Le budget de la Sécurité sociale récemment adopté entraîne une refonte du dispositif de cumul emploi-retraite en France, avec des nouvelles restrictions qui entreront en vigueur le 1er janvier 2027. Ces modifications s’inscrivent dans un cadre législatif où l’âge légal de départ à la retraite devrait progressivement atteindre 64 ans. Ce tournant touche directement les futurs retraités et ceux qui veulent compléter leurs revenus par une activité professionnelle.
Un nouveau cadre légal et qui décide quoi
Le texte relève de la loi de finances de la Sécurité sociale et, au-delà de la montée progressive de l’âge légal à 64 ans, l’âge d’annulation de la décote restera fixé à 67 ans. La réforme resserre la gestion du cumul emploi-retraite : les personnes qui prendront leur retraite avant l’âge légal et décideront de reprendre une activité verront 100% de leurs revenus d’activité déduits de leur pension.
Philippe Askenazy, économiste du travail, estime que la réforme pourrait avoir des répercussions plus profondes que la suspension de la réforme des retraites, car elle introduit un « changement systémique » qui affectera « l’ensemble des futures générations de retraités » rapporte BFMTV.
La Cour des comptes a aussi pointé des « effets d’aubaine » liés au dispositif actuel, qui ne sera plus aussi attractif à l’avenir.
Ce qui change et ce que ça signifie
À partir de 2027, les retraités compris entre l’ouverture des droits et l’annulation de la décote à 67 ans verront leur pension réduite de 50% des revenus d’activité dépassant un seuil d’environ 7 000 euros annuels. Après 67 ans, le cumul intégral sera possible, sans restriction sur la combinaison de pension et de revenus professionnels. Le Ministère du Travail explique que ces mesures visent à recentrer le dispositif sur son objectif de complément de revenu pour les retraités les plus modestes.
Cumul emploi-retraite : le dispositif actuel, qui repose sur deux régimes, sera remplacé par des règles plus strictes. Aujourd’hui, un cumul intégral est possible pour les retraités à taux plein, tandis qu’un cumul plafonné s’applique à ceux partis avant cela. Avec la réforme, les générations 1964-68 bénéficieraient temporairement d’une suspension des contraintes de la réforme des retraites. En 2020, environ 710 000 personnes cumulaient emploi et retraite, touchant en moyenne 9 000 euros par an de revenus d’activité.
Témoignages et réactions
Caroline Young, présidente d’Experconnect, souligne le besoin croissant des entreprises pour certaines compétences détenues par les retraités : « Les entreprises ont désespérément besoin de certaines compétences pointues parce que les cohortes qui sortent du marché du travail sont beaucoup plus nombreuses que celles qui y entrent ». Elle craint toutefois que ces nouvelles règles rendent les retraités inemployables si l’activité est interrompue trop longtemps.
Du côté des parcours individuels, Jacques (prénom modifié), ancien poissonnier de 61 ans, raconte son expérience. Il a pris sa retraite l’an passé mais travaille dans des supermarchés pour compléter ses revenus : « On n’a pas le choix parce que les retraites augmentent très peu chaque année et la vie augmente ».
Philippe Askenazy a aussi tiré la sonnette d’alarme sur un risque d’augmentation du travail non déclaré, estimant que le système initial « marchait bien » pour favoriser l’emploi des seniors.




