Le 1er juin 2026, les médecins libéraux ont officiellement interpellé le gouvernement sur la pollution de l’eau potable à travers une lettre ouverte adressée au Premier ministre ainsi qu’aux ministres chargés de la Santé et de la Transition écologique. Cette initiative intervient un an après leur mobilisation sur le cadmium, un métal lourd présent dans l’alimentation qui avait déjà suscité un vif débat sanitaire.
Une inquiétude croissante portée par les médecins
Selon la CN URPS-ML, l’eau potable fait face à une contamination diffuse impliquant plusieurs familles de substances chimiques. Les médecins attirent particulièrement l’attention sur les pesticides, les PFAS et les microplastiques, présents à différents niveaux dans l’environnement. Dans leur courrier, ils estiment que « la pollution de l’eau potable constitue une menace systémique, insuffisamment encadrée, aux conséquences sanitaires potentiellement considérables », selon le communiqué relayé par Le Monde le 1er juin 2026.
Par ailleurs, les médecins soulignent que les effets sanitaires potentiels concernent de nombreuses pathologies. Ils évoquent notamment des cancers, des maladies cardiovasculaires, des troubles hormonaux, des atteintes du système immunitaire, des maladies neurodégénératives ainsi qu’une baisse de la fertilité. De plus, ils considèrent que la pollution de l’eau potable ne relève plus uniquement d’un enjeu environnemental, mais d’un véritable sujet de santé publique.
Cette alerte est également soutenue par la Fondation pour la recherche médicale (FRM). Selon Maxime Molina, président du directoire et directeur général de la fondation, « Jusqu’à présent, de nombreux travaux mettant en évidence ces effets ne pouvaient établir que des corrélations, mais les progrès de la recherche tendent de plus en plus à documenter les mécanismes d’action et commencent à mettre en évidence des liens de causalité », selon Le Monde, le 1er juin 2026.
Eau potable et pollution chimique : des chiffres qui interpellent
Les données officielles citées par les médecins renforcent leurs préoccupations. D’après les chiffres du ministère de la Santé portant sur l’année 2024, plus de 19 millions de Français ont consommé au moins une fois une eau potable non conforme en raison d’une contamination par des pesticides. Ce chiffre représente près de 30 % de la population française.
Cependant, cette statistique ne prend pas en compte certains contaminants émergents. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a récemment identifié le TFA, ou acide trifluoroacétique, dans plus de 92 % des échantillons d’eau potable analysés en France. Ce composé est un produit de dégradation de plusieurs pesticides et appartient à la famille des PFAS.
Les scientifiques s’intéressent de plus en plus aux « effets cocktail ». Cette notion désigne les conséquences potentielles de l’exposition simultanée à plusieurs substances chimiques. Selon la Fondation pour la recherche médicale, ces phénomènes font désormais l’objet d’une documentation scientifique croissante. De même, les expositions pendant la grossesse attirent une attention particulière en raison de leurs effets possibles sur le développement des enfants.
Maxime Molina met en garde contre les conséquences à long terme de ces expositions. « Nous risquons de passer à côté de la prévention et de nous retrouver dans vingt ou trente ans avec des problèmes bien plus importants qu’escompté », a-t-il déclaré au Monde le 1er juin 2026. Il appelle également les pouvoirs publics à « prendre en compte la science ».
Les médecins réclament une évolution de la réglementation de l’eau potable
Face à cette situation, les médecins demandent plusieurs mesures concrètes. Ils souhaitent d’abord un élargissement du nombre de substances surveillées dans l’eau potable. En effet, de nombreux composés détectés aujourd’hui ne sont pas encore intégrés aux contrôles réglementaires ou ne disposent pas de seuils adaptés aux connaissances scientifiques les plus récentes.
Par ailleurs, les médecins réclament une amélioration des systèmes de filtration destinés à protéger la qualité de l’eau potable. Ils demandent également une réduction à la source des PFAS et des plastiques afin de limiter l’accumulation de contaminants dans les ressources hydriques.
L’organisation plaide aussi pour un développement renforcé de l’agriculture biologique. Selon elle, la réduction de l’usage des pesticides constitue un levier essentiel pour préserver durablement l’eau potable. Cette orientation rejoint plusieurs travaux scientifiques récents évoqués par la Fondation pour la recherche médicale ainsi que par l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE).
Dans ce contexte, Pascal Meyvaert, coordinateur du groupe de travail santé environnementale de la CN URPS-ML, résume la position des médecins : « Le cadmium et l’eau potable sont les deux faces d’un même problème : la contamination chimique diffuse et silencieuse de notre environnement quotidien. En tant que médecins, nous ne pouvons pas rester spectateurs », selon Le Monde, le 1er juin 2026.
Cette nouvelle mobilisation intervient alors que les débats sur les polluants environnementaux occupent une place croissante dans les politiques de santé publique. Entre progrès scientifiques, attentes sociétales et contraintes réglementaires, la question de l’eau potable apparaît désormais comme l’un des dossiers sanitaires majeurs des prochaines années.

