Des cellules inattendues impliquées dans la maladie
Une équipe de chercheurs de l’Inserm, de l’Université de Lille et du CHU de Lille a publié une étude scientifique apportant un éclairage nouveau sur la maladie d’Alzheimer. Les résultats, présentés dans la revue scientifique Cell Press Blue, mettent en évidence le rôle de cellules cérébrales spécifiques dans le développement de la maladie. La maladie d’Alzheimer demeure la cause la plus fréquente de démence et touche environ 55 millions de personnes dans le monde.
En France, environ 1 million de personnes vivent avec cette maladie et près de 225 000 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année. Dans ce contexte, comprendre les mécanismes biologiques qui déclenchent la maladie d’Alzheimer constitue un réel enjeu. Or, malgré des décennies de recherches, certaines étapes fondamentales du processus restaient mal identifiées. Les chercheurs lillois ont ainsi exploré une piste encore peu étudiée : l’implication de cellules cérébrales appelées tanycytes dans l’apparition et la progression de la maladie.
Alzheimer : les tanycytes, une piste majeure pour comprendre la maladie
Les tanycytes sont des cellules spécialisées situées dans certaines régions du cerveau. Leur fonction principale consiste à assurer des échanges entre le liquide céphalorachidien, le fluide qui entoure le cerveau, et le système sanguin. Depuis plus de vingt ans, l’équipe dirigée par Vincent Prévot, directeur de recherche à l’Inserm, s’intéresse à ces cellules. Leur rôle est notamment connu dans la régulation de certaines hormones, comme la leptine, impliquée dans le contrôle de l’appétit. Cependant, leur implication dans la maladie d’Alzheimer n’avait jamais été étudiée de manière approfondie. Dans cette nouvelle étude, les chercheurs ont montré que ces cellules interviennent directement dans le transport d’une protéine particulièrement impliquée dans la maladie d’Alzheimer : la protéine Tau.
Chez les patients atteints de cette maladie, cette protéine s’accumule anormalement dans le cerveau et contribue à la dégénérescence progressive des neurones. Selon le communiqué de l’Inserm, les chercheurs ont observé que ces cellules jouent un rôle clé dans l’élimination de cette protéine hors du cerveau. Comme l’explique Vincent Prévot : « Nos résultats montrent de façon inédite la capacité des tanycytes à transporter la protéine Tau du liquide céphalorachidien vers le sang et l’importance de ces cellules dans la physiopathologie de la maladie d’Alzheimer. Ils suggèrent que la dégradation de ces cellules contribue à la maladie d’Alzheimer », a déclaré le chercheur dans le communiqué de l’Inserm. Cette observation représente une avancée importante pour comprendre les mécanismes biologiques de la maladie d’Alzheimer. En effet, l’accumulation anormale de la protéine Tau constitue l’une des caractéristiques majeures de cette maladie neurodégénérative.
Une découverte qui pourrait permettre une prise en charge plus précoce
Pour parvenir à ces conclusions, les chercheurs ont réalisé plusieurs expériences sur des modèles animaux. Ils ont notamment injecté la protéine Tau dans le liquide céphalorachidien et suivi son trajet dans le cerveau grâce à des techniques de fluorescence. Les résultats ont montré que la protéine était capturée par les tanycytes, puis transportée vers les capillaires sanguins. Les scientifiques ont ensuite bloqué l’activité de ces cellules chez la souris. Conséquence directe, la protéine Tau était beaucoup moins bien évacuée vers le sang et s’accumulait davantage dans le cerveau. Dans ces conditions, les souris développaient plus rapidement les symptômes de démence caractéristiques de la maladie d’Alzheimer. Les chercheurs ont ensuite analysé des cerveaux de patients décédés atteints de la maladie d’Alzheimer. Ils ont constaté que la structure des tanycytes était altérée. Leurs prolongements cellulaires apparaissaient fragmentés, ce qui interrompait la circulation normale entre le liquide céphalorachidien et le système sanguin. Ces observations renforcent l’hypothèse selon laquelle le dysfonctionnement de ces cellules pourrait favoriser l’accumulation pathologique de la protéine Tau dans le cerveau.
Cette découverte ouvre donc une nouvelle piste thérapeutique potentielle. Les chercheurs estiment que ces cellules pourraient devenir une cible pour de futurs traitements visant à ralentir, voire prévenir, la maladie d’Alzheimer. Vincent Prévot souligne ainsi l’intérêt de cette perspective : « Les tanycytes pourraient ainsi être considérées comme une nouvelle cible thérapeutique. Et si la bonne santé de ces cellules pouvait à terme permettre de prévenir le développement de la maladie ? », conclut-il dans le communiqué de l’Inserm. Pour les scientifiques, cette avancée pourrait également permettre d’intervenir beaucoup plus tôt dans la maladie d’Alzheimer, avant l’apparition des premiers troubles cognitifs. En effet, les processus biologiques responsables de cette maladie commencent souvent plusieurs années avant les symptômes visibles. La compréhension de ces mécanismes précoces constitue aujourd’hui l’un des axes majeurs de la recherche mondiale sur la maladie d’Alzheimer.
