Impuls, première maison de santé pensée pour les femmes handicapées

L’association HandiFemmes lance une collecte de fonds pour ouvrir début 2027 à Issy-les-Moulineaux Impuls, première maison de santé conçue avec des femmes en situation de handicap. Le projet vise à répondre à une réalité alarmante : 8 femmes handicapées sur 10 évitent les soins gynécologiques, 90% des lieux de santé restent inaccessibles.

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Impuls, première maison de santé pensée pour les femmes handicapées © Social Mag

Trois millions de femmes en situation de handicap rencontrent des difficultés d’accès au soin en France. Parmi elles, 8 sur 10 évitent les soins gynécologiques. Ces chiffres, issus du baromètre Handifaction, ne relèvent pas de l’anecdote. Ils traduisent une faillite structurelle du système de santé face au handicap, particulièrement quand il concerne les femmes. Le renoncement aux soins n’est pas ici une question de volonté individuelle, mais la conséquence mécanique d’un environnement inadapté.

Face à ce constat, l’association HandiFemmes a décidé de passer de l’observation à l’action. Elle lance une campagne de collecte de dons pour ouvrir Impuls, première maison de santé pluriprofessionnelle pensée avec des femmes en situation de handicap. Le lieu, situé à Issy-les-Moulineaux, doit ouvrir début 2027. L’étude de faisabilité est finalisée, les travaux démarrent en septembre 2026. Reste à boucler le financement : 50 000 euros manquent encore au budget.

Quand l’architecture devient un obstacle aux soins

Le projet repose sur une conviction simple : l’accès aux soins ne se résume pas à la présence d’un médecin. L’environnement dans lequel le soin est délivré compte autant que le soin lui-même. Philippine Brugeat, fondatrice de HandiFemmes, le formule ainsi : « Le problème n’est pas uniquement le soin lui-même. C’est aussi le lieu dans lequel il est délivré. » Autrement dit, un cabinet médical inaccessible, un matériel inadapté, un accueil froid ou désorienté suffisent à transformer une consultation banale en parcours du combattant.

Les chiffres du baromètre Handifaction confirment cette analyse. 28% des personnes handicapées interrogées n’ont pas pu accéder aux soins dont elles avaient besoin. 18% ont subi un refus de soin. 13% ont vu leur accompagnant refusé par le soignant. 61% n’ont pas pu se faire soigner faute de médecin traitant. Et 90% des lieux de santé restent non accessibles. En réalité, le système de santé français, malgré ses prétentions universalistes, fonctionne encore largement pour une norme corporelle implicite : celle de personnes valides, autonomes, mobiles.

Un café avant le cabinet médical

Impuls propose une approche différente. Le lieu de 194 m², situé rue Rouget de Lisle à proximité du RER C et du tramway, comprendra un café et cinq espaces de santé pouvant accueillir simultanément dix professionnels de santé médicaux et paramédicaux. L’idée : faire de l’hospitalité le premier soin. « Arriver dans un cabinet médical où le matériel adapté est déjà présent signifie une chose fondamentale : vous êtes attendue. Et être attendue change tout », rapporte Philippine Brugeat, reprenant les mots de femmes rencontrées au fil de la construction du projet.

Deux médecins généralistes, une sage-femme et une psychomotricienne ont déjà rejoint l’équipe. L’association appelle d’autres professionnels (gynécologue, kinésithérapeute, infirmier, ergothérapeute, psychologue, orthophoniste) à se manifester. Mais reprenons : pourquoi fallait-il attendre 2027 pour qu’un tel lieu voie le jour ? Pourquoi une association doit-elle mener une collecte citoyenne pour financer ce qui devrait relever d’une politique publique de santé ?

De l’expérimentation au modèle reproductible

Le projet Impuls ne se présente pas comme une solution définitive, mais comme un prototype. Les dons collectés via HelloAsso financeront les aménagements accessibles, les équipements médicaux adaptés ainsi que les postes en coordination, accompagnement et médiation. L’objectif affiché est de créer un modèle reproductible, susceptible d’inspirer d’autres territoires confrontés aux mêmes enjeux.

Reste que la question du financement révèle une contradiction profonde. Si l’accès aux soins est un droit, pourquoi dépend-il de la générosité citoyenne ? Si 90% des lieux de santé sont inaccessibles, pourquoi l’État n’impose-t-il pas de normes contraignantes ? Si 8 femmes handicapées sur 10 évitent les soins gynécologiques, pourquoi la formation des professionnels de santé ne rend-elle pas obligatoire la prise en charge adaptée du handicap ?

Impuls, en somme, est à la fois une réponse concrète et un aveu d’échec collectif. Une réponse, parce qu’il offre une solution immédiate à des femmes aujourd’hui exclues du système de santé. Un aveu, parce qu’il démontre par sa seule existence que le droit commun ne fonctionne pas. La question n’est plus de savoir si Impuls ouvrira, mais combien de temps il faudra attendre avant que ce type de lieu cesse d’être une exception pour devenir la norme.

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