Le Royaume-Uni avance vers une interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans. Le 29 octobre 2026, son régulateur des communications, l’Ofcom, a présenté quatre méthodes de vérification de l’âge susceptibles d’être utilisées par les plateformes. Le dispositif soulève une difficulté très concrète : selon le régulateur, environ 150 000 Britanniques de 16 et 17 ans ne possèdent ni passeport ni permis de conduire, documents qui pourraient être nécessaires pour prouver qu’ils ont le droit d’accéder à ces services.
Le gouvernement britannique a annoncé le principe de l’interdiction en juin. Les modalités précises doivent encore être définies, avec des textes attendus d’ici la fin de 2026 et une mise en œuvre envisagée l’année prochaine. Le document publié par l’Ofcom constitue une évaluation technique destinée à éclairer ce choix, pas une liste de procédures déjà imposées aux internautes.
Pièce d’identité, banque ou visage : quatre pistes étudiées
La première méthode consiste à comparer la photographie d’un document officiel avec une image prise en direct de l’utilisateur. Une deuxième repose sur une identité numérique permettant de confirmer son âge sans transmettre systématiquement l’ensemble de ses informations personnelles à chaque plateforme.
La troisième solution ferait intervenir un établissement bancaire, avec l’accord de l’utilisateur, pour confirmer son âge à partir des données déjà vérifiées lors de l’ouverture du compte. Enfin, un système d’estimation faciale pourrait évaluer l’âge à partir d’une image du visage.
Cette dernière technique pose une difficulté particulière près du seuil de 16 ans. L’Ofcom relève que certains outils présentent une marge d’erreur de plusieurs années : un contrôle complémentaire serait alors nécessaire pour les personnes dont l’âge estimé se situe à proximité de la limite. Les quatre méthodes sont décrites dans son évaluation officielle publiée le 29 octobre.
Les adolescents autorisés pourraient aussi rencontrer des obstacles
Le problème dépasse les seuls mineurs que la future interdiction doit protéger. Les adolescents de 16 ou 17 ans, qui devraient conserver l’accès aux plateformes concernées, ne disposent pas tous des justificatifs nécessaires. L’Ofcom estime qu’environ 90 % des jeunes Britanniques de cette tranche d’âge ont un compte bancaire, mais cette solution suppose que les établissements puissent fournir une confirmation d’âge suffisamment fiable.
Le régulateur envisage également que de nombreux adultes soient invités à prouver leur âge lorsque les plateformes ne disposent pas déjà d’informations fiables. Les vérifications pourraient ainsi devenir une étape ordinaire de l’utilisation des réseaux sociaux, avec des conséquences sur l’accessibilité et la protection des données personnelles. L’Ofcom estime que les dispositifs peuvent être conçus de manière compatible avec les règles de confidentialité, tout en soulignant la nécessité de limiter les contournements.
Un débat qui concerne directement les familles françaises
Le Royaume-Uni expérimente une réponse nationale à une question discutée dans toute l’Europe : comment protéger les mineurs en ligne tout en évitant que les contrôles d’âge ne deviennent un obstacle disproportionné pour les autres utilisateurs ? En septembre, la Commission européenne a présenté sa proposition EU KIDS Act, qui prévoit notamment de limiter l’accès aux réseaux sociaux pour les moins de 13 ans et de fixer à 15 ans l’âge minimal pour ouvrir seul un compte. Ce texte européen est encore une proposition législative.
Pour les parents français, les choix britanniques offrent un aperçu des questions pratiques qui accompagnent de telles restrictions : quels justificatifs demander, que faire lorsqu’un adolescent n’en possède pas, et quelles informations personnelles transmettre aux services de vérification ? Les seuils d’âge et les règles nationales peuvent différer, mais les grandes plateformes devront répondre à des exigences de fiabilité et de respect de la vie privée.
L’Ofcom prévoit une consultation sur ses futures recommandations une fois les règles gouvernementales précisées. Les modalités retenues détermineront si les plateformes pourront vérifier l’âge des utilisateurs sans pénaliser les jeunes qui sont pourtant autorisés à s’y connecter.