25 % des 18-24 ans ont faim : la France face à un choc social

Selon une étude OpinionWay dévoilée par Action contre la Faim, 13 % des Français déclarent manquer parfois ou souvent de nourriture, soit environ 7 millions d’adultes. Chez les 18-24 ans, cette proportion atteint 25 %. L’association appelle à l’adoption d’une loi-cadre sur le droit à l’alimentation pour transformer des initiatives dispersées en véritable politique publique.

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À l’approche de la Journée mondiale de l’alimentation du 16 octobre 2026, Action contre la Faim publie un sondage OpinionWay aux résultats préoccupants. Selon cette étude, 13 % de la population française adulte affirme manquer parfois ou souvent de nourriture, soit environ 7 millions de personnes en France métropolitaine confrontées à une insuffisance alimentaire quantitative au quotidien.

Réalisée en ligne entre le 26 et le 28 août 2026 auprès de 1 053 personnes représentatives des Français âgés de 18 ans et plus, cette enquête met en évidence une réalité sociale souvent passée sous silence dans les statistiques officielles. Elle révèle une France où l’accès à une alimentation suffisante n’est plus garanti pour tous. L’Humanité souligne que les jeunes sont particulièrement touchés par cette crise alimentaire.

Les 18-24 ans, deux fois plus touchés que la moyenne nationale

Le chiffre global de 13 % alerte, mais la situation des jeunes adultes est encore plus préoccupante. Un quart des 18-24 ans déclarent manquer parfois ou souvent de nourriture, un taux deux fois supérieur à la moyenne nationale. Au-delà de l’insuffisance quantitative, 47 % de ces jeunes souffrent d’une insuffisance alimentaire qualitative, ayant accès à la nourriture mais devant renoncer à certains aliments souhaités. Au niveau national, près de 39 % des Français ne peuvent choisir librement leur alimentation.

Les difficultés financières sont la principale cause de cette situation : 80 % des personnes concernées citent le manque de moyens. L’inflation des prix alimentaires, la stagnation des revenus et la précarisation de l’emploi, notamment chez les jeunes, contribuent à cette réalité.

Un droit reconnu à l’international, absent du cadre juridique français

Bien que 73 % des personnes interrogées estiment que le droit à l’alimentation n’est pas garanti en France, ce droit fondamental n’est pas inscrit dans la législation nationale. Pourtant, la France s’est engagée à le respecter au niveau international depuis 46 ans. Le droit à l’alimentation, reconnu par le droit international, implique un accès physique et économique à une alimentation suffisante et adéquate.

En mars 2026, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) a recommandé de donner à ce droit une valeur constitutionnelle et d’adopter une loi-cadre pour garantir sa mise en œuvre. Cette recommandation est en phase avec les aspirations citoyennes, 86 % des Français jugeant essentielle une loi garantissant l’accès à une alimentation suffisante, saine, durable et choisie.

L’État attendu en première ligne

Pour 58 % des Français, l’État et les pouvoirs publics doivent prioritairement garantir le droit à l’alimentation. Les entreprises du secteur agricole et alimentaire ainsi que la grande distribution sont ensuite citées par 47 % des répondants.

Les associations de solidarité apparaissent en troisième position, mentionnées par 29 % des personnes interrogées. Cette hiérarchie des responsabilités reflète une attente forte d’une intervention structurelle des pouvoirs publics plutôt que de simples initiatives caritatives. Les citoyens semblent comprendre que la faim et la précarité alimentaire nécessitent une refonte systémique des politiques publiques.

Les propositions concrètes d’Action contre la Faim

Face à l’urgence sociale, Action contre la Faim plaide pour l’adoption d’une loi-cadre sur le droit à l’alimentation. Hélène Quéau, directrice de la Mission France de l’organisation, précise : « Une loi-cadre ne réglera pas tout du jour au lendemain. Mais elle permet de passer d’initiatives dispersées à une véritable politique publique du droit à l’alimentation, avec des objectifs, des moyens et des responsabilités clairement définis. »

L’association propose de rendre la cantine accessible à tous les enfants, avec des tarifs adaptés aux ressources des familles, afin de garantir au moins un repas équilibré quotidien pour les plus jeunes. Elle suggère également de faciliter l’accès aux produits frais et de qualité partout en France, en soutenant les commerces de proximité et les marchés dans les zones dépourvues, luttant ainsi contre les déserts alimentaires.

L’ONG appelle aussi à un meilleur encadrement des acteurs de l’agroalimentaire et de la distribution, notamment sur les marges et la promotion des produits sains et durables, pour rétablir un équilibre entre rentabilité commerciale et accessibilité. Elle insiste enfin sur la nécessité de garantir des prix justes aux agriculteurs tout en soutenant des modèles agricoles durables.

L’objectif est de fixer des obligations claires à l’État et aux collectivités, de mieux coordonner les politiques publiques et de garantir leur suivi. Une loi-cadre transformerait les engagements théoriques en droits opposables, permettant aux citoyens d’exiger leur application effective.

Mobilisation citoyenne pour faire bouger l’Europe

Action contre la Faim incite chacun à signer l’Initiative citoyenne européenne pour la reconnaissance du droit à l’alimentation. L’objectif est de recueillir un million de signatures dans l’UE d’ici le 7 janvier 2027, obligeant ainsi la Commission européenne à examiner officiellement la demande d’un cadre législatif garantissant ce droit à l’échelle continentale.

Pour renforcer ce combat dans le débat public, l’association lance une campagne de mobilisation du 1er au 18 octobre. Trois visuels et un film seront diffusés en digital, dans la presse et l’espace public, soulignant qu’une alimentation suffisante, saine, durable et choisie est un droit, pas un privilège. Le message central : des millions de personnes n’ont plus le choix de ce qu’elles mangent dans un pays pourtant parmi les plus riches du monde.

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