Le logement pèse bien au-delà du loyer ou de la mensualité de crédit. Une enquête Ipsos bva publiée le 29 octobre 2026 révèle que 39 % des Français ont déjà renoncé à des dépenses essentielles pour faire face aux frais liés à leur habitation. Derrière une satisfaction résidentielle majoritaire, l’étude met au jour des difficultés très inégalement réparties selon les revenus, l’âge et le statut d’occupation.
On peut apprécier son logement et avoir du mal à le payer. C’est le paradoxe central de l’enquête « Les Français et le logement », menée par Ipsos bva pour Le Figaro Immobilier et franceinfo, en partenariat avec CESI école d’ingénieurs. Alors que 78 % des personnes interrogées se déclarent satisfaites de leur situation résidentielle, 52 % estiment que leurs dépenses de logement constituent une charge difficile à supporter. Parmi les locataires, cette proportion atteint 62 %.
Des dépenses de logement qui obligent à renoncer à l’essentiel
Le chiffre le plus saisissant du rapport se trouve dans les arbitrages quotidiens. Près de quatre répondants sur dix (39 %) disent avoir déjà renoncé à des dépenses essentielles, notamment d’alimentation ou d’énergie, afin de payer leur logement. La question portait sur une expérience déjà vécue : elle ne signifie pas que 39 % des Français se privent chaque mois, mais elle renseigne sur l’ampleur des difficultés rencontrées au cours des parcours de vie.
La fracture financière est particulièrement nette. Ce renoncement a déjà concerné 62 % des personnes vivant dans un foyer dont le revenu mensuel net est inférieur à 1 200 euros, contre 26 % de celles dont le foyer dispose de 3 000 euros ou davantage. Le même sondage indique que 63 % des répondants appartenant à la tranche de revenus de 1 200 à 2 000 euros jugent leurs dépenses de logement difficiles à supporter.
Cette différence rejoint le constat de l’Insee, dans une étude de septembre 2026. Si le taux d’effort net moyen consacré à la résidence principale est passé de 18,3 % des revenus en 2014 à 16,8 % début 2024, il a augmenté de 1,1 point pour le quart des ménages les plus modestes, atteignant 32,1 %. Les indicateurs et les périodes diffèrent de ceux d’Ipsos, mais ils convergent sur un point : la vulnérabilité face au logement est fortement sociale.
Chez les jeunes, le logement bloque aussi les projets de vie
Les moins de 35 ans sont particulièrement exposés. Dans l’enquête, 49 % disent avoir déjà supprimé des dépenses essentielles à cause du coût du logement, 33 % avoir renoncé à déménager alors qu’ils en avaient besoin et 30 % avoir emménagé dans un logement plus petit. Plus préoccupant encore pour les trajectoires personnelles, 36 % ont déjà reporté un projet de couple ou de famille et 26 % ont refusé une offre d’emploi ou une formation parce qu’ils ne pouvaient pas déménager.
Ces résultats ne prouvent pas que le coût du logement explique à lui seul les difficultés d’insertion ou les évolutions démographiques. Ils montrent toutefois que des Français identifient explicitement leur situation résidentielle comme un obstacle à des décisions majeures : changer de travail, s’installer en couple, accueillir un enfant ou se rapprocher d’un emploi.
L’inégalité entre statuts d’occupation apparaît également dans les niveaux de satisfaction : 87 % des propriétaires sont satisfaits de leur logement, contre 64 % des locataires. Quant aux dépenses, elles sont jugées difficiles par 47 % des propriétaires, mais par 56 % de ceux qui remboursent encore un emprunt, contre 40 % de ceux qui n’en ont plus. Être propriétaire ne met donc pas automatiquement à l’abri de la contrainte budgétaire.
Le logement social, un recours difficilement accessible
À la pression financière s’ajoute celle de l’offre. Selon Ipsos, 84 % des personnes interrogées considèrent qu’il est difficile de trouver un logement social à louer dans leur commune ; 75 % jugent difficile d’y trouver une location, quel que soit son statut.
Sur ce point, les perceptions rencontrent des données administratives préoccupantes. L’Union sociale pour l’habitat recensait 2,885 millions de ménages demandeurs d’un logement social à la fin de 2025, pour 394 000 attributions effectuées au cours de cette année. Les demandes constituent un stock, les attributions un flux annuel : on ne peut donc pas en déduire un délai d’attente individuel. L’ampleur de la demande souligne néanmoins la tension qui s’exerce sur le parc.
Ces difficultés concernent aussi les espaces moins densément peuplés. Dans l’enquête, seuls 19 % des habitants des zones rurales estiment facile de trouver un logement à louer dans leur commune, et 8 % un logement social. La question résidentielle ne se limite pas aux grandes métropoles.
Une question sociale, au-delà du seul marché immobilier
L’enquête fait apparaître une succession de contraintes : un budget qui laisse moins de marge, un déménagement difficile, une mobilité professionnelle entravée, parfois des projets familiaux repoussés. Elle suggère que le logement agit comme un facteur d’inégalités qui peut renforcer des fragilités préexistantes.
Pour autant, cette enquête d’opinion ne mesure pas les privations actuelles de chaque ménage ni leur fréquence. Elle interroge des expériences déclarées et des perceptions. Son enseignement n’en est pas moins important : l’accès à un logement adapté, accessible et financièrement soutenable constitue aussi une condition de l’autonomie sociale.
Source et méthodologie : enquête « Les Français et le logement », Ipsos bva pour Le Figaro Immobilier et franceinfo, en partenariat avec CESI école d’ingénieurs, réalisée en ligne les 7 et 8 octobre 2026 auprès de 1 000 personnes âgées de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas. Résultats détaillés : pages 4 à 12 du rapport Ipsos. Comparaisons externes : Insee (septembre 2026) et Union sociale pour l’habitat (juin 2026).