Jean-Baptiste Moreau, ancien député de la Creuse sous l’étiquette La République en marche et l’un des soutiens historiques d’Emmanuel Macron, a révélé avoir suggéré au président de la République de démissionner. Il l’a confirmé jeudi 22 octobre 2026 sur RMC. Le chef de l’État a balayé la proposition en répondant que jamais, ce n’était pas le moment de reculer.
L’échange remonte au dimanche 18 octobre, au lendemain des violences qui avaient secoué le pays, et quelques heures avant l’allocution télévisée de Macron. Moreau raconte avoir prévenu le président que prendre la parole ce soir-là était « nécessaire et indispensable », mais que rester dans le flou risquait de tout envenimer.
« Je lui ai dit que, s’il faisait une allocution pour ne pas annoncer grand-chose, je pense qu’il allait, une fois de plus, cristalliser la colère », a-t-il expliqué sur RMC. L’ancien porte-parole de LREM, en poste de 2019 à 2022, insiste sur ses intentions : il affirme que ce n’est pas contre lui, mais pour lui et pour le pays qu’il lui a dit cela.
Plus tôt, le 21 octobre, Moreau avait déjà raconté le même épisode sur Sud Radio, interrogé par Jacques Cardoze. Agriculteur de profession et décrit comme l’un des rares interlocuteurs que le président écoute encore, il y détaillait sa proposition : organiser sans attendre une présidentielle anticipée plutôt que de laisser traîner une campagne de plusieurs mois dominée, selon lui, par la démagogie.
Une présidentielle anticipée avec un intérim de Gérard Larcher
Moreau évoque la piste d’un intérim assuré par Gérard Larcher, président du Sénat, en cas de démission du chef de l’État. Il ne présente pourtant pas cette issue comme souhaitable : il la qualifie d’arrache cœur et de catastrophe pour le pays.
Sa motivation tient surtout à une crainte précise, celle de voir Macron céder la place à Marine Le Pen sur le perron de l’Élysée, confiait-il sur Sud Radio, affirmant qu’il voulait éviter cela à tout prix, car s’il restait un macroniste sur Terre, ce serait lui.
Il ne croit toutefois pas que le président franchira le pas : « Honnêtement, ce n’est pas son tempérament et je ne pense pas que j’arriverai à le convaincre. »
Cette contestation, née des manifestations lycéennes du 17 octobre, a fait vaciller les équilibres politiques jusqu’à pousser un fidèle de la première heure à s’interroger sur la suite du quinquennat. La mobilisation de ce samedi-là s’est soldée par des interpellations et près d’un millier de blessés parmi les forces de l’ordre, selon des chiffres communiqués par les autorités.
Dans la foulée de ces violences, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez avait remis sa démission, qu’il justifiait lundi 19 octobre sur France Inter en expliquant qu’il avait remis sa démission parce qu’il était responsable de tout ce qui se passait.
Emmanuel Macron l’a refusée le jour même, par un communiqué transmis à la presse par l’Élysée, invoquant la nécessité d’un commandement continu des forces de l’ordre. Le président a demandé à son ministre de déployer « au plus vite sur le terrain de nouveaux modes d’action […] en matière de lutte contre les casseurs », en réaction aux pillages de magasins survenus en marge des rassemblements.
La veille, dimanche soir, lors de l’allocution que Moreau jugeait risquée, Macron avait réclamé de la transparence et pointé « les défaillances d’anticipation et de renseignements » à l’origine des violences. Il avait aussi averti que « ceux qui ont cherché à faire tomber la République auront à en répondre ».
Jean-Baptiste Moreau reste, par ses propres mots, l’un des derniers macronistes sur Terre, mais il juge que Macron se trompe en refusant de démissionner.





