La protection de l’enfant au sein des établissements scolaires franchit une nouvelle étape avec l’annonce du ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray. Ce mercredi 27 mai, le responsable gouvernemental a dévoilé la création prochaine d’une « liste noire » destinée à recenser les personnels ayant adopté des comportements inappropriés envers les mineurs dans le milieu éducatif.
Une mesure de protection renforcée pour l’enfant scolarisé
Cette initiative s’inscrit dans un contexte particulièrement chargé, marqué par plusieurs scandales qui ont sérieusement érodé la confiance des familles envers l’institution scolaire. Les révélations successives concernant des cas d’abus ou de comportements déplacés de la part de certains membres du personnel éducatif ont mis en lumière les failles béantes du système actuel de vérification et de suivi des agents au contact des mineurs.
« Ça veut dire que nous aurons évincé un agent public, un surveillant, etc. en raison de son comportement avec les mineurs, quand bien même il n’aurait pas été condamné, il sera inscrit sur une liste qui empêchera toute forme de réemploi au sein de l’école », a précisé Édouard Geffray à la sortie du conseil des ministres. Une déclaration rapportée notamment par BFMTV et La Provence.
Les contours d’un dispositif préventif inédit
Cette liste noire représente une rupture franche avec les pratiques antérieures. Jusqu’à présent, seules les condamnations pénales définitives constituaient un obstacle légal au recrutement au sein de l’Éducation nationale. Le nouveau dispositif rompt avec cette logique strictement judiciaire : désormais, même en l’absence de toute condamnation, un comportement jugé inapproprié envers un enfant pourra conduire à une interdiction permanente de réemploi dans le secteur éducatif. Autrement dit, un agent écarté par voie administrative — à la suite d’une enquête interne, de signalements d’élèves ou de leurs familles, voire d’une évaluation des comportements observés par la hiérarchie — se verrait définitivement exclu de toute fonction au contact de mineurs au sein de l’institution, sans qu’une condamnation pénale soit nécessaire pour déclencher cette mesure.
Concrètement, l’alimentation de ce fichier reposerait sur plusieurs canaux : les signalements internes remontant des établissements, les enquêtes administratives diligentées par les rectorats, les témoignages recueillis auprès des élèves et de leurs familles, ainsi que les évaluations psychologiques des comportements signalés. L’ambition affichée est de combler le vide juridique qui permettait, jusqu’ici, à certains agents mis en cause mais non condamnés de retrouver un poste dans un autre établissement ou un autre rectorat.
Un calendrier de mise en œuvre encore incertain
Si l’annonce d’Édouard Geffray témoigne d’une volonté politique réelle, les modalités concrètes de cette mesure demeurent largement à définir. Le ministre n’a communiqué aucun calendrier précis quant à la mise en place effective de ce fichier, pas davantage que les procédures qui encadreront son alimentation, sa consultation ou les droits de recours ouverts aux personnels qui y seraient inscrits.
Cette prudence s’explique, en grande partie, par la complexité juridique du dossier. La constitution d’un fichier nominatif regroupant des données sensibles — au sens du droit à la vie privée et à la présomption d’innocence — exige l’aval de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL). Elle soulève par ailleurs des questions épineuses relatives aux droits de la défense : comment garantir à un agent inscrit sur cette liste la possibilité de contester les faits qui lui sont reprochés, dès lors qu’aucune juridiction pénale n’aura statué sur son cas ?
Une réponse aux scandales qui ont ébranlé l’institution
L’initiative gouvernementale s’inscrit dans le sillage des affaires qui ont secoué l’Éducation nationale ces derniers mois. Plusieurs révélations successives ont mis en lumière les limites du contrôle exercé sur les personnels au contact des mineurs, alimentant une inquiétude croissante chez les parents et les associations de protection de l’enfance. L’absence de mécanisme permettant de signaler et de bloquer, à l’échelle nationale, des agents dont le comportement avait pourtant alerté leurs établissements d’origine, est apparue comme une faille majeure du système.
Selon Le Figaro, le ministre a par ailleurs récemment saisi le bâtonnier de l’ordre des avocats de Paris au sujet de propos jugés inappropriés tenus dans le cadre du procès Samuel Paty — un geste qui témoigne de sa vigilance affirmée sur les questions de déontologie dans le monde éducatif.
Les enjeux d’une mise en application délicate
Au-delà de sa portée symbolique, cette mesure soulève des interrogations pratiques de taille. Comment garantir l’objectivité et la rigueur des évaluations qui conduiront à l’inscription d’un agent sur la liste ? Quelle instance sera chargée de statuer, et selon quelles procédures contradictoires ? Comment assurer une coordination fluide entre les différents rectorats, mais aussi entre l’enseignement public et les établissements privés sous contrat, qui emploient eux aussi des personnels au contact d’enfants ?
La protection de l’enfant appelle par ailleurs une réponse qui dépasse la seule logique répressive. Nombre d’experts plaident pour un renforcement parallèle de la formation des équipes éducatives, une amélioration des procédures de signalement internes et un accompagnement psychologique renforcé des victimes — autant de dimensions que cette liste noire, à elle seule, ne saurait couvrir. À cet égard, les inégalités structurelles qui traversent l’institution scolaire restent un angle mort des politiques éducatives, comme le soulignait récemment une analyse sur les dynamiques de classe sociale que les médias ignorent en 2026.
D’après RMC, le ministre maintient par ailleurs des positions nuancées sur d’autres sujets sensibles, notamment la diffusion du film L’Abandon consacré à l’assassinat de Samuel Paty, privilégiant la liberté pédagogique à toute obligation institutionnelle.

