Xavier Niel retenu pour reprendre 60 Millions de consommateurs

Xavier Niel s’apprête à reprendre 60 Millions de consommateurs avec un projet social contrasté : 29 emplois sauvegardés dont toute la rédaction, mais 20 licenciements programmés dans les services support. Les salariés de l’Institut national de la consommation dénoncent le manque de transparence et découvrent aujourd’hui les détails d’une opération qui soulève des questions de responsabilité sociale.

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Xavier Niel retenu pour reprendre 60 Millions de consommateurs
Xavier Niel retenu pour reprendre 60 Millions de consommateurs © Social Mag

La proposition de Xavier Niel pour reprendre 60 Millions de consommateurs présente un bilan social contrasté. D’une part, l’ensemble de la rédaction est maintenu, assurant une continuité éditoriale. D’autre part, une vingtaine de licenciements sont prévus dans les services supports. Le manque de transparence suscite néanmoins des inquiétudes parmi les salariés de l’Institut national de la consommation. Les 49 employés actuels ont été informés le 2 septembre 2026, lors d’un comité social et économique, après que l’annonce ait été relayée par les médias, provoquant incompréhension et colère.

Un bilan social : 29 emplois sauvés, 20 licenciements annoncés

Le projet de reprise de Xavier Niel, via sa holding NJJ Médias, a été choisi par le liquidateur parmi trois offres. Il prévoit de conserver 29 postes sur les 49 existants. Toutefois, 20 salariés perdront leur emploi d’ici la fin de l’année. Cette transition vers le privé fait suite à la décision de liquidation de l’Institut national de la consommation, prise dans le cadre de la loi de finances 2026. Pourtant, l’INC avait redressé sa situation financière en 2025, enregistrant un bénéfice de 236 000 euros après un déficit de 719 000 euros l’année précédente.

La rédaction entièrement préservée : une décision stratégique

Xavier Niel a choisi de préserver l’intégrité de la rédaction, garantissant ainsi la continuité du magazine et rassurant les 71 000 abonnés. Les journalistes de 60 Millions poursuivront leur mission d’information et de protection des consommateurs. Cette décision s’inscrit dans la ligne de la stratégie médiatique de Niel, qui possède déjà Nice-Matin et a financé L’Informé en 2022. Avec 20 000 exemplaires vendus par numéro en kiosque, le titre conserve une audience significative dans un secteur en mutation.

Suppressions de postes dans les services supports

Les fonctions administratives, techniques et logistiques seront affectées par les licenciements. Comptabilité, ressources humaines, informatique, maintenance : ces postes, souvent occupés depuis longtemps, sont essentiels au fonctionnement de l’INC. Aucun plan de reclassement détaillé n’a encore été communiqué. Le comité social et économique, qui rendra son avis en octobre 2026, devra négocier les conditions de départ et éventuellement proposer des mesures d’accompagnement. La différence de traitement entre journalistes et services supports soulève des questions d’équité sociale.

Manque de transparence : les salariés déconcertés

Les employés de 60 Millions ont appris la nouvelle par la presse avant d’être officiellement informés. Cette maladresse a exacerbé les tensions. Lionel Maugain, délégué du SNME CFDT à l’INC, a déploré que l’information soit sortie avant l’annonce officielle. Depuis l’été 2026, les équipes réclamaient la publication des projets de reprise. Le flou entretenu par le liquidateur et les pouvoirs publics a alimenté rumeurs et anxiété. La liquidation d’un organisme redevenu rentable reste incompréhensible pour beaucoup.

Annonce médiatique avant communication interne

Le 1er septembre 2026, la presse révélait l’identité du repreneur favori. Le lendemain, les salariés découvraient officiellement le projet lors du CSE. Cette inversion du calendrier indique un manque de considération pour les employés. La procédure prévoyait un délai de trois mois pour trouver un repreneur après la nomination du liquidateur fin mars, mais l’opacité a persisté. Les syndicats critiquent une gestion administrative qui privilégie les aspects financiers et juridiques au détriment de l’humain. L’entrepreneur télécoms devra rapidement rassurer pour éviter une détérioration du climat social.

Inquiétudes sur les conditions de travail et l’avenir professionnel

Le passage d’un établissement public à une entreprise privée modifie profondément le cadre de travail. Les journalistes s’interrogent sur leur liberté éditoriale future. Les 20 salariés menacés de licenciement attendent des garanties concrètes sur leur reclassement. Que Choisir Ensemble, concurrent malheureux à la reprise, aurait peut-être proposé une approche plus respectueuse de l’ensemble des emplois. Le projet de Xavier Niel privilégie la viabilité économique à court terme, ce qui suscite des inquiétudes parmi les équipes sur les futures conditions salariales et de travail.

Responsabilité sociale : quelle stratégie pour Xavier Niel ?

Dans cette opération, la responsabilité sociale d’entreprise devient un enjeu majeur. Xavier Niel devra démontrer sa capacité à gérer humainement cette transition. Les 20 licenciements programmés interrogent sur la politique RH du groupe. Les attentes sociales vis-à-vis des grandes fortunes ont évolué, et les lecteurs de 60 Millions, sensibles aux questions de consommation responsable, observeront attentivement les pratiques du nouveau propriétaire. Le paradoxe est saisissant : un magazine défendant les droits des consommateurs change de mains dans des conditions sociales contestables.

Antécédents médiatiques et pratiques RH de Niel

Le fondateur d’Iliad possède une expérience médiatique variée. Nice-Matin, racheté en difficulté, a connu plusieurs plans sociaux. L’Informé, média en ligne financé en 2022, fonctionne avec une équipe réduite. En 2024, Xavier Niel a cédé ses parts dans Le Monde, illustrant une stratégie médiatique en constante évolution. Ces antécédents ne plaident pas nécessairement pour une gestion sociale exemplaire. Les syndicats de 60 Millions devront rester vigilants sur les futures conditions de travail. La culture d’entreprise d’un groupe télécoms diffère de celle d’un organisme public dédié à la protection des consommateurs. Comme d’autres milliardaires investisseurs, Niel devra prouver que profit et responsabilité sociale peuvent coexister.

Dernière étape : l’avis du CSE en octobre

Le comité social et économique rendra son avis en octobre, selon Lionel Maugain. Cette échéance sera la dernière chance pour les représentants du personnel d’influencer les modalités de la reprise. Négociations sur les indemnités de licenciement, accompagnement au reclassement, garanties sur les conditions de travail des 29 salariés maintenus : les enjeux sont nombreux. Un avis défavorable du CSE ne bloquera pas juridiquement l’opération, mais pourrait affecter l’image du repreneur. La pression médiatique et sociale peut encore influencer certains aspects du projet. Les prochaines semaines seront cruciales pour transformer une opération financière en transition socialement responsable.

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