Alors que le chômage français augmente de 0,9% en trois mois, une réalité bien plus préoccupante se cache derrière les moyennes : les jeunes de 15 à 24 ans font face à un taux de chômage de 21,6%, soit 2,6 fois supérieur à la moyenne nationale de 8,3%. Pour les entreprises engagées dans une démarche RSE, cette fracture générationnelle représente un enjeu d’inclusion majeur.
21,6% de taux de chômage pour les 15-24 ans : 2,6 fois plus que la moyenne nationale
Les chiffres publiés ce 28 octobre 2026 par le ministère du Travail révèlent une situation préoccupante. Au deuxième trimestre 2026, le taux de chômage des 15-24 ans atteignait 21,6%, contre seulement 8,3% tous âges confondus. Cette disparité illustre une double peine : les jeunes entrent difficilement sur le marché du travail et subissent de plein fouet les variations conjoncturelles. Près d’un jeune actif sur cinq cherche un emploi sans le trouver, une proportion qui interroge l’efficacité des dispositifs d’insertion professionnelle.
La situation s’aggrave lorsqu’on observe la dynamique trimestrielle. Les entreprises peinent à intégrer les nouveaux arrivants sur le marché du travail, privilégiant souvent l’expérience à la formation initiale. Les secteurs traditionnellement accessibles aux jeunes diplômés, comme la distribution ou l’hôtellerie-restauration, restent fragilisés depuis les crises successives.
Hausse trimestrielle de +2,4% : les jeunes subissent plus que les autres
Au troisième trimestre 2026, le nombre de demandeurs d’emploi de moins de 25 ans sans activité a bondi de 2,4%, soit presque trois fois plus que la moyenne générale de 0,9%. Sur un an, cette augmentation atteint 2%. Les jeunes diplômés de 2026 arrivent sur un marché du travail atone, où la croissance du PIB plafonne à 0,1% ce trimestre.
Anthony Morlet-Lavidalie, économiste chez Rexecode, constate : « Il n’y a pas de relais de croissance aujourd’hui dans l’économie française, pas de moteur, à part quelques poches comme l’aéronautique ou les data centers. » Les jeunes, premiers concernés par les embauches d’entrée de gamme, pâtissent directement de cette atonie économique. Les entreprises réduisent leurs recrutements ou privilégient des profils expérimentés, créant un cercle vicieux pour les primo-arrivants.
Au-delà des jeunes : la stabilité relative des seniors
Paradoxalement, les demandeurs d’emploi de 50 ans et plus enregistrent une baisse de 0,1% sur le trimestre et de 0,8% sur un an. Cette stabilité relative s’explique par plusieurs facteurs : maintien dans l’emploi grâce à l’ancienneté, dispositifs de préretraite, ou sortie progressive du marché du travail vers la retraite. Les seniors bénéficient également de réseaux professionnels consolidés et d’une expertise valorisée dans certains secteurs.
Inégalités d’âge : deux France du marché du travail
Le marché du travail français se scinde en deux réalités antagonistes. D’un côté, les jeunes affrontent un taux de chômage structurellement élevé, aggravé par la conjoncture économique morose. De l’autre, les seniors maintiennent leur position ou quittent progressivement l’activité. Entre les deux, les 25-49 ans subissent également une hausse significative de 3,5% pour ceux sans activité.
Le ministère du Travail souligne dans son communiqué : « Ces évolutions sont affectées par les effets de la loi pour le plein emploi et ne reflètent donc pas des évolutions conjoncturelles. » Pourtant, la fracture générationnelle persiste au-delà des effets administratifs. Les entreprises doivent repenser leurs politiques de recrutement pour corriger ces déséquilibres et favoriser l’emploi des jeunes.
Inscription automatique RSA/jeunes : une mesure d’inclusion, des effets limités
La loi pour le plein emploi cible les plus vulnérables
Depuis janvier 2025, la loi pour le plein emploi impose l’inscription automatique à France Travail des allocataires du RSA et des jeunes en parcours d’insertion. L’objectif : mieux accompagner les publics éloignés de l’emploi et éviter les sorties artificielles des statistiques. Environ 600 000 allocataires du RSA ont ainsi basculé dans les fichiers de France Travail, augmentant mécaniquement les chiffres du chômage. Hors cet effet administratif, la hausse trimestrielle du chômage en catégorie A (sans aucune activité) s’établit à 0,3% contre 0,9% en données brutes. Sur un an, l’augmentation passe de 2,1% à 0,9%.
Malgré ces dispositifs d’accompagnement renforcé, le nombre total de demandeurs d’emploi atteint 3,35 millions en catégorie A et 5,85 millions toutes catégories confondues (A, B, C). La loi pour le plein emploi n’a pas inversé la tendance haussière. Les 30 400 demandeurs d’emploi supplémentaires au troisième trimestre témoignent d’une dégradation conjoncturelle réelle, notamment chez les jeunes.

