Une femme de 38 ans est soupçonnée d’avoir créé de toutes pièces une structure se réclamant du ministère de la Justice, dans le cadre d’une escroquerie qui a duré plusieurs semaines. Huit personnes ont été recrutées comme salariées, persuadées de travailler pour cet organisme, sans savoir qu’il n’existait pas, raconte franceinfo. La principale suspecte a été placée en détention provisoire.
L’affaire a été révélée par le parquet de Quimper. Tout part d’une alerte lancée en mars 2026 par les services des Finances publiques, sollicités pour flécher des financements vers ce que la structure présentait comme un « service régional de supervision des politiques de protection de l’enfance », censé être rattaché au ministère de la Justice.
Le ministère a vérifié : aucune entité de ce nom n’existait. Selon la procureure de la République de Quimper, Cécile Flamet, cette administration fantôme « prétendait être chargée de missions de supervision de la protection de l’enfance » et réclamait la prise en charge de ses frais de fonctionnement.
Des bureaux, des voitures floquées et des faux contrats de travail
La mise en scène était soignée. Bureaux loués, véhicules floqués au nom de l’organisme, ordinateurs, vêtements au logo de l’entreprise : huit salariés y travaillaient, embauchés avec de faux contrats de travail. Ils avaient été convaincus de participer à la création d’un service chargé d’améliorer la prise en charge de l’enfance, selon leurs déclarations rapportées par le parquet.
La structure, précise Cécile Flamet, « avait été créée de toutes pièces, sur la base de documents falsifiant des pièces et logos officiels ».
Ces faux documents ont permis de louer les locaux et les véhicules, mais aussi d’acheter du matériel informatique et des fournitures. Aucun des huit employés n’a jamais touché de salaire. La responsable invoquait des délais administratifs liés au lancement du nouvel organisme pour justifier l’absence de paiement.
C’est le 23 mars que des agents de l’Inspection du travail et de l’URACTI, l’unité régionale de lutte contre le travail illégal, se sont rendus dans les bureaux pour révéler aux employés la supercherie dont ils avaient été victimes, selon les mots de la procureure.
Les témoignages recueillis ont permis aux enquêteurs des polices judiciaires de Brest et de Rennes de remonter jusqu’à une habitante de la région quimpéroise, âgée de 38 ans, qui se présentait comme la directrice de la structure.
Cinq condamnations antérieures pour la suspecte principale
La femme a été interpellée fin juin, puis présentée le 2 juillet à une juge d’instruction. Elle a été mise en examen pour escroquerie au préjudice d’un organisme public, escroquerie en récidive, faux, usage de faux et travail dissimulé, puis écrouée à la maison d’arrêt de Brest.
Elle avait déjà été condamnée à cinq reprises, dont trois fois pour des faits d’escroquerie, selon le parquet. En état de récidive légale, elle encourt jusqu’à 14 ans d’emprisonnement.
Un homme de 49 ans, qui se présentait comme comptable et directeur de cabinet de la structure, est également mis en examen, pour escroquerie, travail dissimulé et activité de gestion malgré interdiction. Il a été placé sous contrôle judiciaire et encourt jusqu’à cinq ans de prison. Les deux mis en cause bénéficient de la présomption d’innocence.
L’enquête se poursuit sous la direction de la juge d’instruction du tribunal judiciaire de Quimper, notamment pour mesurer l’ampleur exacte des préjudices financiers. De nombreux commerçants ont fourni véhicules, matériel informatique ou fournitures de bureau sans jamais être payés. Les propriétaires des locaux loués n’ont, eux non plus, perçu leurs loyers.


