Vous aviez refusé les cookies sur l’application Fnac, mais la plateforme continuait à vous tracker ? Vous aviez raison de vous méfier. Le 22 octobre 2026, la CNIL a tranché : Fnac Darty devra payer 7 millions d’euros pour avoir violé votre droit à la vie privée. Deux entités du groupe sont visées, Fnac Darty Participations et Services (6 millions d’euros) et Fnac Direct (1 million d’euros). Une décision qui marque une victoire pour les consommateurs français face aux pratiques de surveillance numérique.
Une victoire pour la vie privée numérique des Français
Qu’est-ce qui s’est vraiment passé chez Fnac Darty ?
En mars 2024, l’association autrichienne None Of Your Business (NOYB), spécialisée dans la défense des données personnelles, dépose une plainte contre Fnac Darty. La CNIL lance un contrôle sur l’application mobile de l’enseigne. Les enquêteurs découvrent que des traceurs collectaient l’historique de navigation des utilisateurs, même lorsque ces derniers refusaient explicitement les cookies. Ces données alimentaient l’algorithme de recommandations de produits, permettant à Fnac Darty d’afficher des suggestions personnalisées sans autorisation préalable.
L’autorité de protection des données constate que les sociétés « ignoraient le choix exprimé par l’utilisateur de ne pas consentir au suivi ». Concrètement, vous cliquiez sur « refuser », mais vos parcours dans l’application continuaient d’être enregistrés et analysés. Cette violation frontale du consentement constitue le cœur de la sanction prononcée.
7 millions d’euros : un signal fort pour les consommateurs
Le montant total de 7 millions d’euros se décompose en deux amendes distinctes. La holding Fnac Darty Participations et Services écope de 6 millions d’euros, tandis que sa filiale Fnac Direct, qui exploite le site et l’application mobile, reçoit 1 million d’euros. À ces sanctions financières s’ajoute une injonction de mise en conformité dans un délai d’un mois, assortie d’une astreinte de 10 000 euros par jour de retard.
Pour justifier ce montant, la CNIL s’appuie sur plusieurs critères : la gravité du manquement, le nombre d’utilisateurs concernés, la durée de la violation et les bénéfices commerciaux tirés de cette collecte illégale. L’autorité inscrit cette décision dans une « doctrine répressive constante » visant les traceurs utilisés à des fins de personnalisation et de ciblage commercial. Face à cette sanction, Fnac Darty conteste l’analyse juridique et invoque « une divergence d’interprétation des modalités d’application de l’article 82 de la loi Informatique et Libertés concernant certaines fonctionnalités de recommandation de produits dans l’application mobile Fnac ». L’entreprise se réserve le droit d’exercer les recours à sa disposition.
Votre droit à la vie privée face aux traceurs
Pourquoi dire non aux cookies : ce que vous devez savoir
Les cookies et autres traceurs représentent des outils techniques permettant de suivre votre navigation sur internet. Lorsque vous refusez ces traceurs, vous exercez un droit fondamental : celui de ne pas être surveillé dans vos activités numériques. Pourtant, de nombreuses entreprises contournent ce refus, considérant que les bénéfices commerciaux justifient le risque de sanction.
Dans le cas de Fnac Darty, les traceurs servaient à deux objectifs principaux. D’abord, afficher des recommandations de produits adaptées à vos centres d’intérêt supposés. Ensuite, entraîner l’algorithme de recommandations en lui fournissant des données toujours plus nombreuses. Cette logique transforme chaque utilisateur en source de données gratuite, alimentant un système commercial sans contrepartie ni transparence. La CNIL rappelle que ces usages nécessitent un consentement explicite, libre et éclairé, impossible à obtenir par des mécanismes trompeurs ou par défaut.
La CNIL vous protège : comment cette décision change les choses
La sanction contre Fnac Darty renforce votre position en tant que consommateur. Désormais, les entreprises savent que le non-respect du refus des cookies expose à des amendes substantielles et à une publicité négative. L’injonction de mise en conformité oblige Fnac Darty à revoir entièrement son système de gestion des traceurs dans un délai d’un mois. Passé ce délai, chaque jour de retard coûtera 10 000 euros supplémentaires, soit potentiellement 3,65 millions d’euros par an en cas d’inaction prolongée.
Au-delà du cas particulier, cette décision établit une jurisprudence claire. Les plateformes numériques ne peuvent plus invoquer des zones grises juridiques pour justifier la collecte de données sans consentement. L’article 82 de la loi Informatique et Libertés prévoit des exemptions limitées, notamment pour les traceurs strictement nécessaires au fonctionnement du service. Mais les traceurs de personnalisation commerciale n’entrent pas dans ces exemptions, comme le confirme cette sanction exemplaire.
Le problème systémique du tracking
Comment les entreprises utilisent vos données de navigation
Fnac Darty n’est pas un cas isolé. L’ensemble du secteur du commerce en ligne repose sur la collecte et l’exploitation des données de navigation. Chaque clic, chaque produit consulté, chaque recherche effectuée alimente des algorithmes de recommandation et de ciblage publicitaire.
Le modèle économique des plateformes numériques dépend largement de cette surveillance. Sans données massives, impossible d’entraîner des algorithmes performants. Sans algorithmes performants, impossible de personnaliser l’expérience utilisateur et de maximiser les conversions commerciales.
En 2025, la CNIL avait déjà frappé fort avec deux sanctions majeures. Google a écopé de 325 millions d’euros d’amende pour des pratiques similaires de collecte de données sans consentement. Shein, la plateforme de fast fashion, a reçu une sanction de 150 millions d’euros pour les mêmes raisons.
La doctrine de la CNIL s’articule autour de plusieurs principes. Premièrement, le consentement doit être libre, spécifique, éclairé et univoque. Deuxièmement, refuser les cookies doit être aussi simple que les accepter. Troisièmement, aucune fonctionnalité essentielle du service ne peut être conditionnée à l’acceptation de traceurs non nécessaires. Enfin, les entreprises doivent prouver qu’elles ont bien recueilli le consentement, et non l’inverse.