Des milliers de personnes ont de nouveau manifesté samedi 31 octobre 2026 sur la place du Rossio, au cœur de Lisbonne, pour demander le retrait d’une réforme du marché locatif portugais. Au centre de leur opposition : des règles qui faciliteraient la résiliation des baux en cas d’impayés et supprimeraient certaines limites à la fixation des loyers lors de nouveaux contrats. Le texte a franchi une première étape parlementaire, mais son adoption définitive reste à venir.
Selon Reuters, qui a couvert la manifestation du 31 octobre, les organisateurs ont fait état de plusieurs milliers de participants. La police n’a pas communiqué d’estimation de la foule. Le rassemblement intervient après plusieurs semaines de mobilisation, marquées notamment par des évacuations de campements à Lisbonne et à Porto et des critiques sur les méthodes employées par les forces de l’ordre.
Ce que le gouvernement portugais veut changer pour les locataires
La proposition de loi n° 103/XVII/1, consultable sur le site du Parlement portugais, vise à modifier le régime des locations urbaines. Elle prévoit notamment la suppression de la limitation applicable au loyer fixé entre certains contrats successifs, une plus grande liberté pour les cautions et les loyers payés d’avance, ainsi qu’une procédure de résiliation plus rapide en cas de défaut de paiement.
Dans le projet présenté par le gouvernement, un retard de paiement d’au moins deux mois pourrait notamment constituer un motif de résiliation, contre trois mois dans le régime actuel. Les possibilités de recours et les protections prévues pour les ménages vulnérables figurent également dans le dispositif. Les modalités précises peuvent encore évoluer au cours de l’examen parlementaire.
Le gouvernement de Luís Montenegro défend une réforme destinée à rassurer les propriétaires et à augmenter l’offre de logements à louer. Dans son communiqué du Conseil des ministres du 9 juillet, il présente la liberté contractuelle, la simplification des litiges et la protection sociale des personnes fragiles comme les principaux axes du projet.
Les associations de défense du logement contestent ce raisonnement. Elles craignent qu’un assouplissement des plafonds et des procédures d’expulsion accroisse la précarité de ménages déjà confrontés à des loyers élevés. Le Premier ministre a exclu, jeudi 29 octobre, de retirer le texte, tout en se disant disposé à examiner des modifications avant le vote final, selon Reuters.
Pourquoi la crise du logement est particulièrement aiguë au Portugal
Le débat intervient dans un pays où l’accession à la propriété s’est fortement renchérie. Eurostat a mesuré une hausse de 16,5 % des prix des logements au Portugal au deuxième trimestre 2026 par rapport au même trimestre de 2025, la plus forte progression de l’Union européenne sur cette période. La moyenne européenne était de 4,7 %.
Ces chiffres concernent les prix de vente, et non les loyers. Sur le marché locatif, Reuters relève que les loyers des nouveaux baux ont presque doublé depuis 2017. Pour les jeunes adultes et les ménages aux revenus modestes, le coût d’un logement devient ainsi un obstacle à l’autonomie résidentielle.
Le gouvernement estime, en s’appuyant sur les données du recensement de 2021, que près de 250 000 logements en bon état restent vacants sans être destinés à la vente ou à la location. Son pari consiste à rendre le marché suffisamment attractif pour convaincre davantage de propriétaires de proposer ces biens. Les opposants réclament au contraire des garanties plus fortes pour les locataires et une politique de logement abordable.
Un débat qui fait écho à celui sur l’encadrement des loyers en France
Pour les lecteurs français, le cas portugais illustre un arbitrage également discuté dans l’Hexagone : comment accroître l’offre locative tout en protégeant les ménages exposés à la hausse des coûts du logement ? Les dispositifs nationaux et les situations de marché diffèrent. En France, le Sénat a voté le 21 octobre une prolongation jusqu’en 2028 de l’expérimentation de l’encadrement des loyers, dans le cadre d’un parcours législatif encore à achever.
Au Portugal, la proposition gouvernementale a été approuvée en première lecture le 30 septembre, avec l’abstention du parti Chega. Elle doit encore être examinée et faire l’objet d’un vote final. Les rassemblements du 31 octobre placent désormais les conditions de location et la protection des occupants au cœur de cette dernière phase de négociation.
