Prévention du VIH : pourquoi la nouvelle PrEP injectable peine encore à se démocratiser

La prévention du VIH franchit une nouvelle étape en France avec l’arrivée de nouveaux traitements préventifs injectables entièrement remboursés. Pourtant, malgré cette avancée majeure dans la lutte contre le sida, l’accès à la PrEP reste inégal selon les territoires et les publics concernés. Le Conseil national du sida et des hépatites virales (CNS) appelle désormais les pouvoirs publics à accélérer la diffusion de cet outil de prévention du VIH, encore largement méconnu alors qu’il est disponible depuis dix ans sous forme orale et depuis février 2026 sous forme injectable.

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Prévention du VIH : pourquoi la nouvelle PrEP injectable peine encore à se démocratiser
Prévention du VIH : pourquoi la nouvelle PrEP injectable peine encore à se démocratiser © Social Mag

Le lundi 1er juin 2026, le Conseil national du sida et des hépatites virales a lancé un nouvel appel afin d’améliorer l’accès aux traitements préventifs contre le VIH. Cette prise de position intervient quelques mois après l’arrivée en France de la première PrEP injectable à longue durée d’action, une innovation présentée par les autorités sanitaires comme un levier supplémentaire pour réduire les nouvelles contaminations au VIH.

Une prévention efficace encore insuffisamment connue

Depuis 2016, la France dispose d’une prophylaxie pré-exposition, plus connue sous le nom de PrEP, destinée aux personnes séronégatives exposées à un risque élevé de contracter le VIH. Ce dispositif de prévention repose historiquement sur une prise orale quotidienne ou à la demande. Toutefois, selon plusieurs institutions sanitaires, cette stratégie demeure encore sous-utilisée malgré son efficacité reconnue.

Le CNS estime que la PrEP reste « peu connue et inégalement accessible », selon les informations relayées par Franceinfo le 1er juin 2026. L’organisme considère que cet outil de prévention du VIH doit être proposé à « toutes et tous », sans restriction liée au profil social, au genre ou au lieu de résidence. Cette position s’inscrit dans la continuité d’un avis publié par le Conseil national du sida, qui soulignait déjà en 2021 qu’une partie des personnes pouvant bénéficier de la PrEP demeurait exclue faute d’information adaptée ou d’accès suffisant aux dispositifs de prévention.

Les données disponibles montrent en effet des disparités importantes. Selon un communiqué relayé par la Direction générale de la santé le 29 mai 2026, les femmes représentent seulement 6 % des personnes sous PrEP en France. Dans le même temps, plusieurs populations exposées au VIH restent éloignées du système de soins ou rencontrent des difficultés à suivre un traitement oral quotidien. Cette situation nourrit les inquiétudes des spécialistes du sida, alors que les objectifs nationaux visent une réduction durable des nouvelles infections au VIH d’ici 2030.

La PrEP demeure pourtant l’un des outils les plus performants contre le VIH. Selon Sida Info Service, lorsque le traitement est correctement suivi, le risque de contamination chute fortement. L’organisme rappelle également que la stratégie de prévention du VIH repose sur plusieurs dispositifs complémentaires : dépistage régulier, préservatif, traitement post-exposition et prise en charge des personnes vivant avec le sida afin d’empêcher la transmission du virus.

L’arrivée de la PrEP injectable change la donne

Depuis février 2026, un nouveau traitement préventif contre le VIH est disponible en France. Commercialisé sous le nom d’Apretude, ce médicament repose sur la molécule cabotégravir et constitue la première PrEP injectable à longue durée d’action accessible dans le pays.

Selon l’arrêté gouvernemental publié le 26 février 2026 et relayé notamment par la DILCRAH, la France est devenue le premier pays de l’Union européenne à rembourser intégralement cette forme injectable de prévention du VIH. Contrairement à la PrEP orale, qui nécessite une prise régulière de comprimés, le traitement injectable repose sur une injection intramusculaire réalisée tous les deux mois après une phase d’initiation.

« Il s’agit d’une injection intramusculaire de cabotegravir à faire tous les 2 mois et qui permet de ne pas se contaminer par le VIH. C’est un progrès et c’est un nouvel outil efficace dans la prévention diversifiée contre le VIH », a déclaré la docteure Valerie-Anne Letembet dans un entretien publié par Sida Info Service le 24 février 2026.

Les autorités sanitaires considèrent cette innovation comme une avancée importante dans la lutte contre le sida. L’ANRS Maladies infectieuses émergentes a évoqué le 10 avril 2026 une « innovation majeure » dans la prévention du VIH. De son côté, l’association Aides a qualifié l’arrivée du cabotégravir injectable d’« avancée majeure dans la lutte contre le VIH/sida », selon des propos rapportés le 2 mars 2026.

Cette nouvelle génération de traitements pourrait répondre à plusieurs obstacles observés avec la PrEP orale. Les spécialistes soulignent notamment les difficultés d’observance liées à la prise quotidienne d’un médicament. Selon le médecin Vincent Valinducq, cité par TF1 Info le 28 mai 2026, « Il y a une forme injectable qui arrive, qui est à 100% remboursée par la Sécurité sociale. L’avantage par rapport à la forme qui existe déjà, la forme orale, c’est l’observance ».

D’après la Haute Autorité de santé, le protocole prévoit deux injections initiales espacées d’un mois puis une administration tous les deux mois. La HAS précise également que ce traitement peut être proposé lorsque la PrEP orale n’est pas adaptée ou lorsqu’elle présente des contre-indications médicales.

Le défi reste désormais l’élargissement de l’accès aux traitements

Malgré les progrès thérapeutiques, les experts estiment que l’enjeu principal concerne désormais la démocratisation de l’accès aux traitements préventifs contre le VIH. Le CNS considère que les opportunités de prescription doivent être multipliées afin d’atteindre des publics encore peu sensibilisés aux outils de prévention.

Les recommandations officielles vont dans ce sens. Depuis 2021, la prescription initiale de la PrEP orale a été ouverte aux médecins généralistes afin de simplifier le parcours des patients. Aujourd’hui, selon Sida Info Service, tout médecin peut prescrire la PrEP, qu’il exerce à l’hôpital, en centre de santé, en CeGIDD ou en cabinet libéral.

Cependant, plusieurs freins persistent. Les associations de lutte contre le sida évoquent des inégalités territoriales, un manque d’information auprès de certains publics ainsi que des obstacles administratifs ou médicaux. L’association Aides rappelle notamment que certains examens complémentaires liés à la PrEP injectable peuvent encore générer des difficultés pratiques pour les patients.

Par ailleurs, les enjeux économiques demeurent importants. Selon Sida Info Service, une injection d’Apretude représente un coût de 828,75 euros, intégralement couvert pour les populations prioritaires. Sidaction évoque pour sa part un prix public de 1 312 euros TTC par injection selon les données disponibles dans la base Vidal. Malgré ces montants élevés, les autorités sanitaires considèrent le traitement comme « irremplaçable et particulièrement coûteux », justifiant ainsi sa prise en charge intégrale.

Le débat dépasse désormais la seule question médicale. Pour les spécialistes du VIH, l’objectif consiste à rendre ces traitements accessibles aux femmes, aux personnes précaires, aux populations éloignées du système de santé ainsi qu’à toutes les personnes exposées à un risque d’infection. Cette approche élargie apparaît aujourd’hui comme l’un des principaux leviers pour réduire durablement la circulation du VIH en France.

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