Pendant longtemps, les politiques d’économie circulaire se sont surtout concentrées sur la fin de vie des produits : mieux collecter, mieux trier, mieux recycler. Elles remontent désormais plus en amont. Prolonger la durée d’usage, réparer, réemployer, mais aussi concevoir des produits plus simples à démonter ou à recycler devient une autre manière de limiter le recours à de nouvelles ressources.
C’est aussi ce que reflète le programme des Assises nationales de l’économie circulaire, organisées les 30 septembre et 1er octobre à Nantes. Aux côtés des sujets historiques de collecte et de traitement des déchets, les débats accordent une place croissante à l’écoconception, à la durabilité des produits, au réemploi ou encore à l’information du consommateur.
Faire durer avant de recycler
La progression du marché de la seconde main a largement contribué à rendre cette logique plus concrète pour les consommateurs. Vêtements, mobilier, smartphones ou électroménager circulent désormais davantage d’un utilisateur à l’autre avant d’arriver en fin de vie.
Mais le réemploi ne dépend pas seulement des habitudes de consommation. Encore faut-il pouvoir récupérer les produits, contrôler leur état, les remettre en circulation ou les réparer à un coût acceptable. Ressourceries, acteurs de l’économie sociale et solidaire, entreprises spécialisées et collectivités se retrouvent ainsi au centre d’une chaîne qui s’est considérablement étoffée ces dernières années. La réparation répond au même principe. Plus un appareil peut fonctionner longtemps, plus la fabrication de son remplaçant est repoussée. La disponibilité des pièces détachées, la possibilité de démonter facilement un produit ou son coût de réparation deviennent alors aussi importants que son traitement une fois devenu déchet.
Le textile face aux matières complexes, l’exemple Carbios
Lorsque le produit ne peut plus être réutilisé, sa composition devient déterminante. Le textile en donne une bonne illustration : un vêtement associe fréquemment polyester, coton, élasthanne, teintures ou différents traitements, autant d’éléments qui compliquent la récupération de la matière. La même difficulté se retrouve dans certains emballages multicouches ou dans les équipements électroniques, où la multiplication des composants rend le démontage et le recyclage plus complexes.
Un problème auquel Carbios tente d’apporter une réponse. L’entreprise clermontoise a annoncé cette semaine avoir produit, avec Patagonia, PUMA et Salomon, des t-shirts en polyester recyclé à partir de déchets textiles et plastiques complexes. Son procédé enzymatique permet de décomposer le PET contenu dans certains de ces flux pour le transformer à nouveau en polyester. La matière obtenue a ensuite été filée, tricotée, teinte puis confectionnée sur des équipements industriels européens classiques.
Mais ce constat vaut bien au-delà du textile. Dans les emballages, la multiplication des matériaux peut répondre à des besoins de conservation, d’étanchéité ou de résistance tout en compliquant leur recyclage. C’est le cas, par exemple, des gobelets en carton recouverts d’une fine couche de plastique, mais aussi de nombreux sachets et emballages souples qui superposent plusieurs matériaux aux propriétés différentes.
À l’inverse, simplifier la composition d’un produit ou permettre de séparer plus facilement ses différents éléments peut faciliter considérablement son traitement en fin de vie.
C’est pourquoi l’écoconception prend une place croissante dans les politiques d’économie circulaire. Le produit n’est plus seulement évalué pour son usage immédiat : sa durée de vie, sa réparabilité et le devenir de ses composants commencent à entrer dans l’équation.
Agir avant que le produit ne devienne un déchet
La Semaine européenne du développement durable, organisée jusqu’au 8 octobre, donne un écho encore plus large aux discussions de Nantes. Cette année encore, une grande partie des initiatives porte sur les modes de production et de consommation, la réduction du gaspillage ou la préservation des ressources. Autrement dit, sur ce qui se joue bien avant le tri et le recyclage.
C’est aussi dans cette direction que s’étend progressivement l’économie circulaire. Il ne s’agit plus seulement de savoir quoi faire d’un produit arrivé en fin de vie, mais de retarder cette échéance et d’en faciliter le traitement lorsqu’elle survient. Réparation, réemploi, écoconception et recyclage ne constituent plus des politiques séparées : elles interviennent à différents moments de la vie d’un même produit.
Pour les industriels, cela revient à déplacer une partie de la réflexion vers l’amont. La durée de vie d’un produit, le nombre de matières qu’il contient ou la facilité avec laquelle elles pourront être séparées déterminent déjà une partie de ce qu’il sera possible d’en faire plusieurs années plus tard.

