« À mon âge, je ne devrais pas choisir entre me chauffer et me nourrir. J’ai donné 43 ans de ma vie au boulot. Je ne demande pas le luxe, juste le droit d’avoir chaud sans avoir peur du facteur. », cite Melty.
Simon, 70 ans, prononce ces mots autour d’un café servi dans une tasse ébréchée. L’automne commence à peine et déjà il redoute l’hiver qui vient.
Ancien assistant de direction, ce retraité vit seul dans un bungalow d’une chambre. Sa pension s’élève à environ 1 250 euros par mois, après une carrière entière de cotisations. Il règle chaque facture seul, sans aide extérieure, et confie ses mots au média britannique Mirror.
L’an dernier déjà, Simon avait mis au point une méthode pour limiter les dépenses de chauffage. « J’étais pratiquement en hibernation », raconte-t-il. Sa routine tenait en quelques gestes répétés : il raconte qu’il se levait le matin, se faisait un café, puis retournait au lit jusqu’à l’après-midi, avant de se lever pour regarder la télé et allumer le feu le moins longtemps possible. Il se dit « obsédé par le coût du chauffage ».
Sa chaudière à condensation, qu’il qualifie lui-même d’artisanale, ne sert plus qu’à l’eau chaude, et seulement par grand froid. Simon sait que l’inflation continue de peser sur son quotidien. Le gel de nombreuses pensions annoncé ne le concernera pas directement, sa retraite étant trop basse pour y être soumise, mais la hausse générale des prix, elle, n’épargne personne.
Trop pauvre pour vivre, trop riche pour qu’on l’aide
C’est la formule que Simon utilise pour décrire sa situation. Sa pension dépasse de peu les seuils qui ouvrent droit au minimum vieillesse, aux aides au logement ou aides d’urgence. Résultat : il ne touche rien, alors que ses revenus restent insuffisants pour vivre décemment. Une étude de la DREES indique que près d’un retraité sur trois perçoit moins de 1 000 euros par mois.
Une fois ses charges fixes réglées, il lui reste environ 120 euros par mois pour se nourrir, soit 4 euros par jour. Une hausse de loyer de 30 euros suffirait à faire basculer son équilibre déjà précaire.
Après une nuit blanche à ressasser ses chiffres, Simon a fini par rassembler son avis d’imposition, sa quittance de loyer et ses relevés de retraite pour se rendre au centre communal d’action sociale de sa ville. Une agente lui a proposé une évaluation de ses droits. Il en est reparti avec des photocopies et quelques découvertes : étalement de factures, révision de sa taxe d’habitation résiduelle, aide ponctuelle du département.
Un conseiller en énergie, proposé gratuitement par sa communauté de communes, a ensuite repéré un abonnement trop cher, un ballon d’eau chaude qui tournait inutilement la nuit, et un contrat gaz-électricité jamais renégocié depuis dix ans. À la clé, une économie de 30 euros par mois. Simon reconnaît avoir attendu « au moins deux ans » avant de demander de l’aide, se jugeant trop au-dessus du seuil pour y avoir droit.
Il évoque la honte d’avoir dû tendre la main. Vivre à l’euro près, dit-il, finit par abîmer le sommeil autant que la santé. Cet hiver encore, il sait qu’il devra réduire son chauffage au strict minimum pour payer le reste. Il confie qu’il devra faire de même cet hiver et rationner sa consommation, au risque d’en arriver au point où il devra choisir entre se chauffer et se nourrir.






