« Nous l’oublierons bien assez tôt. » Ces mots, Charles Spencer les attribue au prince de Galles de l’époque, devenu depuis le roi Charles III, lors d’un coup de fil tendu survenu peu après la mort de la princesse Diana, le 31 août 1997.
Le frère de la défunte affirme avoir insisté, au téléphone, pour que les princes William, 15 ans à l’époque, et Harry, 12 ans, ne défilent pas derrière le cercueil de leur mère lors du cortège funèbre. Selon lui, Diana n’aurait jamais souhaité un tel spectacle pour ses fils. Charles Spencer décrit par ailleurs son ancien beau-frère comme « d’une jovialité insouciante » au lendemain du drame.
Ces accusations figurent dans les mémoires que Charles Spencer consacre à sa sœur, intitulées Swan Song: Diana, My Sister, publiées en français sous le titre Le chant du cygne. Diana, ma sœur. Le Daily Mail en a dévoilé les premiers extraits, quelques semaines avant la sortie de l’ouvrage prévue le 22 septembre.
Spencer le décrit comme le plus personnel des dix livres qu’il a écrits en trois décennies. Un mois avant de publier un message sur Instagram pour l’annoncer, il avait enregistré la version audio en lisant le texte à voix haute pendant trois jours.
Dans l’extrait publié, l’auteur va plus loin que la seule anecdote du téléphone. Il y voit la preuve d’un mépris refoulé du roi pour Diana, et d’une horreur face à l’émotion mondiale suscitée par sa mort. Il évoque également, dans un autre passage, l’idée que la disparition de la princesse aurait pu offrir à Charles « la liberté d’épouser la femme qu’il aimait ».
La question de la marche funèbre n’est pas nouvelle. Harry, duc de Sussex, l’a lui-même évoquée dans un documentaire de la BBC en 2017, la qualifiant de l’une des choses les plus difficiles qu’il ait jamais faites. En 2018, dans le livre Harry: Conversations with the Prince, issu d’un entretien avec la biographe Angela Levin, il était revenu sur ce souvenir, jugeant qu’on ne devrait jamais imposer une telle épreuve à un enfant.
Charles Spencer a lui-même qualifié à plusieurs reprises cette décision de cruelle, précisant qu’il s’y était opposé sur le moment, tout en accompagnant finalement ses neveux dans le cortège, aux côtés du prince Philip et du prince Charles.
Le palais évoque un jugement altéré par le deuil
Sorti de sa réserve habituelle, le palais de Buckingham a réagi sans tarder aux extraits publiés. Un porte-parole a fait savoir, dans un communiqué, que Charles III est « conscient que la douleur d’un deuil fraternel peut obscurcir la raison, affecter le jugement et altérer les souvenirs d’une manière que les autres ne perçoivent pas, même de nombreuses années après une telle perte ».
Le palais rappelle qu’il ne commente en principe jamais les livres, ce qui donne à cette prise de parole un relief particulier. Charles Spencer reste une figure clivante outre-Manche, tantôt salué comme le gardien de la mémoire de sa sœur, tantôt critiqué comme opportuniste.
Interrogé par Le Parisien, l’auteur, qui se présente comme historien de profession et ancien correspondant pour une chaîne d’information télévisée, a réaffirmé la véracité de ses propos. Il raconte avoir d’abord cherché à comprendre pourquoi le palais avait réagi ainsi, expliquant qu’il en avait conclu qu’ils étaient secoués, avant de se demander comment ils osaient, ajoutant qu’il avait toujours su qu’il disait la vérité et que cela l’avait contrarié qu’ils remettent sa parole en doute.
Il ajoute ne pas comprendre l’intervention du palais, précisant qu’il ne colporte pas de mensonges, que ce n’est pas son genre, et que l’intervention de Buckingham Palace de cette manière était donc à la fois étrange et contrariante. Dans le même entretien, il a rappelé l’attachement de sa sœur à la France, confiant simplement qu’il savait que Diana aimait la France et les Français.





