Rejeté par les députés le 16 octobre 2026, le relèvement du plafond du Livret A à 30 000 euros revient par un autre biais. Selon Les Echos, dans leur édition du 29 octobre, le gouvernement envisage à nouveau cette mesure, cette fois pour financer la rénovation des lycées, un plan chiffré à 4 milliards d’euros.
Le texte initial, porté par Eric Coquerel, président de la Commission des finances et député de La France insoumise, proposait de faire passer le plafond de 22 950 € à 30 000 €. Adopté en commission, il avait finalement été rejeté dans l’hémicycle lors de l’examen du projet de loi de finances pour 2027, le gouvernement et le Rassemblement national s’y étant opposés conjointement.
Des prêts à taux réduit pour les collectivités
L’idée resurgit sous une forme différente. Il ne s’agirait plus d’une simple hausse de plafond votée au Parlement, mais d’un mécanisme de financement porté par Matignon : une partie de l’épargne supplémentaire collectée servirait à proposer des prêts à taux réduit aux collectivités locales pour rénover les lycées, via la Banque des Territoires, qui dépend de la Caisse des dépôts et consignations.
Une réunion s’est tenue le mercredi 28 octobre entre les services de Matignon et le ministère de l’Economie, en présence de la Caisse des dépôts, sans qu’aucune décision n’en sorte. L’exécutif cherche là une réponse à la colère étudiante sur l’état des bâtiments scolaires, sans creuser davantage les comptes publics.
Reste que les capacités de financement de la Caisse des dépôts ne sont pas extensibles à l’infini. L’établissement finance déjà le logement social, le nucléaire et les collectivités locales via des prêts de long terme adossés au Fonds d’épargne. Augmenter le plafond du Livret A lui donnerait une marge supplémentaire.
Or le ministère de l’Economie s’y oppose. Son argument tient en une phrase : le Livret A étant défiscalisé, chaque euro supplémentaire placé échappe à l’impôt. Relever le plafond reviendrait donc, selon Bercy, à offrir un cadeau fiscal aux Français sans aucune recette en contrepartie.
Philippe Juvin, rapporteur général du Budget et député Les Républicains, a indiqué que la commission avait pourtant rendu un avis favorable, mais que les banques, elles, avaient fait part de leurs réserves.
Ces réserves, la Fédération bancaire française les a formulées sans détour, estimant que relever le plafond du Livret A reviendrait à accroître une dépense publique au bénéfice des détenteurs de Livret A les plus aisés et au détriment de ceux qui investissent pour la transition. Son président, Olivier Gavalda, par ailleurs président du Crédit Agricole, juge l’idée « très mauvaise ».
Pour les banques, le problème est surtout financier : l’épargne réglementée du Livret A leur coûte plus cher à rémunérer que les livrets fiscalisés classiques, rapportait Les Echos. Le taux du Livret A est passé de 1,5 % à 1,7 % le 1ᵉʳ août 2026 et pourrait grimper jusqu’à 2,60 % en 2027, une charge que les établissements bancaires devront supporter.
Selon la Banque de France, seuls 15 % des Livrets A ouverts dépassent le plafond actuel de 22 950 €. Matignon reconnaît le manque à gagner fiscal pointé par Bercy, mais le justifie par l’objectif poursuivi : trouver une source de financement pour les lycées sans creuser le déficit. Le dossier, lui, reste en cours d’arbitrage.

