Les démocrates ont repris le contrôle du Sénat américain, infligeant aux républicains une défaite qualifiée d’historique à l’échelle nationale. Le décompte s’établissait mercredi à 54 sièges démocrates contre 42 pour les républicains, le dépouillement se poursuivant en Alaska, où la démocrate Mary Peltola affrontait le sénateur républicain sortant Dan Sullivan.
Ce basculement offre aux démocrates un nouveau pouvoir de blocage face à Donald Trump pour le reste de sa présidence : ils pourront freiner son agenda législatif, mais aussi s’opposer à toute nomination au cabinet ou à la magistrature fédérale, y compris à la Cour suprême, où les conservateurs détiennent une majorité de 6 contre 3.
Le chef de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, a salué un remaniement générationnel lors d’un point presse à Washington. « Wow ! Wow ! Maintenant, contre toute attente, nous, démocrates, avons remporté le Sénat », a-t-il lancé, promettant au peuple américain que « le soulagement arrive ».
Des bastions républicains tombent
Les démocrates ont créé la surprise dans des États où ils n’avaient pas gagné depuis des décennies, selon l’Associated Press : Maine, Caroline du Sud, Caroline du Nord, Ohio, Texas, Iowa et Kansas. Au Kansas, c’est la première victoire démocrate au Sénat depuis 1932. Au Texas, elle n’était plus arrivée depuis 1988. En Caroline du Sud, il aura fallu attendre 38 ans ; en Iowa et en Caroline du Nord, 18 ans.
Ces percées doivent beaucoup aux ingérences de Trump dans les primaires républicaines. En Caroline du Nord, ses critiques contre le sénateur sortant Thom Tillis ont poussé ce dernier à la retraite, ouvrant la voie à l’ancien gouverneur démocrate Roy Cooper.
Au Texas, le soutien de Trump au procureur général Ken Paxton, empêtré dans des scandales, a provoqué la défaite du sénateur sortant John Cornyn à la primaire. La représentante d’État démocrate James Talarico a ensuite remporté le siège avec une marge à deux chiffres.
En Caroline du Sud, Trump avait appuyé Darline Graham, sœur du sénateur Lindsey Graham décédé en cours de mandat, bien qu’elle n’ait jamais occupé de fonction élective. Elle a perdu face à la démocrate Annie Andrews, de quatre points.
Les républicains n’ont par ailleurs réussi à déloger aucun des démocrates jugés vulnérables dans le Michigan, le New Hampshire, la Géorgie et le Minnesota. Et même là où ils l’ont emporté, les marges se sont resserrées : en Floride, Ashley Moody n’a devancé son adversaire que de trois points, dans un État où les républicains remportaient habituellement des scrutins à deux chiffres.
En Louisiane, Julia Letlow n’a gagné que de deux points, alors que Trump y avait triomphé avec 22 points d’avance deux ans plus tôt.
L’économie et l’Iran ont pesé sur Trump
Trump a pris une série de décisions jugées impopulaires, et sa cote d’approbation a chuté, en particulier sur l’économie et l’immigration, deux domaines auparavant parmi ses meilleurs atouts. Sa décision d’attaquer l’Iran et d’envoyer des agents fédéraux mener des opérations d’immigration très médiatisées a éloigné des électeurs ; ces opérations ont entraîné la mort de deux citoyens américains à Minneapolis. Les prix de l’essence ont aussi grimpé en raison du conflit au Moyen-Orient.
Le vice-président JD Vance a lui-même imputé la déroute à la guerre déclenchée contre l’Iran, une rupture notable pour un président qui exigeait jusque-là une loyauté totale de son parti. Trump a jugé cette analyse largement vraie. Il a néanmoins semblé minimiser ce désaveu : sa première apparition publique du mercredi a consisté à visiter le chantier de la salle de bal qu’il fait construire à la Maison Blanche.
Dans un entretien accordé au New York Times tard mardi soir, il s’est dit absolument disposé à accepter les résultats.
Une vague qui dépasse le Sénat
La victoire démocrate pourrait s’étendre à la Chambre des représentants, selon Hakeem Jeffries, chef de la minorité démocrate et pressenti pour devenir le premier speaker noir de la Chambre. Il a prédit au moins 255 sièges démocrates sur 435, comparant l’ampleur du scrutin à un tsunami américain, inversé par rapport à la vague républicaine de 1994.
Il a déclaré que l’époque où la Chambre des représentants fonctionnait comme une filiale à part entière de l’administration Trump était terminée.
Les démocrates ont aussi pris des sièges dans des circonscriptions conservatrices allant de l’Indiana au Missouri en passant par l’Alabama. Côté républicain, la défaite a ouvert une course pour succéder au speaker Mike Johnson, qui a annoncé à ses collaborateurs qu’il ne briguerait pas la direction de la conférence dans la minorité.
Jim Jordan prône une approche combative, Steve Scalise appelle à l’unité. Le gouverneur de Floride Ron DeSantis a qualifié le scrutin d’événement proche de l’extinction pour les républicains dans de nombreuses régions du pays, comme on n’en aurait probablement pas vu depuis cent ans.
Deux courses restaient indécises mercredi soir : en Alaska, Mary Peltola devançait Dan Sullivan de moins de 1 000 voix, avec près d’un quart des bulletins encore non comptés ; dans le Mississippi, le démocrate Scott Colom menait la sénatrice sortante Cindy Hyde-Smith d’environ 1 138 voix, selon le secrétaire d’État Michael Watson.





