Dans une tribune percutante relayée par Midi Libre, Cécile Ferlandin, spécialiste des ressources humaines, propose de repenser en profondeur l’organisation du travail pour encourager la natalité. Face aux pressions médiatiques et politiques visant à augmenter le taux de natalité, Ferlandin doute de l’efficacité de ces mesures et appelle les entreprises à prendre la parentalité de façon plus humaine et authentique. Elle défend l’idée qu’il vaudrait mieux placer au centre celles et ceux pour qui la priorité est l’amour porté à leurs proches.
Ce que vivent vraiment les parents au travail
Ferlandin souligne que le monde du travail reste largement aveugle à la réalité quotidienne des parents. Ignorer les liens affectifs, qui sont pourtant le moteur de chaque employé, est, selon elle, une grave erreur. « Nous travaillons pour protéger ce que nous aimons, nous avançons pour leur offrir un avenir », écrit-elle, en insistant sur cet amour qui « dépass(e) tout ce qui est rationnel ».
Elle fustige des démarches comme l’envoi de lettres aux femmes de 29 ans, les discours sur le « réarmement démographique » ou les médias inondés de bébés souriants. Pour Ferlandin, ces postures servent surtout à masquer des lacunes réelles dans le soutien apporté aux parents au travail. Elle évoque des obstacles concrets, de la charge mentale invisible aux conséquences négatives de la parentalité sur la carrière des femmes.
Les défis et sacrifices des parents
Ferlandin décrit sans détour les nombreuses épreuves et sacrifices des parents. Les premières années impliquent souvent des renoncements professionnels, une pression sur le bien-être et une charge mentale écrasante. « On fait une croix sur notre belle évolution professionnelle », dit-elle.
À l’école, les jugements et comparaisons s’accumulent, entraînant des questionnements permanents chez les parents sur « qui a le plus beau, le plus brillant des enfants ? ». Puis vient l’adolescence, avec la peur du harcèlement scolaire, l’influence des réseaux sociaux et la crainte que l’enfant prenne des décisions dangereuses. « À l’adolescence, on se battra pour qu’il ne soit ni harceleur ni harcelé, pour qu’il ne soit pas abruti par les réseaux sociaux », prévient Ferlandin.
Repenser l’organisation des entreprises
La solution, selon Ferlandin, passe par une remise en ordre profonde des entreprises. Cela implique des horaires compatibles avec la vie familiale et des managers formés à l’écoute. Il faut aussi mieux accompagner les retours de congé maternité ou paternité, et prendre en compte le quotidien réel des parents.
Elle plaide avec force pour que les « organisations du travail comprennent cette chose importante » : reconnaître que « les collaborateurs sont d’abord des femmes, des hommes, des parents, des conjoints ». Une telle reconnaissance pourrait conduire à des structures plus humaines et plus performantes.
D’après elle, l’entreprise ne perd rien à admettre cette vérité ; au contraire, elle y gagnerait en engagement et en fidélité. « Soutenir la parentalité au travail n’est ni un luxe ni un geste social. C’est reconnaître ce qui nous relie tous », conclut Ferlandin.



