en gérant des classes surchargées et en assurant des remplacements au pied levé. Cette surcharge pédagogique s’accompagne d’une pression croissante pour maintenir la qualité de l’enseignement, malgré le manque de moyens. Les arrêts maladie se multiplient, créant un cercle vicieux : plus d’absences, plus de charge pour les collègues restants.
Le métier d’enseignant perd de son attrait. Les jeunes diplômés se détournent d’une profession perçue comme ingrate, avec des salaires peu compétitifs et un manque de reconnaissance. Malgré un taux de postes pourvus de 96,1 % dans le second degré, beaucoup de ces postes sont à temps partiel ou géographiquement contraignants. Les départs en cours de carrière augmentent, les enseignants expérimentés quittant souvent pour d’autres secteurs.
Mobilisation syndicale : un appel à l’action
Face à cette situation, le Snes-FSU a déposé des préavis de grève pour toutes les semaines de septembre et appelle à une mobilisation nationale le 29 septembre 2026. Les revendications incluent le recrutement massif d’enseignants titulaires, la revalorisation salariale, l’amélioration des conditions de travail, et la titularisation des contractuels.
Malgré les discours optimistes du ministre, la réalité est que de nombreux établissements manquent de professeurs. La grève vise à sensibiliser l’opinion publique et le gouvernement à l’urgence de la situation. Sans réponse claire, le système éducatif risque de s’effondrer progressivement.
En parallèle, les enseignants doivent faire face à de nouveaux défis technologiques en classe, témoignant d’un métier en pleine mutation. La rentrée 2026 met en lumière un système éducatif à bout de souffle, où les personnels paient le prix d’une gestion budgétaire à courte vue. Sans investissement massif dans les ressources humaines, l’école française risque de perdre ses meilleurs atouts : des professionnels dévoués mais de plus en plus fragilisés.