La maladie d’Alzheimer touche disproportionnellement les femmes, tant comme patientes que comme aidantes. En France, environ 1,4 million de personnes vivent avec Alzheimer ou une pathologie apparentée, selon une étude Ipsos BVA pour la Fondation Recherche Alzheimer en mai 2025, ce qui représente près de 2,2 % de la population. Pourtant, derrière cette statistique globale, une asymétrie persiste, car les femmes concentrent l’essentiel de la charge sanitaire et sociale liée à Alzheimer.
Alzheimer : une maladie où les femmes dominent parmi les patientes
D’abord, Alzheimer se distingue par une surreprésentation nette des femmes parmi les personnes atteintes. En effet, près de deux malades sur trois sont des femmes, selon Le Monde. Ce déséquilibre ne s’explique pas uniquement par l’espérance de vie plus longue des femmes, comme cela a longtemps été avancé. Au contraire, les recherches récentes montrent que, même à âge égal, les écarts persistent, ce qui suggère des mécanismes spécifiques liés au sexe. Ainsi, Géraldine Rauchs, directrice de recherche Inserm, affirme : « les femmes paient un tribut plus lourd à la maladie, parce qu’elles y sont plus exposées, mais aussi parce qu’elles en assument plus souvent les conséquences ».
D’une part, les facteurs hormonaux, notamment la chute des œstrogènes à la ménopause, influencent l’équilibre cérébral, selon Pourquoi Docteur. D’autre part, des éléments génétiques liés au chromosome X pourraient également moduler le risque ou la progression de la maladie. Ensuite, Alzheimer apparaît comme une pathologie où les différences de trajectoires cérébrales selon le sexe deviennent déterminantes. « à âge égal, les écarts persistent : le vieillissement cérébral ne suit pas exactement les mêmes trajectoires selon le sexe », écrit Géraldine Rauchs dans Le Monde. Cette observation conduit les chercheurs à revoir leurs approches, car pendant longtemps, la recherche médicale a sous-estimé l’importance du sexe comme variable scientifique. Par conséquent, la compréhension d’Alzheimer évolue vers une approche plus différenciée, intégrant les spécificités biologiques féminines.
Les femmes au cœur du rôle d’aidantes invisibles
Par ailleurs, Alzheimer ne frappe pas seulement les femmes en tant que patientes, car elles sont également majoritaires parmi les aidants. Selon les données issues de la même tribune, 57 % des aidants sont des femmes, tandis que certaines estimations évoquent même près de deux tiers, selon la Fondation Recherche Alzheimer. Ce constat révèle une continuité dans la charge supportée, qui dépasse largement la seule maladie. De plus, cette implication quotidienne s’accompagne de contraintes lourdes. Les aidantes ont en moyenne 56 ans et 63 % d’entre elles exercent encore une activité professionnelle, selon Ipsos BVA cité par Le Monde. Cette situation crée une tension constante entre vie professionnelle, responsabilités familiales et accompagnement d’un proche malade.
Dès lors, Alzheimer génère une pression multidimensionnelle, qui affecte durablement les trajectoires personnelles et professionnelles des femmes. Dans ce contexte, les témoignages et analyses convergent vers une même réalité : « une disponibilité psychique constante » est nécessaire pour accompagner un malade, souligne Géraldine Rauchs. Cette exigence se traduit par des sacrifices concrets, notamment des carrières ralenties, une fatigue chronique ou encore un isolement social accru. Pourquoi Docteur évoque également des « coûts invisibles » associés à cette situation, mettant en lumière des conséquences économiques et psychologiques encore peu mesurées.
Des facteurs biologiques et sociaux qui renforcent les inégalités
Enfin, Alzheimer illustre une interaction complexe entre déterminants biologiques et inégalités sociales. Si les facteurs hormonaux et génétiques jouent un rôle, ils ne suffisent pas à expliquer l’ampleur du phénomène. En effet, les conditions de vie et les inégalités d’accès à la prévention ou aux soins influencent également la santé cognitive. Ainsi, les « facteurs psychosociaux » comme le stress chronique, la charge mentale ou les inégalités dans la pratique sportive participent à la construction du risque, selon cette même source. Cette dimension sociale renforce les écarts déjà observés, car les femmes sont plus souvent exposées à ces contraintes tout au long de leur vie. Ainsi, Alzheimer met en évidence des inégalités profondes qui vont au-delà du domaine médical. Face à ce constat, les experts appellent à transformer les approches scientifiques.
Cette affirmation souligne la nécessité d’intégrer pleinement la variable du sexe dans la recherche, afin d’améliorer la prévention, le diagnostic et les traitements. De plus, la tribune insiste sur l’importance de replacer les femmes au centre des politiques publiques et des stratégies de santé. Dans cette perspective, les initiatives de sensibilisation et de recherche se multiplient, notamment lors de la Semaine du cerveau du 16 au 22 mars 2026. Géraldine Rauchs conclut ainsi dans Pourquoi Docteur : « comprendre Alzheimer aujourd’hui, ce n’est plus seulement étudier une maladie : c’est reconnaître qu’elle touche d’abord les femmes et que la combattre efficacement suppose enfin de les placer au cœur des priorités scientifiques, médicales et sociales ».
