L’étude Drees publiée le 5 novembre 2026 le confirme : les complémentaires santé, présentées comme un filet de protection, creusent en réalité les inégalités d’accès aux soins. Tandis que les salariés des grandes entreprises bénéficient de couvertures généreuses, les ménages modestes paient jusqu’à 5% de leurs revenus pour des garanties insuffisantes. Le reste à charge moyen s’élève à 150 euros annuels, mais 10% de la population paie 910 euros ou plus. Un écart qui révèle les failles d’un système à deux vitesses.
Le système : complémentaires censées égaliser, mais qui font le contraire
En 2023, chaque Français dépense en moyenne 3 154 euros pour sa santé. L’Assurance maladie finance 81% de ces dépenses, les complémentaires santé 15%, et les patients supportent 4% directement, soit 150 euros. Un chiffre rassurant en apparence, mais qui masque des disparités abyssales. Selon l’étude de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques, 80% de la population paie seulement 40 euros annuels, tandis que 20% déboursent 580 euros et 10% plus de 910 euros.
La Drees le formule clairement : « Cette moyenne masque de très fortes disparités, puisque 10% de la population paie 910 euros ou plus. » Les complémentaires santé, théoriquement conçues pour combler les lacunes de l’Assurance maladie, échouent à remplir leur mission égalisatrice. Pire, elles amplifient les inégalités existantes.
Les chiffres qui accusent : un reste à charge trois fois plus élevé selon la complémentaire
La qualité de la complémentaire santé détermine directement le montant du reste à charge. Un assuré disposant d’un contrat parmi les moins couvrants paie trois fois plus qu’un bénéficiaire d’un contrat haut de gamme. Les 120 euros des 150 euros de reste à charge proviennent d’équipements facturés au-delà des tarifs de la Sécurité sociale (optique, dentaire, audioprothèses) et de dépassements d’honoraires. Seuls 20 euros relèvent des franchises et participations forfaitaires.
Les personnes en affection longue durée (ALD), remboursées à 100% sur les soins liés à leur maladie, ne sont pas épargnées. Malgré leurs dépenses de santé sept fois supérieures à la moyenne, elles supportent 240 euros annuels de reste à charge, principalement en raison des dépassements d’honoraires et des équipements non pris en charge.
Mécanisme de l’inégalité : qui a accès aux meilleures complémentaires ?
Les salariés des grandes entreprises vs les travailleurs précaires
Les contrats collectifs d’entreprise offrent les meilleures garanties. Négociés pour des milliers de salariés, ils bénéficient d’économies d’échelle et d’un pouvoir de négociation important. Les grandes entreprises financent souvent 50% à 60% de la cotisation. À l’inverse, les travailleurs indépendants, les intérimaires et les employés de petites structures doivent souscrire des contrats individuels, plus chers et moins couvrants. Selon Moneyvox, les écarts de garanties peuvent doubler le reste à charge pour les mêmes soins.
La perte de couverture à la retraite : le piège des seniors
Le passage à la retraite constitue un moment critique. Les seniors perdent leur contrat collectif d’entreprise et doivent souscrire une complémentaire individuelle, souvent moins généreuse. La Drees observe : « Les seniors bénéficient, en moyenne, de moins bonnes garanties de la part de leur complémentaire santé, notamment du fait de la perte des avantages liés aux contrats d’entreprise lors du passage à la retraite. » Le reste à charge grimpe mécaniquement : 80 euros entre 20 et 39 ans, 150 euros entre 40 et 59 ans, 220 euros entre 60 et 69 ans, et 290 euros pour les 70 ans et plus.
Les besoins de santé augmentent avec l’âge, mais la couverture se dégrade. Un paradoxe cruel qui frappe les retraités aux revenus fixes, précisément au moment où ils en auraient le plus besoin.
Les ménages modestes : trop pauvres pour se payer une bonne complémentaire
Les ménages à faibles revenus subissent une double peine. Incapables de financer des complémentaires performantes, ils se rabattent sur des contrats d’entrée de gamme aux garanties minimales. Résultat : face aux dépassements d’honoraires et aux équipements coûteux, ils paient de leur poche. Comme le rapporte TF1 Info, certains renoncent aux soins optiques ou dentaires, jugés trop onéreux malgré leur nécessité.
Le paradoxe : plus on est riche, moins on paie proportionnellement
4 à 5% du revenu pour les modestes, 2% pour les riches
L’inégalité la plus flagrante apparaît dans l’effort financier global. Le coût total de la santé (cotisations complémentaires, prélèvements obligatoires pour l’Assurance maladie, reste à charge) représente 4 à 5% du revenu pour les ménages modestes, contre 2% pour les plus aisés. Les riches disposent de meilleures complémentaires, payent moins de dépassements (accès aux réseaux de soins négociés) et supportent un effort proportionnel moindre.
Un ménage gagnant 1 500 euros mensuels consacre 60 à 75 euros à sa santé, tandis qu’un ménage à 5 000 euros n’en dépense que 100 euros. En valeur absolue, l’écart semble faible. En proportion du revenu disponible, il devient scandaleux.
Les équipements (optique, dentaire) : un luxe pour certains, une nécessité inabordable
L’optique, le dentaire et les audioprothèses concentrent l’essentiel du reste à charge. Les tarifs pratiqués dépassent largement les bases de remboursement de la Sécurité sociale. Une paire de lunettes coûte entre 200 et 600 euros, un appareil auditif jusqu’à 1 500 euros. Les complémentaires bas de gamme remboursent 50 à 100 euros, laissant le solde à la charge du patient. BFMTV souligne que ces équipements pèsent lourd dans le budget des ménages modestes.
La réforme du « 100% santé » lancée en 2019 visait à garantir un accès gratuit à certains équipements. Mais les paniers de soins restent limités, et les patients désireux de montures plus confortables ou de verres progressifs haut de gamme doivent payer la différence.




