Le conseil municipal de Bergerac, en Dordogne, a voté jeudi 30 septembre 2026 une proposition du maire socialiste Fabien Ruet visant à rebaptiser l’école du Bout des Vergnes du nom d’Irène Sapir, 89 ans. Selon le 20 Minutes, la résolution a été adoptée malgré l’opposition de trois élus du Rassemblement national.
Irène Sapir fait partie des milliers de Juifs arrêtés en juillet 1942 lors de la rafle du Vel’ d’Hiv, avec sa mère. Elles comptent parmi les 13 152 personnes emmenées de force par la police française, avant d’être libérées après 48 heures d’internement.
Irène Sapir a ensuite été déportée à Auschwitz. Devenue enseignante, elle a consacré une partie de sa carrière à transmettre son témoignage dans les établissements scolaires, dont celui qui porte désormais son nom. Élue sous les couleurs du Parti communiste français, elle a siégé au conseil municipal de Bergerac de 1967 à 2001, comme première adjointe.
C’est précisément ce passé politique que les élus RN ont mis en avant pour justifier leur opposition au renommage. Christian Gérard, élu RN de 26 ans, a estimé lors de la séance qu’« une école de la République doit rester neutre, elle ne peut pas porter le nom d’une militante politique ».
Il a ajouté : « le communisme, ce sont des dizaines de millions de morts et nous condamnons toutes les dictatures, tous les totalitarismes, sans exception ». L’élu assure que le groupe aurait voté en faveur du texte si Irène Sapir n’avait pas, selon lui, mené un combat contre son parti : « On aurait voté pour, si madame Sapir n’avait pas mené ce combat, et encore maintenant, contre notre parti qui est un parti républicain, un parti comme les autres. »
Le maire évoque les origines du Front national
Fabien Ruet a répliqué en rappelant la généalogie du mouvement. « Quand vous êtes issu d’un parti qui a été créé par des anciens Waffen-SS, je peux comprendre que quand on a été interné de force au Vel d’Hiv, on ait du mal à vous saluer », a lancé le maire, estimant que Christian Gérard reste l’héritier d’un passé qui ne passe pas. Il avait auparavant salué, avant le vote, une des femmes les plus courageuses de cette ville.
Irène Sapir avait en effet refusé par le passé de serrer la main des élus RN lors de commémorations, un geste que les élus d’extrême droite ont cité comme preuve de son hostilité envers leur mouvance. Interrogée par Sud Ouest, l’ancienne élue communiste balaie l’argument du militantisme politique, estimant qu’ils n’ont même pas le courage de dire que c’est parce qu’elle est juive.
Elle qualifie la mouvance RN-FN d’héritière « du pétainisme et de la collaboration », ajoutant sobrement que ce sont leurs racines. Au micro de la radio Ici Périgord, elle voit dans le vote des trois élus la démonstration que le Rassemblement national est un parti qui rejoint ceux contre qui elle a toujours lutté.
La sénatrice PCF de Dordogne, Marie-Claude Varaillas, a dénoncé dans un communiqué une tentative de « disqualifier une femme de 89 ans en réduisant son existence à son appartenance politique », jugeant la démarche profondément indigne.
Le RN dénonce une « manipulation »
Le RN de Dordogne a réagi par un communiqué transmis lundi 5 octobre 2026 à l’Agence France-Presse, accusant le maire de se livrer à une honteuse instrumentalisation dans l’unique but que nos élus soient harcelés médiatiquement. Le texte dénonce le militantisme politique de Madame Sapir et qualifie les accusations d’antisémitisme de manipulation mensongère et calomnieuse. Christian Gérard a lui-même jugé ces accusations une insulte pour nous et nos électeurs.




