La demande d’euthanasie en Espagne pose des questions délicates, surtout quand il s’agit de souffrances psychiques. El Periodico raconte l’histoire de Pere Puig Ribas, 54 ans, qui vit à Reus en Catalogne, illustre bien ces dilemmes. Atteint d’une dépression sévère et chronique depuis plus de vingt ans, Pere a formulé trois demandes d’euthanasie : deux ont été refusées et une est en attente d’évaluation. Alors que la loi espagnole inclut la sphère psychique, Pere se trouve pris entre une souffrance qu’il juge intolérable et une reconnaissance institutionnelle jugée insuffisante.
Un parcours lourd, entre souffrance et refus
Pere Puig Ribas vit avec son fils Aleix et n’a plus d’activité professionnelle depuis des années, sa capacité de travail étant évaluée à 68 % depuis 2006. Sa sévère agoraphobie le confine à son domicile et aggrave son quotidien. Depuis 2012, son état s’est détérioré, avec des hospitalisations répétées en unités psychiatriques. « Depuis trois ans, je passe la journée au lit », dit-il. Il présente aussi une intolérance à des traitements médicaux courants, y compris l’esketamine.
La Comissió de Garantia i Avaluació de Catalunya (CGAC) a rejeté ses demandes en estimant que sa dépression ne présente pas de caractère « impossibilitant », même si la commission reconnaît la souffrance dont il souffre. Les proches, dont sa fille Sara Puig, dénoncent ce jugement : « cette grande souffrance qu’il ressent depuis des années n’est pas vivre », témoignent-ils, montrant le désarroi de la famille.
La loi et ce qu’elle prévoit
La Loi organique 3/2021 sur l’euthanasie en Espagne élargit l’accès aux personnes atteintes de maladies incurables ou provoquant une souffrance grave et chronique. Mais l’application reste complexe, surtout pour les patients atteints de troubles psychiatriques comme Pere Puig Ribas. Pour chaque demande, un médecin de confiance doit rédiger un rapport, suivi d’une évaluation par un « médecin consultant », qui est souvent un psychiatre dans les cas de pathologies mentales.
Le CGAC, présidé par Albert Tuca, avance que certains traitements peuvent améliorer l’état des patients, même lorsque la souffrance paraît insupportable. « Ce sont des cas très compliqués, que nous abordons avec beaucoup de prudence », précise Tuca. Les chiffres donnent une idée de la réalité : de 2021 à 2024, seules 5 euthanasies ont été pratiquées pour des raisons psychiatriques en Catalogne, sur un total de 361 procédures.




